09/08/2015 10:23 | Lien permanent | Commentaires (1)

L’étranger, c’est le prochain

1.jpg«Pour le chrétien, il n’y a pas d’étranger. Celui qui se tient devant nous, le voilà, le prochain.» Cette phrase est de la théologienne allemande Edith Stein, mise à mort à Auschwitz en 1942. Elle détonne dans le brouhaha du débat sur l’asile qui embrase depuis des mois non seulement la Suisse mais toute l’Europe. Dans le même esprit, en début de semaine, Trevor Willmott, évêque de Canterbury, demandait à M. Cameron de «redécouvrir ce que c’est d’être humain», critiquant vertement la rhétorique du premier ministre anglais à l’encontre des migrants. L’évêque s’en prend aussi aux médias, qu’il accuse de propager une vision toxique des migrants, conduisant à la haine de l’autre.
La question de l’asile n’est pas le thème électoral.
 
C’est un thème permanent et qui polarise. Nous sommes confrontés depuis des mois aux images insoutenables de bateaux chargés de migrants terrorisés, chavirant au large de la Sicile. La peur monte aussi auprès de celles et ceux à qui l’on demande d’héberger les survivants. Ils se sentent menacés. Dans leur sécurité, dans leur bien-être, voire dans leur identité. Terreur et peur sont légitimes, il est donc juste de leur donner des réponses.
 
Et, comme nous sommes en veille d’élections, les partis nationalistes mettent de l’huile sur le feu selon une règle que l’on devine bien précise. Ils posent le décor du grand spectacle électoral de l’automne, sur le dos des étrangers et des demandeurs d’asile. Alors qu’en réalité, selon les données du Secrétariat d’Etat aux migrations, accessibles à tous, la Suisse compte aujourd’hui deux fois moins de demandeurs d’asile qu’il y a vingt ans… avec une tolérance populaire inversement proportionnelle. Que faire?
 
Commençons par ne plus permettre que ce débat soit dominé par un discours simpliste qui rend inaudibles les propositions du Conseil fédéral et des autres partis politiques. Les citoyennes et citoyens aimeraient aussi entendre un autre discours: la réalité des chiffres, les effets positifs de la réforme de la politique d’asile plébiscitée à près de 80% par le peuple en juin 2013 ainsi que la fidélité à nos valeurs fondatrices d’accueil et de pays refuge.
 
Reconnaissons que le phénomène migratoire est en mutation accélérée et que les réponses doivent s’y adapter. Les procédures doivent être accélérées, nos structures d’accueil adaptées, les personnes déboutées rapidement quitter notre territoire et celles qui ne respectent pas les règles et les lois renvoyées. Examinons sans a priori des mesures additionnelles, telles celles du PDC qui visent à diminuer l’attrait économique de la Suisse et à aider les cantons à contrôler plus efficacement leurs frontières. Incitons à une action directe plus généreuse dans les pays d’origine et dans les pays de premier accueil à travers une politique étrangère et de développement ciblée. En résumé, un système dynamique, juste et efficace.
 
Admettons enfin que, face aux gigantesques déséquilibres économiques et démographiques, la question de l’asile n’est pas une situation de crise mais un problème récurrent qui doit être géré, organisé et contrôlé à long terme et selon des critères d’efficacité, tant sur le plan intérieur qu’au niveau international. La mise en œuvre de l’accord de Dublin, par exemple, est pour l’instant une hypocrisie imposant aux demandeurs d’asile un tour d’Europe en carrousel avec retour à la case de départ. Ce type de collaboration déficiente contribue à l’incompréhension de la population face à la perte de maîtrise de leurs autorités sur les flux migratoires et doit être révisé d’urgence.
 
«L’étranger est le prochain» dans notre pays de tradition chrétienne… La politique d’asile doit se déployer dans le respect de l’autre et dans la dignité, tant à l’égard des personnes que nous accueillons qu’à l’égard de celles qui accueillent les migrants. Cet exercice sur la corde raide entre fermeté et humanité n’a jamais été facile. Mais il sera réussi, au-delà des interférences électorales, car, en réalité, il s’inscrit non pas dans l’urgence mais dans le long terme et dans l’intérêt de la stabilité d’un pays qui a su trouver et gérer ses équilibres avec responsabilité. C’est une des recettes de notre succès.
 
Raymond Loretan
Membre du PDC

Commentaires

Bravo, Raymond Loretan. Merci de nous rappeler (et de rappeler au monde politique) que l'être humain doit être au centre des préoccupations. Faisons une politique raisonnable, constructive et respectueuse de toutes les personnes qui habitent ce pays. Il s'agit, là, d'une belle expression de la pensée chrétienne-démocrate, trop souvent marginalisée dans les débats populistes et simplistes.

Écrit par : Bernhard Altermatt | 13/08/2015

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