16/08/2015 10:24 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cercle, dimanche

Le passé, promesse d’avenir

lstapioca-tomlm.jpgComment faire face aux périodes difficiles et troublées? L’histoire nous l’enseigne et nous éclaire sur ce qu’est un «bon» chef qui redonne l’espoir au pays.

2015 est l’année de toutes les commémorations. La fin de la Deuxième Guerre mondiale reste évidemment un événement à la fois magnifique et horrible, vu Hiroshima et Nagasaki. Septante ans plus tard, c’est l’occasion de rendre hommage à ceux qui ont souffert, mais aussi de rappeler que rien n’est jamais désespéré et que la vie peut reprendre le dessus, si terribles qu’aient été les épreuves.

En Suisse aussi, cette année est l’occasion de se rappeler le passé et d’en tirer leçon: 1315, «Morgarten», une victoire «entre mythe et histoire»! 1515, «Marignan, une défaite salutaire»! Le 25 juillet 1940, il y a septante-cinq ans, le rapport du «Rütli, une voie pour l’avenir». Trois petits ouvrages (entre 110 et 150 pages), publiés par Cabédita et portant les titres énoncés ci- dessus («Morgarten» paraîtra en octobre), évoquent des événements qui ont marqué l’histoire de notre pays. Deux d’entre eux sont écrits à quatre mains: «Morgarten», par Pierre Streit et Olivier Meuwly, «Rütli» par Pierre Streit et la soussignée. «Marignan» est dû à la plume de Gérard Miège. Chaque ouvrage consacre une partie du texte à la mise en lumière actuelle des faits historiques. Dans «Marignan», après une brève introduction d’Alain-Jacques Tornare, historien des relations franco-suisses, et d’Anselme Zurfluh, directeur du Musée des Suisses dans le Monde, Gérard Miège rappelle, d’une plume alerte, «les événements qui, du XVe au début du XVIe siècle, entraînèrent plusieurs nations européennes dans les guerres d’Italie». Dans «Rütli», préfacé par Fulvio Pelli, c’est à Pierre Streit, spécialiste notamment de l’histoire militaire, que l’on doit, sous le titre «Un mythe au service de l’action» la passionnante évocation de la controverse entourant le fameux Rapport du général Guisan, le 25 juillet 1940, sur la prairie du Rütli (ou Grütli: les avis divergent quant à l’orthographe en français). Le fil conducteur de ces publications, et notamment de «Rütli», c’est la volonté d’en faire un message d’espoir et d’avenir.

Nous vivons une époque troublée: un certain catastrophisme ambiant rappelle un peu l’atmosphère de capitulation qui régnait après l’armistice de mai 1940. Le rapport du Rütli, sur l’initiative du général Guisan, rapport dont on ne connaît pas le texte précis, mais dont on sait l’impact sur l’ensemble de la population suisse, a largement contribué à doper le moral des troupes et du pays en général. Il suffit peut-être d’un chef charismatique pour rendre à tous une raison de vivre, d’espérer, et la volonté de résister à tout prix.

L’étude de cet événement, ainsi que des nombreux «ordres d’armée» du général Guisan publiés dans d’autres ouvrages par Pierre Streit, m’ont inspiré deux questions: à quoi sert l’histoire et quelles sont les conditions que doit respecter celui qui veut être un «vrai» et «bon» chef?

L’histoire, c’est le «devoir de mémoire»; encore faut-il distinguer deux sortes de «devoirs de mémoire»: celui, assez florissant de nos jours, révisionniste, qui ne retient que des faits négatifs, qui est de nature revancharde et distille haine et mépris. Celui, à l’opposé, de la recherche des faits, bons et mauvais, des erreurs et des succès, des grandeurs et des petitesses qui marquent les périodes de la vie de tous les peuples et de tous les pays. Seul ce devoir de mémoire est terreau d’avenir, à condition d’être enseigné à l’école déjà, parce que c’est l’enracinement de la politique et l’enseignement des chefs capables de communiquer le goût de l’avenir, comme l’a été le général Guisan. C’est cette forme de mémoire qu’illustre Rütli et que les «anciens doivent transmettre comme une promesse d’avenir».


Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)

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