06/09/2015 09:54 | Lien permanent | Commentaires (0)

À bas la Révolution!

meccc.jpgTocqueville, l’Ancien Régime et la Révolution, 1856: tout ce que la Révolution a fait se fût fait, je n’en doute pas, sans elle. De son côté, l’auteur du «Guépard», Giuseppe Tomasi di Lampedusa, écrivait: «Il faut que tout change pour que rien ne change!» Rassurez-vous, rassurez-vous, je suis bien démocrate et peu porté sur la monarchie.
 
Toutefois, je pense que l’incroyable culte fait à la Révolution française et à ses avatars est totalement excessif et mériterait enfin un réexamen. On a créé, avec force littérature, un voire des mythes délirants. On ne cesse d’écrire et dire que 1789 aurait tout changé. Et amené des acquis originaux et incontestables. Ce qui sous-entend que, si la France était restée une monarchie ou une monarchie constitutionnelle, ce qui était partiellement en cours, l’Hexagone n’aurait pas bénéficié d’une promotion sociale considérable, obtenue grâce à la Révolution.
 
Observons donc les autres pays d’Europe, aujourd’hui tous démocratiques. Ils sont passés par des hauts et des bas. Mais, que ce soit sous les monarchies suédoise, danoise, britannique, norvégienne, néerlandaise, espagnole d’aujourd’hui, ou sous des gouvernements démocratiques qui n’ont pas «bénéficié» de la Révolution française, avec la merveilleuse guillotine, qui coupa à cette époque 17 000 têtes (prélude aux décapitations actuelles?) et avec le massacre d’environ 200 000 réfractaires en Vendée, femmes et enfants compris, tous ces autres pays sont parvenus au même niveau économique, de droits sociaux, de droits politiques que la France. Même souvent en meilleure position. On pourrait donc dire: «Tout ça pour ça»???
 
Les formidables ruptures historiques (généralement provoquées par une minorité de bourgeois, des mencheviks), plutôt qu’une longue évolution, donnent-elles nécessairement un grand avantage, profitable à la population?
 
Est-ce que l’arrivée, en vrac, de Fidel Castro à Cuba en 1959 et cinquante ans d’un régime inefficace ont apporté la prospérité à La Havane? La révolution de 1917 en Russie a-t-elle permis un essor économique et démocratique pour l’Union soviétique? La prise de pouvoir de Nasser en Egypte en 1956 est-elle une grande réussite? Est-ce que la Chine, avec ses 30 millions de morts, en particulier de faim, du communisme de Mao Zedong, a fait beaucoup mieux que Singapour, Hongkong et surtout Taïwan? La disparition de l’empereur du Mexique en 1867 a-t-elle mis le pays sur une autoroute de paix civile? La fameuse révolution en Haïti, éliminant en 1804, avec raison bien sûr, un régime colonial honteux, n’a-t-elle pas interdit la création indispensable des infrastructures dont a bénéficié l’autre partie de la même île, Saint-Domingue? La révolution chaviste n’est-elle pas un échec invraisemblable, le Venezuela étant devenu un coupe-gorge sur une mer de pétrole? La révolution khomeyniste de 1979 a-t-elle été profitable à l’Iran, alors que le Chah tentait de moderniser le pays tout en résistant et aux islamistes et au parti communiste Tudeh, qui voulaient tous deux sa peau? Est-ce que la révolution du marxiste, Mengistu Haile Mariam, à Addis-Abeba en 1974, a engendré un meilleur régime que celui d’Haïlé Sélassié, empereur d’Ethiopie? La Révolution des «Jeunes Turcs» en 1908, n’est-ce pas aussi le génocide, en 1915, des Arméniens et en même temps le massacre de plus de 500 000 chrétiens: Assyriens et Chaldéens, entre 1914 et 1920?
 
Plus récemment, peut-on dire que les très fameux «Printemps arabes», salués à leur départ comme un avenir radieux assuré, n’ont pas débouché, pour la population, sur un appauvrissement certain?
Bref, les innombrables révoltes ou révolutions ont souvent été légitimes. Avec un recul historique et une analyse sérieuse, reconnaissons qu’elles ne sont pas à l’origine de progrès sociaux évidents, avantageux à long terme.
 
Est-ce une vision réactionnaire? Absolument pas. Seulement réaliste. Une observation. Un constat de médecin légiste devant un cadavre. Non, devant d’innombrables cadavres.
 
Pierre-Marcel Favre, éditeur

 

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