08/11/2015 10:36 | Lien permanent | Commentaires (1)

Pour un portrait plus fidèle du Valais

bend.jpgL’image du Valais se dégrade. De coûteuses campagnes de promotion n’y changeront guère. Certes, elle tient parfois de la caricature, mais est-elle si fausse? Quelle est donc cette image maculée? D’abord sur le plan économique: l’ouverture d’une instruction contre les anciens dirigeants du Groupe Mutuel illustre les dérives d’une ambitieuse compagnie d’assurances, qui semble avoir sacrifié sa raison d’être pour l’appât du gain et perverti la cause de la solidarité par orgueil. Avec de nombreux compatriotes, je peine à comprendre cette évolution car la fondation des secours mutuels avait sa vertu. Elle marqua une étape importante dans la santé publique et contribua à renforcer la cohésion sociale. Comme plus tard la création des coopératives de consommation ou de production.
 
Autre salissure sur un tableau se voulant sans taches: l’affaire Tamoil, une sorte de feuilleton sans fin, qui raconte aussi l’impuissance des pouvoirs publics face à une multinationale opaque, capable de déguerpir du Chablais pour courir vers d’autres sources de profit. Dans le même ordre d’idées, notons les incertitudes croissantes quant à l’avenir de notre tissu industriel et commercial. Qui dirige les secteurs secondaire et tertiaire? Serions-nous ramenés à 1900, quand le canton fut transformé et intégré de force au marché national, à la merci de capitaux et de l’ingénierie extérieurs? Décidément, la liberté et la sécurité de l’emploi valent mieux que des slogans abstraits sur des affiches de campagne.
Enfin, sur le plan politique, le Valais poursuit sa trajectoire singulière, son «Sonderfall», sous la conduite d’élites n’hésitant pas à forger une Sainte Alliance PDC-UDC. Stratégie moins
hasardeuse qu’il n’y paraît au pays d’Ecône, et appuyée par une puissante machine électorale. D’ailleurs, sans ce relais opérant jusque dans les hameaux les plus retirés, comment expliquer le plébiscite du Lötschental, fief du sénateur Beat Rieder? Les résultats laissent pantois: 96% pour le PDC, avec une participation frôlant les 90%! Pauvre PLR, Pierre-Alain Grichting, jugé si misérable! Cette unanimité stalinienne, digne d’une république soviétique, traduirait l’intense passion d’un monde hors du temps pour son enfant chéri. Douce béatitude du conformisme! Mais rangeons cela au musée des curiosités d’une démocratie moyenâgeuse, comme jadis ces élections à Törbel, où certains magistrats obtenaient plus de voix que de votants. Les méchantes langues disaient alors que l’on y faisait voter les morts!
 
Trêve de plaisanterie, les Alpes s’éloignent toujours plus du Plateau. La Suisse immobile se cabre devant la Suisse qui bouge. Le «Réduit» alpin, où le PDC exerça longtemps son hégémonie, n’est plus un obstacle à la droite nationaliste; l’enseignement du magistère et des notables, un rempart contre les idées les plus extrêmes. La situation s’est renversée: le vote conservateur-catholique recule devant les assauts de l’UDC, la copie cède à l’original. D’autres formules sont à étudier, d’autres voies à emprunter.
 
Dans cette boisson amère de l’arrière-automne, encore un zeste de citron vert.
Avec cette ultime comédie du pouvoir, cette prétention de l’UDC valaisanne à occuper un siège au Conseil fédéral. Le rêve éveillé de son «Lider Maximo» est bien étrange. Berne attend-elle vraiment un prophète au message de guerre, un cheval fou dans un collège de sages? Malgré des médias complaisants, ses chances sont nulles, quand bien même son conseiller en communication le déclare choisi par la divine Providence pour sauver la civilisation occidentale de ses ennemis: les musulmans, les migrants et les métèques. Et si tout cela n’était qu’esbroufe? L’image du Valais n’en sortirait ni grandie ni intacte.
 
Philippe Bender,historien
 
 
 
 
 
 
 

Commentaires

Excellent article de Philippe. Il m'a fait chaud au cœur.

Écrit par : Mario Berera | 09/11/2015

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