22/11/2015 09:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Guerre ou pas guerre? La confusion

Non, M. Hollande, lsandoz.jpga France n’est pas en guerre. Il n’y a pas eu sur son territoire une «agression armée», mais des attentats accomplis par des terroristes formés par l’Etat
islamique; ce n’était pas «une opération militaire».
 
Il va de soi que la lutte contre le terrorisme doit s’intensifier et que tous les pays d’Europe, Suisse incluse, doivent être solidaires dans cette lutte, organisant la collaboration entre leurs services de renseignement, entre leurs polices, entre leurs contrôles à la frontière, payant donc tous de leur poche cette collaboration. En revanche, contrairement à ce qui était annoncé dans Le Temps du 18 novembre dernier, sous le titre «Opération militaire. L’Europe soutiendra la France», l’art. 42 du Traité de Lisbonne n’est pas applicable qui dispose (cité par Le Temps) qu’«au cas où un Etat membre serait l’objet d’une agression armée sur son territoire, les autres Etats lui doivent aide et assistance». La France n’a pas été l’objet d’une «agression armée», si horribles et inadmissibles que soient les attentats de Paris. Mais la France a, il faut le dire, développé depuis des mois des actions militaires au Mali et au Sahel, et, depuis peu, dans l’Etat islamique, ce qui, par ces Etats, pourrait être considéré comme des «agressions armées». Ces actes français de guerre, même au nom d’une lutte contre le terrorisme, ne sont pas justifiés par une agression armée de la France. On ne peut pas qualifier de «guerre» ce que l’on veut, pour déclencher le soutien de ses soi-disant «amis européens». La guerre – si épouvantable qu’elle soit – obéit à des règles et notamment en ce qui concerne, par exemple, les Etats neutres, le traitement des prisonniers, des populations civiles, voire des hôpitaux et des monuments historiques, sans parler de l’entrée en vigueur de traités d’assistance entre Etats. On ne peut pas qualifier de guerre une lutte contre le terrorisme sans «fausser» les règles de la guerre. Au mieux peut-on parler de guérilla, mais le mot est trop «doux» quand il s’agit du terrorisme.
 
On dira peut-être que la guerre est possible entre des Etats et que l’Etat islamique existe, du moins selon son autoproclamation. Mais cet Etat autoproclamé n’a pour territoire que des pans volés à la Syrie et à l’Irak. Avant que de prétendre attaquer et peut-être détruire un territoire volé à ces deux Etats, au moins faudrait-il avoir été appelé à la rescousse militaire par les gouvernements de ces Etats et donc être d’accord de parler à leur gouvernement «officiel», même s’il est très peu sympathique!
Le terrorisme religieux, celui des djihadistes, n’a ni vrai gouvernement, ni territoire, ni règle autre que la destruction physique totale de ce qu’il qualifie aujourd’hui «d’ennemi d’Allah». Le terrorisme religieux ne cherche même pas à conquérir un territoire pour agrandir son influence, il est suicidaire dans sa folie meurtrière et «purificatrice» et la croyance que c’est une condition pour gagner son ciel.
 
Chaque acte «militaire» de la France ne fera qu’exacerber contre elle la rage djihadiste, et si l’Europe se laisse entraîner «officiellement», l’horreur se multipliera. La lutte antiterroriste exige une tout autre tactique, mais la grande question est de savoir si nous y sommes préparés tant moralement que techniquement. Au lieu de parler à tort de guerre et de faire croire qu’on peut la porter hors d’Europe, entraînons-nous à lutter contre le terrorisme. C’est urgent.

Suzette Sandoz, ex-conseillère nationale libérale (VD)

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