13/12/2015 09:42 | Lien permanent | Commentaires (0)

Nouvelle ère

meuf.jpgDésormais le grand cycle électoral de l’automne 2015 est terminé. La Suisse s’est dotée d’un nouveau Parlement depuis le 18 octobre dernier et d’un nouveau Conseil fédéral depuis mercredi. Une époque s’achève, une autre commence.
 
Nous laissons derrière nous le visage grave d’Eveline Widmer-Schlumpf, son élégance impertinente et son attachement intransigeant à la chose publique. Nous quittons une législature où les forces du centre avaient des ambitions, des stratégies, des volontés d’unité. Nous nous éloignons d’une politique pragmatique, aux alliances souvent fragiles mais qui nous a permis de résister aux grandes crises qui affaiblissent aujourd’hui l’Europe. Depuis mercredi, nous entrons dans une autre ère. Le Parlement est plus à droite, tout comme le Conseil fédéral, désormais composé de deux UDC, dont un au Département clé des finances. Quels constats en tirer?
 
Impossible de ne pas voir l’arrivée d’Ueli Maurer au Département des finances comme la volonté
de l’UDC de mener la politique libérale qu’elle a toujours entendu imposer. Le pari, raté, de miser sur Thomas Aeschi au Conseil fédéral révèle à l’évidence que jamais l’UDC n’a ambitionné de s’occuper réellement d’asile et de migration, mais qu’elle a pour objectif de s’attaquer aux prestations publiques et aux missions de l’Etat. Impossible de penser qu’Ueli Maurer a pris sa décision seul, qu’il n’est pas aujourd’hui, comme hier un homme de parti plutôt qu’un homme d’Etat. Cela n’inaugure rien de bon pour les grands arbitrages financiers qui verront s’opposer les budgets de l’armée, de la formation ou de l’agriculture. S’assombrissent aussi les perspectives de réformer la place financière suisse ainsi que l’avenir de nos négociations avec les pays voisins. Dans ce contexte qui va conjuguer baisse des recettes fiscales et pressions politiques sur les prestations publiques, le nouvel élu romand Guy Parmelin aura la tâche, au-delà de la gestion du Département de la défense, de s’engager, au sein du Conseil fédéral, pour que les choix pris par le collège ne prétéritent pas la Suisse romande, en particulier dans les dossiers de la libre circulation des personnes, indispensable à la sauvegarde des emplois, de la politique de la santé et des investissements dans les infrastructures.
 
Deuxième constat, le Parlement a changé de nature. Clairement plus à droite, cela a déjà été dit, mais avec des forces du centre affaiblies, inaudibles, incapables de dessiner un avenir commun. Les débats autour de l’élection au Conseil fédéral l’ont démontré. Alors qu’ils pouvaient présenter une candidature légitime, ils ont abdiqué. Alors qu’ils avaient le pouvoir de soutenir une alternative au ticket imposé par l’UDC, ils ont renoncé. Au final, le PDC a voté plutôt Parmelin, les Vert’libéraux Gobbi, et le PBD mystère. Comme s’ils étaient atteints par une forme de résignation à ne plus vouloir jouer de leurs propres forces. L’actuelle faiblesse politique et stratégique du centre au Parlement rendra compliquées les alliances ayant permis de défendre le service public, la politique familiale ou la stratégie énergétique.
 
La droitisation du Parlement, l’affaiblissement du centre et Ueli Maurer comme cheval de Troie de l’UDC au Département des finances rendent le rôle des forces de gauche d’autant plus important.
La gauche a quatre ans pour montrer sa capacité de proposition et de mobilisation, à convoquer la population, si nécessaire, contre les choix de la majorité du Parlement, à rassembler au-delà de son propre camp. A faire en sorte que la minorité parlementaire devienne la majorité populaire.
 
Géraldine Savary
Conseillère aux Etats (PS/VD)

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