20/03/2016

Pluie d’or populiste

cercle.jpgLes auteurs de l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel», sur laquelle nous voterons le 5 juin, sont-ils des passionnés de mythologie grecque? La «pluie de pièces de 5 centimes» (jaune or!) qu’ils ont déversée sur la place Fédérale quand ils ont livré les feuilles des signatures récoltées devait-elle évoquer la pluie d’or de Zeus fécondant Danaé? Qui ou que voulaient-ils féconder? Heureusement qu’il n’y a pas sept femmes au Conseil fédéral! Peut-être auraient-ils dû, cependant, relire la mythologie. Le mythe de la pluie d’or a plutôt mal fini, et il y a eu au moins un mort!
 
Et pourtant nos joyeux arroseurs récidivent, en offrant aux passants une pluie de billets de 10 francs (très jaunes, eux aussi!) lors du lancement de leur campagne en vue du vote. Je ne vais pas discuter ici le fond de l’initiative qui va être l’objet de débats d’autant plus édifiants que d’aucuns évoquent déjà une distribution de billets de mille par la BNS, pour relancer l’économie (voir Le Temps du lundi 14 mars), mais j’ai envie de m’arrêter sur (ou sous?) la «pluie d’or».
 
Imaginons un seul instant les auteurs d’une initiative sur la fiscalité de la famille ou le renvoi des étrangers recourir au même procédé, pour illustrer, les premiers ce que les familles, les seconds ce que les caisses publiques pourraient économiser grâce à leur initiative. Je n’ose concevoir les cris de putois dont notre ciel retentirait: «populistes» qui veulent «acheter» le peuple! On voit que ces «richards» ne savent pas ce que vaut l’argent. «L’extrême droite» se moque de la «sueur du travailleur». Il n’y aurait sans doute pas de termes assez violents ni assez méprisants pour qualifier cette mauvaise conduite citoyenne.
La distribution de leurs billets par les auteurs de l’initiative a été signalée aux nouvelles, dans quelques journaux, mais tout de suite après, silence radio! D’un côté, c’est tant mieux, car le «coup de pub»
a échoué. Mais, d’un autre côté, on regrette que cela n’ait pas été l’occasion de se poser certaines questions relatives à la manière «éthique» de titiller la «fibre démocratique» des citoyens.
 
D’une manière générale, est déjà assez horripilante la manie que les partis politiques ont de distribuer des roses, des soleils – ces fleurs ne durent généralement pas, vu la rude épreuve qu’elles vivent lors de ces distributions sur la rue –, des croissants, bref, toutes sortes de «petits cadeaux», tout en critiquant,
certains partis en tous les cas, la société de consommation et le gaspillage. Le citoyen laisse-t-il acheter ses «bonnes grâces» sans message politique aucun? Va-t-il voter pour un parti en s’attendrissant sur des fleurs fanées voire sur des miettes de croissant retrouvées dans son sac au moment d’utiliser son bulletin de vote? On veut bien, à la rigueur, tolérer ce geste de «bonne humeur» des candidats ou des partis «en campagne».
Mais distribuer de l’argent, c’est autre chose. C’est sous-entendre que «ce billet» ne vaut rien, que le travail que d’aucuns font pour gagner – parfois bien mal – leur vie est inutile, puisque l’argent peut être distribué gratuitement; c’est se moquer du SDF qui demande 5 francs pour «payer sa nuit», c’est insulter le musicien ou le clown des rues dont l’escarcelle contient peu de billets malgré son effort et sa prestation.
 
Décidément, quand on est à court d’arguments, on n’hésite pas à flatter les bas instincts de la population pour attirer des voix. C’est quoi déjà, le populisme?
 
Suzette Sandoz
ex-conseillère nationale libérale (VD)
 

06/03/2016

Nos stations doivent oser!

 
Fort heureusement donc il y a toujours des entrepreneurs qui imaginent des solutions au lieu de se plaindre du voisin ou de chercher des aides publiques. Par exemple, ceux qui ont compris que regrouper les forces accroissait les chances de réussite. C’est le cas de plusieurs sociétés de remontées mécaniques suisses et l’un des plus importants rapprochements, les 4 vallées, avec le succès que l’on connaît. Hélas, l’exercice s’est arrêté au milieu du chemin, sans passer à une véritable fusion de toutes les sociétés du domaine ce qui faciliterait la gestion et permettrait de mieux répartir les investissements. Une fusion à quatre - Thyon, Veysonnaz, Nendaz et Verbier - en ferait la première station de remontées mécaniques du pays et la classerait dans le top 5 européen. Dommage, mais peut-être demain…
 
Là où les 4 vallées ont innové cette année, c’est dans l’approche tarifaire. Elles ont osé s’attaquer à la tarification unique et adapter les prix selon la période de haute ou basse fréquentation. Certes, un sujet de polémique durant les relâches. Mais surtout une piste à explorer pour attirer plus de skieurs tout au long de la saison. Le système de prix différenciés pour un même produit permet d’améliorer les résultats à certaines conditions. Si le produit ne peut pas se stocker: une place dans une télécabine qui n’est pas utilisée est perdue, elle ne peut être stockée pour être vendue plus tard. Si la prestation ne peut pas être produite à la demande: la télécabine fonctionne, peu importe le nombre d’utilisateurs.
 
Et si l’intensité d’usage du produit peut se prévoir: fréquentation selon le moment de la saison, haute ou basse. Chacun sait que le prix de la même chambre d’hôtel peut varier fortement selon la saison, le jour où je la réserve et le moyen que j’utilise pour le faire. Sans parler du billet d’avion d’une compagnie dite «normale». Rien à voir avec le low cost qui porte sur une autre manière de voyager, un autre type d’hôtel, etc. Et il n’est pas question de cabines de confort différent selon les prix.

Le système adopté par certaines stations se rapproche plutôt de la tarification des CFF qui proposent aussi un abonnement général annuel et sur Internet des billets à prix réduits, voire très réduits (dégriffés). Or, on peut être sûr que les CFF ne vendraient pas des billets moins chers sur Internet s’il y avait un danger de perdre un nombre significatif d’abonnements généraux. Il en est de même pour les remontées mécaniques.
 
Il est grand temps de se nourrir d’expériences acquises ailleurs. Notre meilleure skieuse, Lara Gut, donne l’exemple: la survie des stations de ski passera par des règles de gestion strictes, sans peur d’affronter la concurrence extérieure et en démontrant une grande souplesse d’adaptation!
 
Chantal Balet, avocate-conseil