15/05/2016 11:01 | Lien permanent | Commentaires (2)

L’Iran, nouvelle terre promise?

Loretan.jpgAvec une cinquantaine de représentants de l’économie, j’ai eu le privilège de faire partie de la délégation économique du canton de Genève qui s’est rendue en Iran du 23 au 30 avril sous la conduite du conseiller d’Etat Pierre Maudet. Le programme économique intense en rencontres et opportunités d’affaires, nous a non seulement permis de percevoir en direct cette forte envie de développement commercial vers l’Occident mais aussi de découvrir une société à l’affût d’une nouvelle liberté. Nous étions loin des considérations géopolitiques des grandes puissances mais plongés dans la réalité de deux villes pétries d’histoire, éblouissantes de beauté et grouillantes d’hommes d’affaires de (presque) tous les continents. L’avidité des étrangers est à la hauteur des attentes iraniennes: gigantesque en termes d’investissements et de créations de places de travail dans un marché à forte croissance démographique. C’est «le dernier pays émergent non encore émergé» comme le décrit un spécialiste de la région. Avec deux bémols qui expliquent la tiédeur des investisseurs potentiels. Sur le plan de la politique intérieure, on est en pleine partie de backgammon. La «révolution» n’est plus présente dans la rue, pas de traces visibles de pasdarans ou de policiers, et l’allure des passantes va en s’émancipant. Le résultat des dernières élections législatives a permis à la coalition des modérés et des réformateurs d’obtenir une légère majorité au Parlement.
 
Cette tendance devra se confirmer lors de l’élection présidentielle prévue en juin 2017. A voir donc comment les réformes sociales annoncées se mettront en place et si les réglementations bancaires et fiscales gagneront en fiabilité. La situation intérieure est en voie de stabilisation mais n’offre pas encore des conditions-cadres politiques et économiques complètement rassurantes. L’autre élément d’incertitude qui plane sur toutes les transactions, c’est la véritable portée de la levée des sanctions. Bien que la Suisse ait levé les siennes en janvier, il reste toute une série de restrictions qui sont assez peu transparentes. Compte tenu de traumatismes récents, les banques craignent de s’aventurer à traiter avec les Iraniens sous peine d’être pénalisés par les USA. Le financement des contrats et les transferts directs d’argent restent donc problématiques. A croire que les Américains laissent peser une menace sur les entreprises occidentales afin de laisser le marché en friche pour l’arrivée de ses rouleaux compresseurs économiques. A quoi s’ajoute un contexte régional explosif où l’Iran est directement impliqué dans des conflits armés, notamment en Syrie et au Yémen.
 
La Suisse neutre reste toutefois bien positionnée. Elle entretient des relations «privilégiées» avec l’Iran puisqu’elle y a représenté les intérêts américains depuis 1980 et qu’elle représente les intérêts iraniens en Egypte depuis 1979. Les négociations sur l’accord nucléaire signé cette année se sont déroulées à Lausanne et les bons offices suisses ont été extrêmement appréciés. Elle jouit d’un bénéfice d’image qui lui donne un léger avantage compétitif. Mais les Iraniens restent redoutables en affaires et au bout du compte, ce sera la compétitivité et non pas la nationalité de l’offre qui fera la différence. Il n’en reste pas moins qu’après trente-six ans de mise à l’écart, les besoins de ces 80 millions d’habitants sont incommensurables et offrent d’innombrables opportunités dans tous les secteurs. Les missions économiques du président Schneider-Ammann en février et de Pierre Maudet il y a deux semaines ont permis aux entreprises suisses de faire une première analyse des risques. Poser ses premiers jalons aujourd’hui est un pari à prendre. C’est probablement la meilleure chance d’aboutir au succès dans quelques années. C’est aussi une façon de permettre à l’Iran de sortir plus rapidement de l’isolement, d’accélérer ses réformes et de se reconstruire.

C’est aussi donner un avenir à une jeunesse laïque et éduquée – 70% de la population – qui a juste
envie… de vivre! C’est la vibration de la rue.
 
Raymond Loretan, Président du Swiss Medical Network

Commentaires

Ref. L’Iran, nouvelle terre promise?

The article written by R. Loretan is quite self righteous and offending to those who do not share his assessment of American foreign policy in Iran.

As a regular reader of LeMatin, I am shocked by a phrase that reappears in bold red letter in the middle of the text “A croire que . . . “. The United States is not there to promote Swiss economic interests, Mr. Loretan. They are representing their own, and as the leader of the free world, she has responsibilities that go far beyond her own, as when the US declares embargoes on potential enemies of the West, which have had huge political and economic consequences, as when “some” of the very allies or friends approve openly of our intervention, and then sneak behind our back to break the embargoes. Do I need to cite examples, Mr. Loretan? If you feel the US should retreat from world affairs or not intervene in a situation or another, the least you can do is to say so in order to provide the context in which your senseless accusations can be evaluated by the readers.

Perhaps, it is your concept of Swiss neutrality that fogs you mind. Switzerland set indeed new records since WWII when it comes to making the best of the worse possible situations her neighbors or other nations find themselves into; Unconsciously perhaps, you are giving more credence to the old adage of “le pain et l’argent du pain” for which Switzerland is notorious.


The US has a world responsibility that most democrats and those who aspire to freedom continue to value, and that implies making decision that may not please your country and you personally, or like it doesn’t please some in our own business communities. Your are implying in no uncertain terms that our boys should be ready to defend the free world (and that includes Switzerland as far as I still understand), but once things cool down, we should lay the red carpet for your businessmen or that of other nations and tell our own to wait in line of get the crumbs. If you do not believe that Iran still represents a threat (it has yet to fulfil its obligations under the treaty and continues to threaten our allies in the Middle East daily), why don’t you suggest that Switzerland should intervene in a way that will sway Iran. At least you would put your money where your mouth is, and you would not be accused of being a hypocrite, as I do.

Sincerely yours,

Bob schoos
A private citizen who resides in Switzerland

Écrit par : bob schoos | 15/05/2016

Well said, Mr. Schoos.

Écrit par : andre | 16/05/2016

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