29/05/2016 09:09 | Lien permanent | Commentaires (2)

Au Pays des hommes intègres

bleu.jpgNous avons eu l’occasion de rencontrer au CHUV le nouveau ministre de la Santé du Burkina Faso. Un choc devant les images inimaginables pour nous du degré d’abandon de leur système de santé de leurs hôpitaux et du dénuement sanitaire de la population. La vision de ce minuscule bébé posé sur un lit d’adulte délabré, sans draps et souillé restera longtemps dans ma mémoire. Le contraste avec notre propre situation de confort, voire de luxe, est saisissant: la force des images! Elles nous font prendre conscience brutalement, presque avec honte, de notre chance et de l’indécence de certaines de nos exigences parfois excessives.
 
Le Burkina Faso – littéralement «Pays des hommes intègres» – a vécu sous l’ancien régime de Compaoré durant vingt-sept ans, puis il y a eu un an d’incertitude politique, suivi d’un coup d’Etat. Tous ces régimes politiques autoritaires ont été peu soucieux des besoins élémentaires de leurs administrés, notamment dans le domaine sanitaire. Aujourd’hui, la situation dans le monde hospitalier est le résultat de cette indifférence, dans un pays où la démocratie a été confisquée pendant de nombreuses années, laissant nos collègues soignants impuissants devant la souffrance et la mort de leurs patients. Ils n’ont ni les infrastructures, ni le matériel, ni les médicaments élémentaires pour les soulager ou les guérir. A bien considérer cette situation, nous qui nous plaignons parfois des lenteurs de notre démocratie directe, nous ne pouvons que nous rappeler du mot de Churchill: «La démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres.»
 
La situation du Burkina Faso a changé tout récemment sous la pression populaire avec l’élection d’un nouveau gouvernement et l’action de Roch Marc Christian Kaboré, nouveau président d’un Etat désormais démocratique. Les attentes de la population sont à la mesure de leurs besoins, comme en témoigne les 60% de participation aux dernières élections.
 
L’espoir est là, mais cette toute jeune démocratie doit affronter d’énormes défis. Au plan sanitaire, tout est à revoir ou à créer. Les nouveaux dirigeants en ont pleinement conscience, ils témoignent de fortes convictions et d’une volonté d’agir rapidement. Cependant, dans cette phase initiale de redressement, ils ont besoin d’aide. C’est le sens de la visite que le ministre de la Santé vient de faire dans plusieurs institutions de notre pays.
 
La Suisse possède une longue tradition dans l’aide humanitaire. Le CHUV notamment, avec le soutien de l’Etat, contribue à ces efforts collectifs dans plusieurs pays du monde. Dans le cas précis, nous allons répondre présent en fournissant rapidement du matériel médical. Les hôpitaux du Burkina Faso manquent de l’essentiel, de ce qui nous semble à nous basique: des électrocardiogrammes, des lits, des chariots de transport ou des pieds de perfusion.
 
Nous souhaitons également offrir à nos collègues burkinabés des possibilités de formation dans les domaines où ils en ont besoin. Nombre de professionnels de notre hôpital se rendent régulièrement pour enseigner en différents points du globe. Nos équipes reçoivent aussi des soignants de pays qui les envoient se former à Lausanne. Ces échanges sont extrêmement bénéfiques – notamment pour nos jeunes futurs médecins et soignants – et leur offrent la possibilité de mesurer à quel point nous disposons, dans nos hôpitaux universitaires, de conditions d’exception.
 
Plus qu’un choix, il nous semble que c’est notre devoir que de partager une part de notre richesse. Ce partage sera un enrichissement pour tous ceux d’entre nous qui y participeront.

Pierre-François Leyvraz, Directeur général du CHUV à Lausanne

Commentaires

Merci, Monsieur, pour cet excellent article.
Je me rends depuis plus de 10 ans au B.F. Notre association Maïa-Suisse ( Maïa signifie "humanisme" en langue Bambara) aide directement les populations des hameaux de culture.
Les hôpitaux manquent de tout, mais vous ne pouvez imaginer l'état de délabrement des dispensaires de ces régions de brousse. Accouchements sur des tables bancales à la lueur du tél. portable, manque d'hygiène élémentaire, les moustiques, etc...etc...
Si vous le pouvez, Monsieur, allez voir sur place. Notre équipe à Bobo-Dioulasso vous montrera la misère. Vous pourrez témoigner.
Ceci aiderait certainement à la récolte de dons qui est tellement difficile.
Bien à vous,
Anne Rosat, présidente de Maïa-Suisse
Bonne nouvelle : décision gouvernementale en mars dernier : soins
gratuits pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans.

Écrit par : Anne Rosat | 29/05/2016

Partager une part de ses richesses pour... s'enrichir (!). Votre démarche est tout à fait louable, mais le mot de la fin est mal choisi : "ce partage sera un enrichissement pour tous ceux d'entre nous qui y participent" LOL

Écrit par : sophie | 29/05/2016

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