12/06/2016 09:59 | Lien permanent | Commentaires (1)

LAMal: faire ce qui s’impose


_MA76487.jpgLes assureurs maladie présentent leurs comptes 2015. Ils ne sont pas bons. Il faut dire qu’en 2014 on votait sur l’initiative sur la caisse publique, il fallait donc éviter d’annoncer des primes en trop forte hausse. La facture arrive après… Bientôt, les propositions de primes 2017 seront déposées auprès de la Confédération. Les choses seront alors à peu près fixées. Il y aura bien une vérification des centaines de milliers de primes différentes selon le canton, la zone de primes, l’assureur, la franchise, le modèle alternatif, etc. Mais cela bougera peu. Pourtant, rien ne doit être dit jusqu’à fin septembre. Après seulement viendra le bal des réactions, des lamentations et des effets d’annonce. Puis Noël arrivera et on oubliera le sujet.
 
Ainsi, l’an prochain, les familles de notre pays connaîtront une nouvelle hausse de 600 à 800 francs de leurs prélèvements obligatoires, en moyenne. Qui s’ajoutera à une augmentation à peine moindre en 2016. Les assureurs bon marché, qui connaîtront des hausses spectaculaires, expliqueront que la compensation des risques leur coûte beaucoup trop cher, alors que les assureurs chers diront qu’ils doivent quand même encore augmenter leurs primes, parce que la compensation des risques ne leur rapporte pas assez. Derrière ce bazar, il y a deux réalités: la déréliction d’un système de financement fondé sur des assureurs en concurrence sur la prime, et une explosion des coûts liée à des choix politiques fédéraux inspirés par ces mêmes assureurs.
 
En 2012, le Parlement fédéral a décidé pendant dix-huit mois de laisser entrer chez nous tous les médecins de l’Union européenne qui le souhaitaient. Par centaines, de nouveaux spécialistes se sont donc installés dans nos villes et facturent désormais au tarif le plus haut d’Europe. En outre, le Parlement a décidé de libéraliser partiellement le financement hospitalier. De nombreuses cliniques privées sont dès lors subventionnées et un marché intercantonal financé par l’Etat a été créé. Résultat: 15% de hausse de coûts à charge de la LAMal en quatre ans. Pendant les quatre années qui avaient précédé 2012, les coûts n’avaient augmenté «que» de 10%. On doit donc aux inspirateurs de ces libéralisations, à chercher chez les élus bourgeois proches des assureurs et des cliniques privées, un surcoût de 5%, soit un milliard de francs à charge de la LAMal. A quoi il faut ajouter le milliard que les cantons paient désormais à la place des assureurs complémentaires. Deux milliards. C’est ce qu’il faudrait à peu près pour rendre gratuites les primes des enfants et des jeunes en formation.
 
Notre pays va plutôt bien. Mais, chez nous aussi, un pouvoir d’achat qui s’érode alors que l’environnement est prospère, cela finit par engendrer une colère sourde contre cette modernité inégalitaire. Or l’assurance-maladie est une cause majeure de cette réalité. Y aura-t-il enfin assez de forces et de courage pour faire ce qui s’impose? Créer des caisses de compensation cantonales pour rendre compréhensible, transparente et exactement liée aux coûts l’évolution des primes. Créer des instruments de maîtrise des volumes facturés, par exemple, par une généralisation à l’ambulatoire du principe des enveloppes budgétaires par prestataire de soins. Et organiser le système de réduction de primes de manière à ce que cette dernière n’excède pas 10% du revenu, comme nous le réaliserons d’ici à 2019 dans le canton de Vaud.
 
Face aux lobbies, il faudra encore recourir au peuple pour que les choses avancent. C’est le rôle historique de la gauche, des syndicats, des associations de soignants ou de consommateurs. Et de toutes les bonnes volontés, qui finiront bien par bouger. Sans la pression née des tentatives passées, jamais un centime ne serait revenu des primes payées en trop, par exemple, et le libre choix du médecin aurait déjà disparu. Le combat, bien qu’inégal, est donc possible, utile, indispensable.
 
Pierre-Yves Maillard, conseiller d'Etat vaudois

Commentaires

Quoi que l'on dise de la lamal, on n'aborde jamais l'escroquerie des caisses-maladies qui ne font pas
suivre les assurés qui les quittent de leur réserve
légale minimum.

Écrit par : gindrat | 12/06/2016

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