11/09/2016 10:21 | Lien permanent | Commentaires (0)

La violence dans les hôpitaux est inacceptable!

lstapioca-tomlm.jpgIl y a quelques jours, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont annoncé qu’ils renforçaient la lutte contre les violences dont sont victimes leurs collaborateurs sur leur lieu de travail. Depuis 2013, celles-ci sont en hausse et se montent à plus de 30 par année. Que ce soit dans un hôpital, dans une administration publique, ou n’importe où d’ailleurs, chaque agression est une agression de trop. Les mettre en rapport avec les quelque 60 000 hospitalisations ou 990 000 consultations annuelles des HUG n’enlève rien au fait qu’il est inacceptable qu’un agent public soit insulté, menacé, giflé voire agressé. La violence dans un hôpital s’explique, en partie, mais ne se justifie pas. D’une part, elle est le reflet de notre société et de ses incivilités croissantes. D’autre part, le cocktail hospitalier qui réunit maladie, souffrance, incertitude et mort est un incontestable facteur de stress psychologique et peut expliquer un occasionnel «pétage de plombs».

En tant que directeur général, j’ai l’obligation et, surtout, la responsabilité morale de faire en sorte que les soignants puissent accomplir leur travail en toute sécurité. Les soignants sont des gens qui se dévouent pour les autres, pour leur prodiguer des soins de qualité et pour leur venir en aide. Les violenter est donc particulièrement lâche et irrespectueux.

Cet engagement d’offrir un climat de sérénité dans nos hôpitaux, je le dois également à la population qui vient se faire soigner car la violence sur les soignants rejaillit sur elle aussi. En effet, les insultes, les menaces et les agressions traumatisent durablement et de manière totalement compréhensible les collaborateurs-victimes. Parfois la personne ne parvient plus à faire son travail, voire est contrainte à une absence pour raison de santé. Autour de la victime, ses collègues aussi sont impactés par l’insécurité provoquée par la violence subie par leur pair. Il en résulte un sentiment général de malaise qui peut, tôt ou tard, nuire à la qualité des soins et de l’accueil. Et tout ceci a aussi un coût car les absences et les dysfonctionnements ont des conséquences financières. C’est donc la population, dans son ensemble, qui devient otage de l’incivilité grandissante d’une minorité.

Désormais, aux HUG, plusieurs mesures sont activées, au nombre desquelles on compte des formations à la gestion de la violence, de la prévention, un soutien renforcé aux victimes, davantage de gardes de sécurité et des affiches prônant le respect. Mais les HUG iront plus loin. Ainsi, chaque agression fera l’objet d’une plainte pénale de l’institution à l’encontre de l’agresseur. Cela montrera clairement au public qu’elle n’entend pas se laisser piétiner sans réagir et aux collaborateurs qu’ils bénéficient du soutien de leur direction. Il n’est en effet pas normal que la victime se retrouve seule à porter plainte, alors qu’elle
a été violentée dans le cadre de son travail.

En effet, une plainte individuelle nominative expose la victime qui n’en demandait pas tant. Par sa durée, elle ne cesse de raviver un souvenir pénible. Du coup, dans certains cas, des collaborateurs renoncent à porter plainte par crainte de représailles. D’autres demandent l’autorisation de retourner leur badge professionnel ou d’en masquer le nom pour ne pas être identifiés par les patients, de crainte qu’un patient d’aujourd’hui devienne un agresseur de demain.

Dans nos hôpitaux, nous ne devons pas tolérer que se glissent insidieusement une anxiété latente, un sentiment d’impunité et de véritables craintes. Pour que cela soit tout à fait clair, notre affiche porte un message sans équivoque: «Vous n’êtes pas ici pour subir un mauvais traitement, nous non plus».

Bertrand Levrat
Directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève

 

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