25/09/2016 09:50 | Lien permanent | Commentaires (0)

Armes et faiblesses de la sécurité en Suisse

lstapioca-tomlm.jpgEn cet été meurtrier, on ne peut que penser à toutes ces vies fauchées par la violence terroriste. Ces actes sont d’autant plus abominables qu’ils frappent là où, en principe, nous nous sentons en sécurité. Promenade piétonne, église, train, cinéma. Si la Suisse pleure ses concitoyens victimes, à l’étranger, de la folie extrémiste, elle est un des rares pays en Europe à n’avoir pas subi d’attentats sur son territoire. D’avoir été jusqu’à présent épargnés doit donc nous inciter à la retenue et à la solidarité vis-à-vis de nos voisins.
 
Mais nous devons aussi nous demander, en gardant la tête froide, si nous avons en main tous les instruments pour lutter et combattre les menaces terroristes sur notre sol. Il y a dix ans, j’aurais dit que notre chaîne sécuritaire était la plus nulle du monde. Le fédéralisme obscurcissait la vision d’ensemble. Les informations entre les cantons et la Confédération ne circulaient pas, ni même entre les différents services de la Confédération. Aujourd’hui, je pense que de nos défauts, nous avons fait des qualités. D’abord, parce qu’il y a eu prise de conscience que les auteurs de délits ne disparaissaient pas, passés une frontière cantonale. La task force TETRA,  récemment créée, réunit l’Office fédéral de la police, le Service de renseignement, le Ministère public de la Confédération, des représentants du Département des affaires étrangères, des gardes-frontière, du Service des migrations, du canton  de Zurich et de quelques commandants des polices cantonales du Réseau national de sécurité.
 
Présentée ainsi, cette cellule spéciale de lutte contre le terrorisme ressemble à ces innombrables commissions fédérales qui consacrent l’essentiel de leurs séances à fixer la date suivante. En réalité, alors que nos voisins doivent décloisonner leurs services de renseignement, de police et de sûreté, en Suisse, l’information circule, les spécialistes travaillent ensemble et avec célérité. Le travail de terrain des polices communales et cantonales qui agissent au cœur des quartiers et des villes permet de repérer les périmètres ou les personnes à potentiel de radicalisation. Ces informations, précieuses pour toute approche préventive, remonte aux responsables fédéraux. Ce qui était un problème (fédéralisme, échelonnage des responsabilités) est donc devenu partie de la solution.
 
Aujourd’hui, il manque, par contre, à la Confédération, d’une part, les bases légales pour renforcer la surveillance des personnes identifiées comme dangereuses, et, d’autre part, les compétences pour traiter et hiérarchiser les informations obtenues. Dans le premier cas, les lois sur la surveillance des postes et télécommunications, comme celle sur le service de renseignements, vraisemblablement acceptée aujourd’hui en votation populaire, permettront de nous doter d’instruments modernes de surveillance et de prévention. Pour le reste, rien ne sert de multiplier les militaires à la frontière ou de transformer les polices cantonales en cellules spéciales armées jusqu’aux dents. Ce qu’il nous faut, ce sont des professionnels aptes à repérer, décrypter et trier les données obtenues.
 
Enfin, la Suisse a la responsabilité de vérifier qu’elle ne constitue pas de zone arrière de financement du terrorisme. Dans un rapport publié en 2015, le Conseil fédéral reconnaît que «le risque de financement du terrorisme pourrait évoluer rapidement, en particulier dans l’hypothèse où les réseaux de financement du terrorisme utiliseraient de façon plus systématique des modes alternatifs de transmission de fonds.» Malgré ce constat alarmant, le Conseil fédéral se refuse à adapter le Code pénal aux réalités qu’il considère lui-même comme inquiétantes!
 
Géraldine Savary, conseillère aux Etats (PS/VD)

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