13/11/2016 10:08 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le PLR parti de l’économie, un mythe?


H6LM6F2X.jpgLe titre choisi pour cet article n’est pas une provocation. On peut légitimement se poser cette question, eu égard à la position officielle du PLR genevois sur le seul objet cantonal qui sera soumis à votation le 27 novembre prochain, et qui concerne les ouvertures des commerces genevois quelques dimanches par an. En effet, le PLR genevois appelle à voter non aux ouvertures du dimanche plébiscitées par l’ensemble des commerçants du canton. Petit retour en arrière.

Déposée en 2014, l’initiative 155 «Touche pas à mes dimanches!» des syndicats et de l’extrême gauche vise en priorité à empêcher que Genève soit classée «zone touristique», ce qui autoriserait l’ouverture des commerces tous les dimanches de l’année. Pur fantasme: les associations patronales n’ont à aucun moment envisagé de demander le classement de tout ou partie de Genève en zone touristique.

Face à cette initiative, la commission de l’économie du Grand Conseil a élaboré un contre-projet (CP) qui vise uniquement à appliquer le droit fédéral, à savoir la possibilité, pour les commerces, de bénéficier de quatre dimanches d’ouverture par an. Plus précisément «3+1», puisque le 31 décembre, jour férié à Genève, est assimilé à un dimanche. Ce contre-projet a été accepté par le Grand Conseil. On aurait donc, si le 27 novembre le contre-projet est accepté par le peuple face à l’initiative, trois dimanches ouverts par an (les deux dimanches avant Noël et un dimanche «flottant» dans l’année) ainsi que le 31 décembre. A comparer aux douze dimanches dont bénéficient les commerces français avec la loi Macron.

Or, à la majorité, l’assemblée du PLR genevois appelle à voter non au contre-projet! Pourquoi? Pour des raisons strictement idéologiques: parce que le projet prévoit que la loi ne pourra s’appliquer que «lorsqu’il existe une convention collective de travail étendue». Et qu’apparemment, le PLR du bout du lac n’aime pas les conventions collectives…

Ce parti voudrait donc «prémunir» les commerces genevois d’une telle dépendance à une convention collective. Pour un parti qui en appelle à la responsabilité des acteurs de l’économie, c’est un peu fort de café! Cela fait des décennies que les commerçants entretiennent un dialogue social et s’accommodent fort bien d’une CCT? Peu importe: le PLR sait mieux que les commerçants ce qui est bon pour eux! Les trois grandes associations genevoises de commerçants, la Fédération des entreprises romandes et la Chambre de commerce appellent unanimement à voter oui au contre-projet? Les malheureux: volons au secours de ces inconscients!

Un mot sur les conditions dans lesquelles ces ouvertures du dimanche auront lieu pour ce qui concerne les employé(e)s. Car la seule raison valable de voter non serait que ces ouvertures se fassent à leur détriment. Or il faut savoir que le travail du dimanche se fera sur la base du volontariat (donc sans obligation), avec une récupération du dimanche travaillé ou un doublement du salaire: dans un secteur réputé pour son faible niveau de salaire, ce sera une opportunité pour nombre de salarié(e)s d’améliorer leurs revenus.

Depuis le 1er juillet 2008, la loi fédérale autorise l’ouverture des magasins quatre dimanches par an, chaque canton ayant latitude pour instaurer ces quatre ouvertures exceptionnelles. Cette votation revêt une importance bien au-delà de Genève. Car contrairement aux cantons alémaniques, qui pour la plupart autorisent ces quatre ouvertures par an depuis des années, les cantons romands ne le font pas. Si le contre-projet passe la rampe, peut-être les autres cantons romands, en particulier Vaud, reverront-ils leur position?

Pascal Vandenberghe, président-directeur général de Payot Libraire

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