20/11/2016 11:22 | Lien permanent | Commentaires (0)

De la minorité au pouvoir

PMFavre.jpgDéjà, on le sait, le petit David triompha de Goliath! L’histoire est en grande partie écrite par des minorités, souvent conquérantes. Les sectes, les groupuscules, les marginaux au départ peuvent triompher.

Le Macédonien Alexandre le Grand, à 22 ans, est déjà maître de l’Asie-Mineure. En 333 av. J.-C., il écrase Darius, le Perse, détenteur d’une force bien supérieure. Il se retrouvera avec un empire allant de la Grèce à l’Indus.

De son côté, le Turc Tamerlan, né en 1336, débute à 28 ans la conquête de l’Orient, du Caucase jusqu’à l’Asie centrale, avec des forces bien modestes à ses débuts.

Hernán Cortés, à la tête de quelques centaines d’Espagnols, fait plier l’Empire aztèque, qui a aligné contre lui jusqu’à 100'000 guerriers!

Les Bolcheviks écrasent l’armée du tsar, éradiquent presque la religiosité russe et développent un empire unique dans l’histoire qui se maintiendra presque une centaine d’années.

Rappelons aussi qu’Adolf Hitler prit le pouvoir en 1933 avec 43,91% des voix des Allemands.

Le très apprécié président chilien Salvador Allende a investi la Moneda avec un score bien modeste de 36,6% des voix.

Le général de Gaulle et son entourage à Londres, ainsi que la Résistance dans l’Hexagone n’étaient longtemps qu’une poignée face à une masse pétainiste.

En 1954, au tout début de la sanglante guerre de libération algérienne, les fellagas n’alignent que quelques centaines de combattants. Ils triomphent en 1962.

En 1968, il n’a fallu que quelques milliers de jeunes étudiants déterminés pour faire trembler la France.

Les régimes laïques de Saddam Hussein et Hafez el-Assad ont été bâtis l’un sur la minorité sunnite d’Irak et l’autre sur une encore plus petite fraction, les Alaouites. De son côté, Mouammar Kadhafi provenait du petit clan des Ghous. Il avait rassemblé le pays, aujourd’hui éclaté. Il a fallu dans les trois cas, des interventions extérieures aux pays pour bouleverser dramatiquement la situation, au détriment des populations.

Sur l’ensemble du monde musulman, le wahha­bisme de l’Arabie saoudite ne représente que 4% de la population «islamique». Et pourtant ce sont bien eux qui ont fait basculer des millions de fidèles vers l’extrême de la religion coranique. Entre autres, en investissant des milliards dans l’imposition de leur idéologie, par exemple, en construisant des dizaines de milliers de mosquées de par le monde, du Kirghizistan à l’Indonésie en passant par l’Afrique subsaharienne, etc. S’est ensuivi une influence considérable, hors de proportion, allant jusqu’à armer ou participer à des guerres visant à éliminer les régimes laïques ou chiites.

Il est définitivement clair qu’il ne faut pas stigmatiser le monde musulman dans son ensemble, mais bien distinguer ses différentes composantes. Il est toutefois impossible de ne pas constater que l’extrémisme islamiste était presque inexistant il y a quelques dizaines d’années et qu’il progresse à bonne allure, dans le monde entier, avec à la clé troubles et attentats.

Les djihadistes de Daech proviennent de partout. Même si ceux qui passent à l’action sont peu nombreux, certaines banlieues françaises et belges sont en partie acquises à la cause extrême!

Les minorités actives peuvent prendre une grande importance. Influencer bien au-delà de leur nombre. Faire basculer les hésitants. Finalement, transformer une société dans une direction régressive. On ne peut pas se fier aux affirmations de Manuel Valls qui assure: «Nous vaincrons le terrorisme islamiste.» On peut ne pas croire aux prédictions romanesques de Michel Houellebecq dans «Soumission». Mais elles nous interrogent.

Pierre-Marcel Favre, éditeur

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