27/11/2016 09:37 | Lien permanent | Commentaires (0)

Electricité verte, vraiment?

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Payer quelques centimes de plus pour consommer de «l’électricité verte» et ainsi soutenir la production d’électricité renouvelable, voilà l’offre de plusieurs distributeurs d’électricité. Ces propositions s’adressent aux clients dits «captifs», c’est-à-dire les ménages, vous et moi, et les PME. L’idée paraît tout à fait louable, mais essayons de voir ce qu’elle recouvre exactement. Est-ce vraiment à l’électricité verte que fonctionne mon lave-vaisselle ou le chargeur de mon téléphone mobile? La réalité n’est pas si simple.
 
En effet, l’essentiel de l’électricité est acheté en Bourse. Or, ces contrats d’achat d’énergie portent sur une électricité dite «grise», dont on ignore la provenance. Aussi, pour obtenir un label renouvelable faut-il se tourner vers un autre marché que celui physique des électrons. A savoir, celui des garanties d’origine (certificats verts). Pour vendre du garanti «renouvelable», les distributeurs acquièrent donc, sur le marché des garanties d’origine, des «certificats verts» qui attestent qu’une certaine quantité d’électricité renouvelable a été injectée s
ur un réseau en Suisse, pour le label «local», ou à l’étranger. En d’autres termes, l’achat d’un label vert ne signifie pas que mon lave-vaisselle fonctionne à l’électricité verte.
 
Mais pour le distributeur, l’intérêt du certificat d’origine se situe ailleurs. Il lui rapporte une marge très confortable. Aujourd’hui, les prix en Bourse de l’électricité, qu’elle soit verte ou grise, sont extrêmement bas en raison d’une conjoncture européenne en berne, donc d’une faible demande, et du fait des subventions à l’étranger et du bas coût du charbon. Quant aux garanties d’origine suisses ou étrangères elles ne valent pas grand-chose faute de demande suffisante (moins de 10% du prix du kilowattheure). Le distributeur peut ainsi acquérir bon marché tant de l’électricité grise que des certificats et s’en prévaloir pour vendre cher en toute légalité un produit en affirmant qu’il est 100% de source hydraulique, par exemple. Cette information n’est pas totalement exacte comme on vient de le voir. Mais surtout, outre qu’elle permet au distributeur d’améliorer considérablement ses marges aux dépens de clients captifs que nous sommes, elle met en jeu la garantie de notre approvisionnement sur la durée.
 
On touche ici au cœur du problème: les offres d’électricité verte par des garanties d’origine ne profitent pas du tout à la production hydraulique suisse qui représente quand même 55% de notre approvisionnement, soit la partie essentielle du renouvelable indigène, (contre moins de 3% pour l’électricité solaire ou éolienne suisse). Au contraire, pour obtenir des marges élevées, les distributeurs imposent aux producteurs hydroélectriques suisses les prix très bas de la Bourse, plus bas que les coûts de production, tout en vendant du label vert grâce à des certificats. Ce faisant, ils mettent le couteau sous la gorge de la production hydroélectrique suisse. Et cela alors même qu’ils ont une obligation légale d’assurer la sécurité de l’approvisionnement des ménages et PME à des tarifs équitables. En clair, dans le même temps nous avons l’illusion de consommer vert, nous enrichissons la distribution et nous tuons la principale source d’électricité renouvelable indigène. Décidément il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume des électrons.

 

 

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