27/11/2016

Electricité verte, vraiment?

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Payer quelques centimes de plus pour consommer de «l’électricité verte» et ainsi soutenir la production d’électricité renouvelable, voilà l’offre de plusieurs distributeurs d’électricité. Ces propositions s’adressent aux clients dits «captifs», c’est-à-dire les ménages, vous et moi, et les PME. L’idée paraît tout à fait louable, mais essayons de voir ce qu’elle recouvre exactement. Est-ce vraiment à l’électricité verte que fonctionne mon lave-vaisselle ou le chargeur de mon téléphone mobile? La réalité n’est pas si simple.
 
En effet, l’essentiel de l’électricité est acheté en Bourse. Or, ces contrats d’achat d’énergie portent sur une électricité dite «grise», dont on ignore la provenance. Aussi, pour obtenir un label renouvelable faut-il se tourner vers un autre marché que celui physique des électrons. A savoir, celui des garanties d’origine (certificats verts). Pour vendre du garanti «renouvelable», les distributeurs acquièrent donc, sur le marché des garanties d’origine, des «certificats verts» qui attestent qu’une certaine quantité d’électricité renouvelable a été injectée s
ur un réseau en Suisse, pour le label «local», ou à l’étranger. En d’autres termes, l’achat d’un label vert ne signifie pas que mon lave-vaisselle fonctionne à l’électricité verte.
 
Mais pour le distributeur, l’intérêt du certificat d’origine se situe ailleurs. Il lui rapporte une marge très confortable. Aujourd’hui, les prix en Bourse de l’électricité, qu’elle soit verte ou grise, sont extrêmement bas en raison d’une conjoncture européenne en berne, donc d’une faible demande, et du fait des subventions à l’étranger et du bas coût du charbon. Quant aux garanties d’origine suisses ou étrangères elles ne valent pas grand-chose faute de demande suffisante (moins de 10% du prix du kilowattheure). Le distributeur peut ainsi acquérir bon marché tant de l’électricité grise que des certificats et s’en prévaloir pour vendre cher en toute légalité un produit en affirmant qu’il est 100% de source hydraulique, par exemple. Cette information n’est pas totalement exacte comme on vient de le voir. Mais surtout, outre qu’elle permet au distributeur d’améliorer considérablement ses marges aux dépens de clients captifs que nous sommes, elle met en jeu la garantie de notre approvisionnement sur la durée.
 
On touche ici au cœur du problème: les offres d’électricité verte par des garanties d’origine ne profitent pas du tout à la production hydraulique suisse qui représente quand même 55% de notre approvisionnement, soit la partie essentielle du renouvelable indigène, (contre moins de 3% pour l’électricité solaire ou éolienne suisse). Au contraire, pour obtenir des marges élevées, les distributeurs imposent aux producteurs hydroélectriques suisses les prix très bas de la Bourse, plus bas que les coûts de production, tout en vendant du label vert grâce à des certificats. Ce faisant, ils mettent le couteau sous la gorge de la production hydroélectrique suisse. Et cela alors même qu’ils ont une obligation légale d’assurer la sécurité de l’approvisionnement des ménages et PME à des tarifs équitables. En clair, dans le même temps nous avons l’illusion de consommer vert, nous enrichissons la distribution et nous tuons la principale source d’électricité renouvelable indigène. Décidément il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au royaume des électrons.

 

 

20/11/2016

De la minorité au pouvoir

PMFavre.jpgDéjà, on le sait, le petit David triompha de Goliath! L’histoire est en grande partie écrite par des minorités, souvent conquérantes. Les sectes, les groupuscules, les marginaux au départ peuvent triompher.

Le Macédonien Alexandre le Grand, à 22 ans, est déjà maître de l’Asie-Mineure. En 333 av. J.-C., il écrase Darius, le Perse, détenteur d’une force bien supérieure. Il se retrouvera avec un empire allant de la Grèce à l’Indus.

De son côté, le Turc Tamerlan, né en 1336, débute à 28 ans la conquête de l’Orient, du Caucase jusqu’à l’Asie centrale, avec des forces bien modestes à ses débuts.

Hernán Cortés, à la tête de quelques centaines d’Espagnols, fait plier l’Empire aztèque, qui a aligné contre lui jusqu’à 100'000 guerriers!

Les Bolcheviks écrasent l’armée du tsar, éradiquent presque la religiosité russe et développent un empire unique dans l’histoire qui se maintiendra presque une centaine d’années.

Rappelons aussi qu’Adolf Hitler prit le pouvoir en 1933 avec 43,91% des voix des Allemands.

Le très apprécié président chilien Salvador Allende a investi la Moneda avec un score bien modeste de 36,6% des voix.

Le général de Gaulle et son entourage à Londres, ainsi que la Résistance dans l’Hexagone n’étaient longtemps qu’une poignée face à une masse pétainiste.

En 1954, au tout début de la sanglante guerre de libération algérienne, les fellagas n’alignent que quelques centaines de combattants. Ils triomphent en 1962.

En 1968, il n’a fallu que quelques milliers de jeunes étudiants déterminés pour faire trembler la France.

Les régimes laïques de Saddam Hussein et Hafez el-Assad ont été bâtis l’un sur la minorité sunnite d’Irak et l’autre sur une encore plus petite fraction, les Alaouites. De son côté, Mouammar Kadhafi provenait du petit clan des Ghous. Il avait rassemblé le pays, aujourd’hui éclaté. Il a fallu dans les trois cas, des interventions extérieures aux pays pour bouleverser dramatiquement la situation, au détriment des populations.

Sur l’ensemble du monde musulman, le wahha­bisme de l’Arabie saoudite ne représente que 4% de la population «islamique». Et pourtant ce sont bien eux qui ont fait basculer des millions de fidèles vers l’extrême de la religion coranique. Entre autres, en investissant des milliards dans l’imposition de leur idéologie, par exemple, en construisant des dizaines de milliers de mosquées de par le monde, du Kirghizistan à l’Indonésie en passant par l’Afrique subsaharienne, etc. S’est ensuivi une influence considérable, hors de proportion, allant jusqu’à armer ou participer à des guerres visant à éliminer les régimes laïques ou chiites.

Il est définitivement clair qu’il ne faut pas stigmatiser le monde musulman dans son ensemble, mais bien distinguer ses différentes composantes. Il est toutefois impossible de ne pas constater que l’extrémisme islamiste était presque inexistant il y a quelques dizaines d’années et qu’il progresse à bonne allure, dans le monde entier, avec à la clé troubles et attentats.

Les djihadistes de Daech proviennent de partout. Même si ceux qui passent à l’action sont peu nombreux, certaines banlieues françaises et belges sont en partie acquises à la cause extrême!

Les minorités actives peuvent prendre une grande importance. Influencer bien au-delà de leur nombre. Faire basculer les hésitants. Finalement, transformer une société dans une direction régressive. On ne peut pas se fier aux affirmations de Manuel Valls qui assure: «Nous vaincrons le terrorisme islamiste.» On peut ne pas croire aux prédictions romanesques de Michel Houellebecq dans «Soumission». Mais elles nous interrogent.

Pierre-Marcel Favre, éditeur

13/11/2016

Le PLR parti de l’économie, un mythe?


H6LM6F2X.jpgLe titre choisi pour cet article n’est pas une provocation. On peut légitimement se poser cette question, eu égard à la position officielle du PLR genevois sur le seul objet cantonal qui sera soumis à votation le 27 novembre prochain, et qui concerne les ouvertures des commerces genevois quelques dimanches par an. En effet, le PLR genevois appelle à voter non aux ouvertures du dimanche plébiscitées par l’ensemble des commerçants du canton. Petit retour en arrière.

Déposée en 2014, l’initiative 155 «Touche pas à mes dimanches!» des syndicats et de l’extrême gauche vise en priorité à empêcher que Genève soit classée «zone touristique», ce qui autoriserait l’ouverture des commerces tous les dimanches de l’année. Pur fantasme: les associations patronales n’ont à aucun moment envisagé de demander le classement de tout ou partie de Genève en zone touristique.

Face à cette initiative, la commission de l’économie du Grand Conseil a élaboré un contre-projet (CP) qui vise uniquement à appliquer le droit fédéral, à savoir la possibilité, pour les commerces, de bénéficier de quatre dimanches d’ouverture par an. Plus précisément «3+1», puisque le 31 décembre, jour férié à Genève, est assimilé à un dimanche. Ce contre-projet a été accepté par le Grand Conseil. On aurait donc, si le 27 novembre le contre-projet est accepté par le peuple face à l’initiative, trois dimanches ouverts par an (les deux dimanches avant Noël et un dimanche «flottant» dans l’année) ainsi que le 31 décembre. A comparer aux douze dimanches dont bénéficient les commerces français avec la loi Macron.

Or, à la majorité, l’assemblée du PLR genevois appelle à voter non au contre-projet! Pourquoi? Pour des raisons strictement idéologiques: parce que le projet prévoit que la loi ne pourra s’appliquer que «lorsqu’il existe une convention collective de travail étendue». Et qu’apparemment, le PLR du bout du lac n’aime pas les conventions collectives…

Ce parti voudrait donc «prémunir» les commerces genevois d’une telle dépendance à une convention collective. Pour un parti qui en appelle à la responsabilité des acteurs de l’économie, c’est un peu fort de café! Cela fait des décennies que les commerçants entretiennent un dialogue social et s’accommodent fort bien d’une CCT? Peu importe: le PLR sait mieux que les commerçants ce qui est bon pour eux! Les trois grandes associations genevoises de commerçants, la Fédération des entreprises romandes et la Chambre de commerce appellent unanimement à voter oui au contre-projet? Les malheureux: volons au secours de ces inconscients!

Un mot sur les conditions dans lesquelles ces ouvertures du dimanche auront lieu pour ce qui concerne les employé(e)s. Car la seule raison valable de voter non serait que ces ouvertures se fassent à leur détriment. Or il faut savoir que le travail du dimanche se fera sur la base du volontariat (donc sans obligation), avec une récupération du dimanche travaillé ou un doublement du salaire: dans un secteur réputé pour son faible niveau de salaire, ce sera une opportunité pour nombre de salarié(e)s d’améliorer leurs revenus.

Depuis le 1er juillet 2008, la loi fédérale autorise l’ouverture des magasins quatre dimanches par an, chaque canton ayant latitude pour instaurer ces quatre ouvertures exceptionnelles. Cette votation revêt une importance bien au-delà de Genève. Car contrairement aux cantons alémaniques, qui pour la plupart autorisent ces quatre ouvertures par an depuis des années, les cantons romands ne le font pas. Si le contre-projet passe la rampe, peut-être les autres cantons romands, en particulier Vaud, reverront-ils leur position?

Pascal Vandenberghe, président-directeur général de Payot Libraire

06/11/2016

Les médias jouent la claque

slobodab.jpgC’est la présidente croate, l’autre jour, qui a vendu la mèche: «Les Américains vont choisir notre prochain président», déclara-t-elle à la télé, avant de se reprendre. Le lapsus, chez les politiques, tient lieu d’alcootest. Car elle disait le vrai, Kolinda. Ce qu’on pense, ici, ne présente plus aucun intérêt. Il n’est pas un enjeu de taille en Europe dont la clef ne soit à Washington, pas une donnée sensible dont la copie ne soit à Langley. L’Amérique dicte la composition de nos assiettes, le règlement de nos banques, la poussée de nos indignations. L’Amérique me fournit le système d’exploitation qui me permet d’écrire cet article et à des armées de journalistes alignés, le logiciel de pensée qui leur permet d’écrire les leurs. Ainsi, nos médias de grand chemin ont-ils fait de l’élection de Hillary Clinton une cause sacrée.

C’est qu’entre les actes de l’Amérique progressiste et ceux du reste du monde, il existe le même abîme qu’entre le bien et le mal. Aux 200 000 civils d’Alep-Est, que les bombes russes martyrisent, répond le million de civils de Mossoul, que les bombes U. S. libèrent. Cette liberté-là n’a pas de prix! La précédente libération de l’Irak a tué un demi-million d’enfants? «Nous pensons que cela en valait la peine», estimait Mme Albright, la secrétaire d’Etat de M. Clinton. Si la démocrate Madeleine, sous le démocrate Bill, vous le certifie, c’est qu’on a vraiment minimisé les dégâts. Plus humain que les démocrates U.S., tu meurs!

C’est sans doute ce que pensaient les académiciens suédois qui, en 2009, sur la foi de son émouvant discours de Berlin, offrirent au démocrate Obama le calumet de la Paix.

On n’en a pas vu la première bouffée. Durant son mandat, M. Obama a ordonné dix fois plus d’assassinats ciblés que M. Bush, déployé le «War Business» sur 27 théâtres de conflits et bombardé 7 pays. Le 5 octobre, son chef d’Etat-major Mark Milley a menacé le reste du monde de guerre totale: «Nous vous frapperons comme personne ne vous a jamais frappés!»

Réussira-t-il à tuer plus de Russes qu’Hitler et ses 20 millions? Pour une législature baptisée au Nobel de la Paix, le finish est assez paradoxal. Et ne parlons pas des performances de l’administration Obama sur le plan intérieur: elles sont à la campagne de Trump ce que Kourou est à la fusée Ariane.

Or, Mme Clinton est un pilier de ce système-là. Ce seul fait, même sans les révélations de WikiLeaks, eût été compromettant. Mais avec WikiLeaks… Quoi, WikiLeaks? Cette officine poutinienne? Que la féministe fervente soit financée par les coupeurs de têtes saoudiens, que les mêmes sponsorisent l’Etat islamique et qu’en plus elle soit au courant, voilà une «fuite» qui ne semble pas trop alarmer nos correspondants.

Ce qui les alarme, c’est l’usage qui pourrait en être fait par le candidat républicain. Les preuves de l’infâme corruption de Hillary ne salissent que… ses adversaires! Le logiciel d’autoaveuglement fonctionne sans failles.

«Nous avons tous été assez satisfaits de dégrader le gouvernement, de laisser tomber le civisme et généralement de conspirer à produire des citoyens ignares et dociles. L’ignorance demeure forte, mais la docilité, de toute évidence, se perd. Ce problème requiert un peu de réflexion sérieuse…» C’est ce qu’écrivait Bill Ivey, le gourou de Bill Clinton à la culture, à John Podesta, chef de campagne de Hillary, le 13 mars dernier.

On peut soupçonner les Russes d’avoir aidé WikiLeaks à «fuiter» ce mail, mais quand même pas de l’avoir écrit. Ce «nous» semble désigner les maîtres à penser démocrates. A moins qu’il faille l’étendre aux médias qui jouent la claque dans le numéro d’illusionnistes du parti «progressiste» américain?

Slobodan Despot, Editeur

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