15/01/2017 11:47 | Lien permanent | Commentaires (1)

Mobiliser toutes les forces (de régulation) pour maîtriser les dépenses de santé

Danthine.jpgLa maîtrise des dépenses de santé est sans aucun doute un objectif prioritaire pour la Suisse. D’elle dépend dans une large mesure le maintien du pouvoir d’achat des classes moyennes en période de croissance faible. Pour réussir il faut mettre à contribution toutes les forces de régulation, publique et privée, en évitant de succomber aux dogmes: le tout à l’État ou le tout au marché n’a fonctionné de manière convaincante nulle part dans le monde. Avec son système mixte, la Suisse est bien placée, mais nous devons accepter avec pragmatisme à la fois l’intervention étatique et la mobilisation de la concurrence. La régulation étatique est indispensable, en particulier pour assurer un accès équitable aux soins, mais aussi bien l’histoire (le passé récent en Suisse) que la géographie (les expériences internationales) montrent qu’elle n’est pas suffisante. La régulation par la concurrence en est le complément idéal. Il faut cependant que nous cessions de lui lier pieds et poings pour se plaindre ensuite qu’elle ne fonctionne pas.

 Les dépenses de santé sont le produit des prix et des quantités. La rigueur doit prévaloir sur les deux fronts. Parlons quantités d’abord. Il est démontré qu’en matière de santé l’offre génère la demande. Discipliner la demande requiert donc de réguler l’offre: il faut perpétuer la clause du besoin, c’est-à-dire soumettre à l’autorisation de l’État le droit d’un praticien d’ouvrir un cabinet médical. Mais cela ne suffit pas. Il faut arrêter de financer les dépenses qui n’engendrent pas une amélioration de bien-être démontrée. L’élargissement constant du catalogue des prestations à charge de l’assurance obligatoire est une réponse politiquement populaire à une demande évidente dès lors qu’elle n’est pas mise en relation avec son coût, mais elle conduit mécaniquement à une augmentation des primes d’assurance. Les prix des prestations médicales et hospitalières sont eux aussi sous contrôle de l’État depuis des décennies avec des résultats plus que décevants. Les prix de certaines prestations techniques sont de puissants encouragements à multiplier les actes. Cette situation est le reflet de la faiblesse des politiques face aux lobbys médicaux et pharmaceutiques (dont ils sont aussi parfois les représentants). Le seul espoir est de consolider la régulation étatique indispensable en laissant jouer les forces de la concurrence.
 
Les caisses maladie devraient être libres de contracter avec les prestataires (médecins et cliniques) dont les prix et les pratiques sont efficaces et économes et avoir la possibilité d’exclure ceux qui présentent un rapport coût/qualité trop défavorable. Les caisses doivent aussi retrouver leur liberté de proposer sans limites des réductions de primes favorisant les nouvelles formes de production de soins telles que les réseaux de soins (ou réseaux de santé) qui représentent l’avenir d’une médecine économe. Quant aux prix des médicaments, là aussi la situation actuelle offre la démonstration que la régulation par l’État est insuffisante: les lobbys sont simplement trop puissants par rapport à la capacité d’agir de politiciens divisés et parfois régis par des conflits d’intérêts. La logique de concurrence devrait ici passer par l’autorisation d’importations parallèles dès lors que le prix d’un médicament en Suisse dépasse de manière exagérée le prix moyen relevé dans les pays voisins. Une marge doit être laissée pour tenir compte du niveau élevé des salaires et des loyers suisses, mais au-delà de cette marge un excédent de prix devrait générer l’autorisation automatique d’importer et les caisses maladie devraient pouvoir calibrer les remboursements sur des normes de prix ainsi définies.
 
Jean-Pierre Danthine, professeur honoraire à l'UNIL et président de l'Ecole d'économie de Paris.

Commentaires

Il me parait indispensable que toutes les forces non seulement de régulation, mais aussi politiques se mettent enfin d'accord pour enrayer la hausse des coût de la santé.

Tant que la santé sera un business rentable, que nos politiciens seront membres de leur conseils d’administration, il est utopique de penser pouvoir enrayer la hausse des primes.

Écrit par : Indispensable | 28/01/2017

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