29/01/2017 10:00 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les entreprises suisses et la RIE III

001882A5_A38C823C874D9FA2E5B7F933926C109A.jpgJ’ai regardé lundi dernier l’émission «TTC», qui recevait Carole Hubscher, la présidente de Caran d’Ache. J’ai relevé beaucoup de points communs entre son entreprise et Payot: deux entreprises suisses avec chacune environ 300 employés et un chiffre d’affaires avoisinant les 100 millions de francs suisses, mais en tout cas supérieur à 50 millions de francs suisses, ce qui les exclut toutes deux de la catégorie officielle des PME. Avec des modèles d’affaires certes radicalement différents: Caran d’Ache fabrique en Suisse et exporte une grande partie de sa production, alors que Payot ne vend qu’en Suisse des produits principalement d’importation, achetés en Suisse. Mais quoi qu’il en soit, comme pour la plupart des entreprises suisses, le franc fort est un vrai défi, pour ne pas dire un handicap! À la fin de l’interview, Patrick Fischer a demandé à Mme Hubscher si elle envisageait de délocaliser sa production dans des pays aux coûts salariaux moins élevés qu’en Suisse. Elle a clairement répondu par la négative: pour Caran d’Ache, le «swissness» est prépondérant par rapport aux coûts de fabrication. J’ai été étonné que Patrick Fischer ne profite pas de l’occasion pour lui demander son avis sur la RIE III.

On a en effet lu et entendu beaucoup de politiques ou des organisations faîtières (patronales et syndicales) prendre des positions attendues sur cette réforme: grosso modo le monde de l’économie et la droite sont pour, le monde syndical et la gauche sont contre. Mais les prises de position de dirigeants d’entreprises suisses qui bénéficieront d’une baisse de l’impôt sur les sociétés, pourtant directement concernés, ont été étonnamment rares. Sans entrer dans la polémique des chiffres ni le combat idéologique auquel nous avons assisté, peut-être n’est-il pas inutile de s’interroger sur les effets concrets de cette RIE III, si elle obtient une majorité le 12 février prochain.

Certes, 60% des PME ne paient pas d’impôts sur les bénéfices. Mais ce sont surtout des micro-entreprises employant moins de 10 salariés. Ce qui signifie tout de même que 230 000 des 576 000 PME recensées (en 2014, dernier chiffre disponible) paient un impôt sur les bénéfices, et représentent certainement une grande majorité des quelque trois millions d’emplois de cette catégorie.

En ce qui concerne les sociétés «ordinaires» (sans statut fiscal) dans leur ensemble, PME ou plus grosses entreprises, 95% d’entre elles verront une baisse des impôts sur les sociétés en cas d’adoption de la RIE III. Vue d’ici, dans le contexte particulier (mais désormais structurel, semble-t-il) du franc fort, qui a mécaniquement obligé les entreprises à réduire leurs marges et par conséquent leurs charges, mais également leur capacité d’investissement, voire leurs fonds propres, une telle baisse d’impôts serait la bienvenue et constituerait une réelle «bouffée d’air». Croit-on vraiment que l’économie ainsi réalisée serait destinée à augmenter les dividendes ou la rémunération des dirigeants? Ce serait bien mal connaître l’attachement à la pérennité des entreprises de leurs actionnaires ou propriétaires, dans leur très grande majorité.

Lorsque j’ai racheté Payot en 2014, certaines personnes m’ont demandé si j’envisageais de déménager le siège social dans un canton plus «favorable» que le canton de Vaud. Je n’y ai pas songé un seul instant. Payot est une entreprise d’abord vaudoise, historiquement mais aussi dans son activité: cinq de nos onze librairies sont situées dans le canton de Vaud. Cela dit, je ne serais évidemment pas contre une baisse de l’impôt sur les bénéfices! Ici comme dans les autres cantons romands où nous opérons. Et même si la RIE III est rejetée, il faudra de toute façon trouver une solution pour répondre aux exigences, internationales d’une part, et d’équité d’autre part.

Pascal Vandenberghe, Président directeur général Payot Librairie

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