05/02/2017 10:17 | Lien permanent | Commentaires (1)

Des méfaits de l’alternance?

Cercle.jpgLe combat de coqs Clinton-Trump et celui – dans la volière française – des candidats de gauche et de droite entre eux et contre ceux de l’autre tendance mettent en évidence la faiblesse voire le danger intrinsèque de l’alternance en politique, danger accru encore par un régime présidentiel.

Danger de l’alternance d’abord: à peine arrivé au pouvoir, M. Trump, républicain, n’a qu’une idée: défaire ce qu’a pu entreprendre son prédécesseur démocrate. En outre, il change tout ce qu’il peut dans l’administration afin d’y mettre ses hommes liges. Il n’en ira sans doute guère autrement en France quel que soit le candidat élu, M. Hamon représentant autant l’alternance, à gauche, que M. Fillon, à droite. Ce sera donc le grand coup de balai des ministères et des changements à beaucoup d’échelons de l’administration. Comment veut-on qu’un pays progresse à coups de démolitions successives?

Danger accru par un régime présidentiel: un seul homme ferait la pluie et le beau temps à l’exécutif; un seul homme promettrait un programme, miroir aux alouettes pour son élection, programme qu’il ne peut jamais remplir seul, à moins d’agir en vrai potentat, mais, dans un État occidental, en courant le risque d’un blocage social parce que la moitié de la population, qui est d’une tendance autre que celle du président, entend bien paralyser tout effort.

Et après que les candidats, tant aux États-Unis qu’en France, se sont couverts réciproquement de critiques, voire d’insultes pendant la campagne, et que les opposants se seront évertués à trouver mille péchés à reprocher au candidat le mieux placé qui leur déplaît, comment peut-on imaginer travailler sereinement au bien commun? La haine entre les candidats et parfois leur manque de respect les uns pour les autres incitent les citoyens à tomber dans l’infantilisme au point de gifler un candidat! Le spectacle est écœurant; l’élection de l’exécutif et en particulier d’une seule personne, le président, par le peuple est un mal, en tous les cas à l’époque du triomphe des réseaux sociaux.

On mesure, devant ce désastre, la chance qui est la nôtre, en Suisse, d’une part d’avoir toujours un collège exécutif et non pas un système présidentiel, et d’autre part de chercher à cultiver le principe de concordance.

Le système collégial que nous pratiquons à tous les échelons offre l’avantage premier de décourager les promesses fallacieuses, car chaque candidat à l’exécutif sait que, une fois élu, il devra composer avec quatre ou six autres élus de même rang que lui, dont il ne peut pas se débarrasser par le biais d’une crise ministérielle. Chacun des cinq ou sept membres de nos exécutifs collégiaux doit apprendre à chercher la concordance et ce, même parfois avec des collègues d’appartenance politique proche. Certes, les caractères ne sont pas tous de la même trempe, mais tous ont la même légitimité électorale, et c’est très important. Il peut y avoir, en Suisse, une sorte d’alternance politique en ce sens qu’un exécutif communal, cantonal ou fédéral serait tantôt à majorité de gauche, puis de droite, mais l’égale légitimité électorale de tous les élus à l’exécutif les oblige à chercher un consensus, y compris avec les minoritaires.

On se doit pourtant de relever que le système collégial risque de fonctionner moins bien, chez nous, quand l’élection a lieu par le peuple que lorsqu’elle est le fait du Parlement, car ce dernier sait probablement mieux composer un collège que ne le fait le hasard des votes populaires très affectifs.

En deux mots, la concordance, le collège exécutif et l’élection du gouvernement par le Parlement assurent mieux le bien d’un pays que l’alternance présidentielle avec élection populaire.

Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)

Commentaires

Merci pour cet article qui agit un peu comme un antidépresseur à notre époque de folie. Surtout que l'on sait qu'en Suisse un parti aux buts douteux rêve d'un gouvernement élu par le peuple, alors qu'en effet, on peut constater les dégâts d'un tel système en France ou aux États-Unis.

Écrit par : ChaMo | 05/02/2017

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