26/02/2017 09:46 | Lien permanent | Commentaires (0)

Violence domestique: l’insupportable réalité

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meuf.jpgLa violence domestique? Un mal qui ne me concerne pas. Un fléau auquel la Suisse n’est pas confrontée. Ce constat trop souvent entendu se révèle malheureusement faux. Tous les dix jours, une femme meurt de violence domestique dans notre pays. Et cinq homicides sur sept sont commis au sein du couple. Comment ne pas ressentir un sentiment d’effroi face à ces statistiques intolérables?
 
Pire: les chiffres sont à la hausse. La violence domestique, qui touche avant tout les femmes, même si des hommes sont aussi visés, est une véritable honte pour nos démocraties. Elle est indigne de tout État qui prône la liberté et l’égalité dans sa Constitution.
 
La violence domestique est d’autant plus intolérable qu’elle s’inscrit dans une tendance dangereuse: ce que l’on croyait acquis en matière de droits des femmes est remis en question. En décembre dernier, la justice tunisienne a autorisé le mariage d’une jeune fille de 13 ans avec son violeur, qui l’avait mise enceinte. Car la législation prévoit que le mariage du coupable avec la victime met un terme aux poursuites. Un projet de loi allant dans le même sens a été présenté en Turquie, puis retiré. Pour combien de temps?
 
Tout aussi grave: il y a quelques semaines, les députés russes ont décidé de dépénaliser les violences commises dans le cercle familial. Le texte de loi, voté avec 385 voix favorables et seulement 2 contre, préconise une simple peine administrative pour les actes de violence, sauf s’ils entraînent l’hospitalisation! Les députés ont justifié leur décision par leur prétendue volonté de limiter le rôle de l’État dans la sphère privée. Cela est d’autant plus insoutenable lorsqu’on sait qu’en Russie plus de 10 000 femmes meurent chaque année sous les coups de leur compagnon.
 
Ces faits sont inacceptables en 2017! Ils démontrent l’urgence d’agir. La lutte contre la violence domestique doit devenir une priorité en termes de sécurité et de santé publique. C’est ce que fait le canton de Vaud.
Le Conseil d’État vaudois a soumis au Grand Conseil un projet de loi visant à la fois à améliorer la protection des victimes, à renforcer les mesures d’éloignement des auteurs du domicile conjugal et à mieux encadrer ces derniers, afin d’éviter les récidives. Nous voulons donner la possibilité au juge d’astreindre l’auteur de violence expulsé, et soumis à une interdiction de périmètre, à porter un bracelet électronique. Cette mesure d’éloignement a fait ses preuves dans plusieurs pays européens, notamment en Espagne. Elle figure, d’ailleurs, dans le projet de loi présentée à l’échelon fédéral. Les objectifs de la Confédération et du canton de Vaud sont ambitieux. Ils sont à la hauteur de la souffrance des victimes.
 
Nier la réalité, c’est laisser faire. Au courage des victimes, nous ne pouvons pas opposer la lâcheté du silence. Face à la violence, il n’y a pas d’autre réponse que la mobilisation et l’action. C’est notre responsabilité de prévenir, de sensibiliser, mais aussi de prendre les mesures de protection qui s’imposent. D’autant plus que lors de violence dans le couple, un grand nombre d’enfants est concerné.
 
La violence domestique constitue un fait politique et social. Au nom de nos valeurs, et par respect pour le courage des femmes qui s’engagent au quotidien dans la lutte contre la violence domestique, nous devons, et nous pouvons, changer les choses. En tant que Cheffe du Département en charge du Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes, j’en ai la profonde conviction. Car le respect de l’intégrité physique et psychique de chaque personne est un droit et non un privilège.
 
Au courage des victimes, nous ne pouvons pas opposer la lâcheté du silence. Face à la violence,
il n’y a pas d’autre réponse que la mobilisation et l’action.

 

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