16/04/2017 10:21 | Lien permanent | Commentaires (0)

De la taxation des robots

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L’avènement de processus informatiques autonomes supplantant le travail des hommes va poser un sérieux problème fiscal à l’État.
 
Depuis la nuit des temps, l’État taxe la production des sociétés pour financer les besoins de ces dernières en infrastructures et services: routes et canaux, écoles et universités, police, armée. Cette taxation est souvent imposée au vecteur principal de la production: dans les sociétés agraires, elle frappait en nature les produits de la terre à travers la dîme; elle pouvait aussi se traduire directement par une taxe en nature sur le travail: la corvée.
 
Depuis la révolution industrielle, la majeure partie de la richesse produite par les sociétés est redistribuée sous forme de salaires. L’État s’est donc adapté en mettant en place l’impôt sur le revenu, à travers lequel il taxe, en définitive, la productivité. C’est un moyen efficace: aujourd’hui en Suisse, 60% du produit intérieur brut est consacré aux salaires. Il est donc logique que l’État se finance au travers de l’imposition sur le revenu.
 
Dans tous ces cas, l’essentiel de la production est assurée par le travail des hommes, de telle sorte que nous avons beaucoup de mal à pouvoir imaginer qu’il puisse en être autrement. En outre, de par son ancienneté, l’imposition du revenu du travail apparaît légitime aux yeux de la population. On voit d’ailleurs très bien cet effet dans la manière très différente dont nous traitons les revenus du travail, assez lourdement taxés, et ceux du capital, qui le sont beaucoup moins. Cela dit, tant que le système économique dépend du travail des hommes et consacre la majeure partie de sa production à rémunérer ses travailleurs, le système tient.
 
Toutefois, on assiste actuellement à l’automatisation de plus en plus rapide de nos processus de production. Sans être certain de rien, il est permis de penser que dans un avenir proche, une part de plus en plus importante de la production, y compris immatérielle, des sociétés humaines pourrait être le fait de robots ou de processus informatiques autonomes, auto-apprenants, et soumis à une supervision de plus en plus réduite de la part des hommes. Partant, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la productivité de la société pourrait se découpler du travail humain. Cela pose un problème inédit à l’État: la part de productivité dévolue aux salaires baissant au profit de la rémunération du capital, qui paie en définitive les robots et en encaisse les revenus, la base fiscale de l’État se réduirait drastiquement.
 
Il s’agit d’un problème parallèle à celui qui sous-tend le débat sur le revenu de base inconditionnel – le sujet en est le même: la possible raréfaction du travail humain au profit d’un travail effectué par des machines, provoquant la raréfaction des salaires, donc de la base fiscale de l’État. C’est dans ce cadre qu’on devrait envisager la «taxation des robots»: non pas, comme on l’entend souvent, pour protéger certains emplois d’un progrès technologique inéluctable, mais pour permettre à l’État de s’adapter à une baisse de la part de production consacrée aux salaires, et à une hausse correspondante de la part consacrée à la robotisation de l’économie – en somme, permettre à l’État d’adapter sa base fiscale à l’évolution du système productif en cours.
Bien entendu, rien de tout cela n’est sûr, et jusqu’à maintenant, aucune évolution technologique n’a rendu le travail humain obsolète. Reste qu’il n’est pas interdit de penser que les progrès actuels sont d’un autre ordre, de par l’avènement de machines apprenantes et capables d’initiative, et que ce futur d’une société productive, mais sans travail humain, est de l’ordre du possible.
 
Il serait sage de nous y préparer.
 

 

 

 

 

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