14/05/2017 11:29 | Lien permanent | Commentaires (0)

Invisibilité des protestants malgré les 500 ans de la Réforme

Suzette.jpgLes protestants – dont je suis – n’ont pas de pape, pas d’évêque, pas de vraie hiérarchie. C’est à la fois leur faiblesse et leur force.
 
Leur faiblesse
 
Notre époque très médiatisée éprouve une tendresse toute particulière pour les chefs, qu’elle qualifie de «leaders» (indépendamment de leur valeur intrinsèque). Plus leur pouvoir est étendu, plus ils sont entourés de pompe, plus ils sont visibles, donc médiatiques, plus ils plaisent.
 
La Réforme a banni la pompe, parfois même en étant iconoclaste – c’était encore la mode à l’époque, malheureusement. On a évolué depuis lors, au point de vouloir – pour se faire pardonner le vieux passé – replacer au portail de la cathédrale de Lausanne une statue de la Vierge Marie qui n’y fut jamais et que d’aucuns croyaient détruite par la Réforme!
 
Les différentes Églises cantonales réformées sont bien des structures organisées, mais, selon la tradition, leurs autorités, généralement collégiales, ne sont pas très médiatiques. Il est clair dès lors qu’on parle très peu des Églises protestantes. Or le silence n’est guère porteur à notre époque.
 
Leur force
 
Échapper à la mode médiatique par manque de superficialité clinquante, c’est une chance parce que cela permet de se concentrer sur l’essentiel. Il faut une force exceptionnelle pour rayonner et gagner de l’importance sans artifices, pour générer l’admiration par sa seule manière d’être, pour gagner les cœurs plutôt que les écrans et étendre sa zone d’influence sans tambours ni trompettes, mais sans contrainte non plus. La transmission de la Parole de vie s’adresse au cœur – donc aux sentiments – autant qu’à l’esprit; c’est un art particulièrement difficile à l’heure de «la dérive émotionnelle» comme dirait le philosophe Jean Romain. Et précisément, à cause de cette dérive qui caractérise la société dite «liquide» par des sociologues à la mode depuis le dernier quart du XXe siècle, les Églises protestantes sont guettées par un grand danger.
 
Le danger
 
La crainte de manquer de visibilité incite les autorités ecclésiastiques protestantes à chercher une forme de publicité facile. Il faut plaire au chaland pour conquérir de nouvelles ouailles. On en vient d’ailleurs plus à compter les ouailles qu’à s’assurer du fond du message et de la capacité à transmettre la Parole de vie. Les 500 ans de la Réforme sont, sur ce point, une tentation supplémentaire de céder à cette tendance. On peut craindre plus de spectacle que de rayonnement spirituel. Il est certes légitime – cela fait partie de la culture historique – de rappeler le rôle de Luther, mais il est difficile d’échapper à une sorte de culte de la personnalité terriblement contraire à la tradition réformée.
L’effort fourni par tous les organisateurs de ces journées, rencontres, manifestations en rapport avec les 500 ans de la Réforme est remarquable. Il y a un dévouement considérable et des centaines de bénévoles. Mais l’éventuelle visibilité recherchée ne risque-t-elle pas de favoriser le triomphe de la forme sur le fond?
 
Un vœu
 
Puisse le 500e anniversaire de la Réforme révéler le rayonnement des personnes et des institutions, une sincère modestie dans l’esprit de service, un effacement des autorités ecclésiastiques devant la mission de l’Église! Pour guérir du tohu-bohu qui l’assourdit, une société «liquide» – peut-être déjà en train de changer parce qu’on sent la jeune génération à la recherche de repères stables – a besoin d’une solidité souriante et aimante, discrète, porteuse d’un message de vie clair.
 
Échapper à la mode médiatique par manque de superficialité clinquante, c’est une chance parce
que cela permet de se concentrer sur l’essentiel.
 
Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)
 

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