28/05/2017 10:51 | Lien permanent | Commentaires (0)

Erasmus, l’Europe qui marche

Gaillard.jpgLa solution transitoire adoptée pour trois ans par le Conseil fédéral pour garder un pied dans Erasmus au lendemain de la votation du 9 février 2014 sera reconduite en 2018.

À la suite de l’adoption de l’initiative dite «contre l’immigration de masse», en février 2014, l’Union européenne réagissait en suspendant, entre autres, l’association de la Suisse au programme Erasmus +. Tollé dans les milieux de la formation, mais aussi dans la jeunesse: on n’était pas habitué, admettons-le, à ce que nos votations populaires aient des effets aussi immédiats et aussi spectaculaires.

Qu’est-ce qu’Erasmus? Probablement rien de moins que l’une des plus grandes réussites de l’Europe institutionnelle. Ce programme public rend possible, pour les jeunes en formation, des séjours dans pratiquement toutes les régions du continent. En simplifiant les démarches administratives entre les établissements, en offrant des bourses universelles, et surtout en promouvant l’apprentissage des langues par immersion, Erasmus est devenu un label reconnu. Mieux, c’est aujourd’hui l’un des quelques symboles partagés d’une nouvelle génération européenne. Trop souvent réduit aux étudiants universitaires, il concerne, depuis des années, toutes les filières: en Suisse, le nombre d’apprentis qui effectuent un échange dans ce cadre ne cesse de progresser, atteignant plus de mille en 2015.

Car la Suisse, venons-y, est depuis plus de vingt ans étroitement associée aux initiatives européennes de promotion de la mobilité dans le cadre de la formation. Elle visait à faire partie pleinement d’Erasmus +, nouvelle version d’un système éprouvé, lorsqu’est tombé le couperet du 9 février. Devant la nécessité d’agir rapidement, les autorités fédérales ont alors adopté une solution transitoire. Dans un style assez classiquement helvétique, nous finançons depuis unilatéralement les séjours individuels effectués dans le cadre d’Erasmus, mais sans accès à la totalité des prestations ni participation aux décisions concernant les développements ultérieurs. Une solution évidemment bancale qui a permis de maintenir tant bien que mal le nombre d’échanges à un niveau stable – alors qu’ils progressent sans cesse, partout en Europe. L’essentiel, néanmoins, est sauf, au moins pour une période de trois ans qui s’achève… fin 2017.

À l’approche de l’échéance, le Conseil fédéral vient de faire connaître ses intentions pour la suite. N’attendez pas une stratégie: non, il propose simplement de prolonger de trois ans le fonctionnement temporaire institué en 2014. Pour motif principal, le gouvernement avance la difficulté de relancer des négociations à temps, après une ratification de l’extension de la libre circulation des personnes à la Croatie – condition posée par les partenaires européens – intervenue fin 2016 seulement.

La lecture attentive de son rapport révèle autre chose: pour s’associer pleinement à Erasmus +, il aurait fallu payer une contribution équivalente à celle que versent tous les pays membres. En somme, financer comme tout le monde ce dont nous profitons comme tout le monde. Face à ce type d’évidence, l’étroitesse d’esprit d’une austérité dogmatique dictée par la droite bourgeoise s’exprime avec limpidité: tout ça est trop cher, restons des partenaires de seconde zone, et tant pis si le nombre d’échanges stagne ou diminue.

Alors que l’acquisition d’une langue étrangère et les échanges de compétences joueront à n’en pas douter un rôle d’une importance croissante à l’avenir, cette position court-termiste est aussi ridicule que catastrophique. En réaction, le Conseil suisse des activités de jeunesse a du reste lancé une pétition pour inviter le Conseil fédéral à substituer de toute urgence une vraie vision à sa très courte vue.

En cette période de scepticisme face aux grands ensembles internationaux, il nous faut évidemment débattre largement de la profondeur et l’ampleur de nos relations institutionnelles avec l’Union. Parfois, nous pouvons nous permettre de critiquer ses errements. Mais sachons aussi reconnaître les réussites indéniables, et cherchons à nous y intégrer en priorité. Erasmus est l’un de ces incontournables succès auxquels nous avons la chance de pouvoir participer. Erasmus, c’est l’Europe qui marche, et il serait regrettable de nous laisser distancer.

Benoît Gaillard, Président du Parti socialiste lausannois

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