18/06/2017

Macron le jeune

Ver_1_of_FAVRE_Pierre_Marcel.jpgNous voulons le bien de la France! Nous souhaitons donc que le nouveau président réussisse. Sa fabuleuse majorité lui sera bien utile. L’enthousiasme et la volonté, doublés d’une communication redoutable, aideront notre héros. Mais la tâche sera rude, tant l’héritage est lourd. La dette étatique du pays atteint aujourd’hui les 2147 milliards d’euros (870 milliards en 2000 et 1631 milliards en 2010…). Le patron de la CGT, Philippe Martinez, ne va pas facilement raser sa moustache stalinienne. Bousculer les innombrables niches fiscales ne sera pas facile. Passer d’un chômage autour de 9,3% pour atteindre, non pas celui de la Suisse (3,3%), mais celui des Allemands (5,9%), prendrait des années. Arrêter les opérations militaires africaines, ruineuses, cela va être bien difficile. Etc.
 
Mais en tout cas, il est un reproche que nous ne devons pas faire au chef de l’État: son jeune âge, son inexpérience. D’une part, cela peut être un atout de porter un regard neuf, de ne pas faire constamment référence au passé, mais bien d’inventer l’avenir. Entre autres, grâce à sa génération, il maîtrise parfaitement l’anglais, un avantage indéniable pour les négociations internationales. Il a aussi conscience et connaissance des changements considérables qu’apportent les nouvelles technologies. Il n’est pas encombré par la rigidité des partis historiques, sclérosés. Il finira certainement deux quinquennats en bon état de santé, contrairement à Pompidou et Mitterrand. Il devient un exemple pour la jeunesse, en démontrant que tout est possible, par sa prise du pouvoir éclair. Bref, il n’y a que des avantages pour l’Hexagone à se retrouver emmené par un jeune président.
 
Pierre Corneille avait raison: «Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années.» Alexandre le Grand est régent de Macédoine à 16 ans, Cléopâtre accède au trône d’Egypte à 18 ans, Tamerlan, l’immense empereur turco-mogol, est proclamé souverain à 33 ans, Napoléon Ier a 34 ans lors de son premier consulat. Auguste est empereur romain à 35 ans, ou encore Napoléon III devient, à 40 ans, le plus jeune président français.
 
Pour un passé plus récent, Taavi Rõivas accède à la fonction de premier ministre estonien à 35 ans. Felipe González est parvenu à la tête de l’Espagne à 40 ans. En Angleterre, Tony Blair est élu premier ministre à 43 ans, suivi par son successeur, David Cameron, prenant le poste au même âge. Aux États-Unis, Theodore Roosevelt devient président à 42 ans puis John F. Kennedy à 43 ans. Ose-t-on citer Mouammar Kadhafi, qui prit le pouvoir à 27 ans? Et Matteo Renzi, chef du gouvernement italien, à 39 ans. N’oublions pas non plus Benazir Bhutto, première ministre du Pakistan à 35 ans!
Quant aux leaders actuels, on trouve Vanessa D’Ambrosio, devenue capitaine-régente de Saint-Marin à 29 ans, le très contesté Viktor Orban, arrivé au pouvoir de la Hongrie à 35 ans, Justin Trudeau, premier ministre canadien à 43 ans, Alexis Tsipras, en fonction dès l’âge de 40 ans. Et ne parlons pas non plus du fameux Kim Jong-un, jeune dictateur fou de Pyongyang, grand leader à 28 ans.
 
Certes, le président Macron n’a pas pour vocation de créer un empire. Mais sa tâche, comme celle de plusieurs personnalités historiques citées, est bien de gérer une situation délicate et exceptionnelle. De conquérir les cœurs et les têtes afin de permettre à notre grand voisin de retrouver un équilibre qui, immanquablement, doit passer par des réformes, inévitablement douloureuses…

Pierre-Marcel Favre, éditeur

11/06/2017

La réforme Prévoyance vieillesse 2020 est injuste

2017-06-11_100154.jpgConnaissez-vous, dans votre entourage, une jeune personne venant d’entrer dans la vie professionnelle? Pouvez-vous indiquer le nom d’une personne touchant déjà une rente AVS? Et connaissez-vous une personne tributaire de prestations complémentaires pour pouvoir subvenir à ses propres besoins? Dans l’affirmative, vous connaissez plusieurs des futurs perdants de la réforme Prévoyance vieillesse 2020 sur laquelle nous voterons le 24 septembre 2017. Pour eux, la réforme est injuste.

 

La réforme menace la prévoyance vieillesse

Une personne qui prend aujourd’hui sa retraite est en général bien assurée. Ce ne sera plus le cas à l’avenir. La longévité moyenne est actuellement de 11 ans de plus qu’en 1948, année de création de l’AVS, où l’on comptait une personne rentière pour 6,5 cotisants, contre 3,4 aujourd’hui. La situation s’aggravera encore lorsque les volées du baby-boom arriveront à l’âge de la retraite. Un jeune actif qui paie actuellement ses cotisations mensuelles à l’AVS ne peut plus être certain qu’il bénéficiera lui-même d’une rente vieillesse.

Injuste pour les jeunes: un chèque en blanc de plusieurs milliards

Nous devons réagir et procéder à un véritable assainissement pour que les jeunes puissent compter sur une rente dans leurs vieux jours. Au lieu de quoi nous allons voter sur une pseudo-réforme dont le but est une extension massive de l’AVS. Selon le principe de l’arrosoir, les nouveaux rentiers – même millionnaires – recevront 70 francs de plus par mois de l’AVS. À lui seul, ce supplément coûtera 3 milliards de francs par an, augmentant d’autant le déficit annuel de l’AVS jusqu’en 2030. La réforme Prévoyance vieillesse 2020 revient à résilier le contrat intergénérationnel. Nous accablons de surcoûts les jeunes actifs alors même qu’ils n’ont plus aucune garantie de rente vieillesse.

Injuste pour les rentiers: une AVS à deux vitesses

La réforme prévoit 70 francs de plus pour les nouveaux rentiers. Mais les personnes déjà pensionnées n’en tireront aucun profit. D’où une AVS à deux vitesses. Deux personnes ayant cotisé autant l’une que l’autre à l’AVS durant leur vie active bénéficieront de rentes inégales, ce qui est contraire au principe de solidarité fondant l’AVS. Plus injuste encore: les rentiers actuels seront tout bonnement invités à passer à la caisse. Pour financer la coûteuse extension de l’AVS, la TVA sera relevée à court terme de 0,3%; et il faut s’attendre à une nouvelle hausse d’un pour-cent de TVA dès 2025. Sur chaque café, achat et billet de chemin de fer, les rentiers financeront ainsi un développement injuste de l’AVS, sans en profiter.

Injuste pour les personnes vraiment dans le besoin

Les personnes tributaires de prestations complémentaires seront doublement pénalisées. Pour elles, toute hausse de la TVA fait renchérir les biens de consommation courante. Or elles n’auront pas un centime de ces 70 francs, car les prestations complémentaires qu’elles reçoivent seront réduites du même montant. Mais elles devront payer plus d’impôts. Et comme, sur le papier, elles seront censées bénéficier de rentes plus élevées, elles risqueront de perdre leur droit à certains avantages sociaux, comme l’exemption de l’impôt médiatique pour la SSR. Ainsi, quiconque est tributaire de l’AVS sera même pénalisé par la réforme.

Pour garantir durablement notre prévoyance vieillesse et des rentes pour tous, une véritable réforme est indispensable. La réforme Prévoyance vieillesse 2020 est injuste et ne fait pratiquement que des perdants. Un non dans l’urne ouvrira la voie à d’autres solutions plus simples et plus justes.

Jean-François Rime, Président de l’USAM

 

04/06/2017

Le problème tué par sa solution

001EE67D_2C7128817816546917AE57C4CE7C2014.jpgLes transhumanistes veulent répondre aux faiblesses humaines par des solutions technologiques. Mais l’intelligence artificielle apprend de la nôtre et copie nos défauts.

Comme les autres, notre époque a ses mythes et ses utopies, ses récits de grandeur et ses projets de futur. Mais sa caractéristique, c’est de rêver sur un arrière-fond scientifique. De la science-fiction nous avons fait une pratique quasi religieuse, qui commence à bouleverser notre quotidien. Prenez la croyance en l’homme augmenté. En attendant son aboutissement le plus fou – le transhumanisme – le projet d’augmentation est en marche. De plus en plus, la référence de l’humain est le «mieux que l’humain» (malgré l’absence d’idée claire sur son contenu).

Prenez, sur un autre plan, l’intelligence artificielle. Elle commence à sortir de son cocon d’obsession de geek pour transformer concrètement le monde. Elle remplace un nombre croissant de travailleurs. Sans ménagement pour la vieille philosophie, elle bouscule des notions qui semblaient claires comme la pensée, la conscience ou même la liberté. Et instille en nous, simples humains, la trouble inquiétude du déclassement par les machines.

Derrière ces mouvements se trouvent des forces industrielles et des intérêts économiques. Mais ils n’existeraient pas sans leur dimension utopique, parareligieuse. Ni sans des promoteurs charismatiques, dont les promesses réenchantent le monde. Toute époque a besoin de guides existentiels, la nôtre ne fait pas exception. Et de qui est-il composé, le clergé qui, de nos jours, parle en termes mystiques du futur et des façons de sortir de notre condition d’humains limités, faillibles et mortels? Non de politiciens ou d’intellectuels, perdus dans de vieilles lunes, mais de patrons de la Silicon Valley. Ultrariches, ils vivent dans des palais vaticanesques et sont suivis (sur les réseaux sociaux) par des millions de fidèles. Mais surtout ils aiment les idées folles, les visions larges, les grandes promesses. À la différence des dictateurs et autres chefs «trumpiens», ils ne veulent pas simplement dominer le monde. S’y exhiber ne leur suffit pas. Ils veulent bien plus: le changer. Et même davantage: non pas le changer, mais changer la façon avec laquelle il change.

Leur grande foi, c’est le solutionnisme. Plutôt que de tenter de résoudre les causes réelles des problèmes, mieux vaut, estiment-ils, leur trouver une solution technologique. L’humanité souffre d’inégalités et de maladies, le réchauffement climatique s’accroît: seules les nouvelles technologies seront capables d’en venir à bout. De la même façon, grâce à l’hybridation avec les machines, la violence, cette vieille maladie humaine, finira par disparaître. La faille de ce raisonnement, c’est que l’intelligence artificielle apprend de la nôtre et copie nos «défauts». Ainsi, Microsoft a dû désactiver son chatbot (robot capable de participer à une conversation), qui était devenu raciste, misogyne et révisionniste. Il s’était simplement formé avec le tout-venant des conversations échangées sur les réseaux sociaux… S’organise en plus une formidable tendance à la normalisation. Lorsqu’on tape «femme» dans Google, sous «images», ce que sélectionne le logiciel, ce sont des photos de femmes jeunes, blanches et d’une beauté de mannequin. C’est-à-dire l’obsession d’un moment, et non la réalité, infiniment plus diverse et intéressante.

Déjà, les ordinateurs et les smartphones reconfigurent nos manières de penser et de nous comporter. Apparaît une vertigineuse évidence: à mesure qu’avance leur relation fusionnelle avec nous, les machines (pourtant créées par nous) tendent à nous imposer leurs finalités. Lorsque la fusion sera d’un niveau élevé, parler de sujet humain libre, doté de curiosité, capable d’art, d’amour et de rêves, n’aura plus de sens. Le solutionnisme par la machine aura effacé le problème humain. Pendant qu’il est encore temps, le problème ferait donc bien de croire que la solution est en lui.

Bertrand Kiefer, Rédacteur en chef de la «Revue médicale suisse»

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