02/07/2017 09:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une «macronite» suraiguë

Ver_1_of_SANDOZ_1.jpgLe nouveau président français, plus jeune président d’Europe, a ouvert la boîte de Pandore des discussions sur l’âge des politiciens. La démission de M. Burkhalter offre un prétexte d’examiner de plus près l’âge des conseillers fédéraux. Constat «alarmant»: ils dépassent tous – et parfois largement – le demi-siècle. Ne faudrait-il pas «rajeunir le collège» et y élire un «représentant des jeunes» dont les désirs sont «si peu pris en compte»? Ne serait-ce pas l’occasion en outre de fixer dans une loi un âge minimum et un âge maximum pour l’exercice d’un mandat politique?
 
En politique, aucun élu ne représente un «groupe social», quelle qu’en soit la caractéristique. Aucun élu, de quelque autorité qu’il soit membre, ne représente officiellement une catégorie sociale. Chacun est certes influencé dans ses prises de position par son identité (âge, sexe, culture, religion, appartenance partisane, formation professionnelle, etc.). Mais faudrait-il quand même nommer «un jeune» conseiller fédéral?
 
Chaque classe d’âge a ses préoccupations propres. Les aspirations des administrés de moins de 20 ans ne sont pas celles des administrés de 20 à 30 ans qui ne sont pas celles des administrés de 30 à 40 ans, et les personnes de 40 à 50 ans ont souvent oublié les préoccupations qu’elles avaient précédemment, accaparées qu’elles sont par leurs soucis immédiats. En effet, l’âge est l’élément de l’identité qui change le plus souvent et le plus rapidement. Une bonne raison de ne pas en faire une donnée fixe quand il s’agit d’un mandat politique. Cela équivaudrait à «interdire» à une personne de mûrir, fût-ce pendant une législature.
 
L’âge joue peut-être un rôle différent pour les membres de l’exécutif et pour ceux du législatif. Les membres de l’exécutif doivent gouverner et le faire dans l’idée du long terme, donc rechercher des solutions durables et admissibles pour une collectivité. Quand ils exercent leur mandat à plein temps, Ils s’éloignent peu à peu des préoccupations journalières des citoyens. Ils assument en outre un rôle de représentation auprès d’autres autorités, voire auprès d’États étrangers, et doivent, pour jouir d’une certaine crédibilité, pouvoir s’appuyer sur une expérience de la vie. Celle-ci s’accroît avec les années, le goût de la paix aussi. La jeunesse n’est pas a priori la qualité principale que doit avoir un membre de l’exécutif. Cela ne signifie pas que seules les personnes à la retraite doivent être choisies, car il y a aussi un âge à partir duquel l’adaptabilité est moindre, ce qui peut être nuisible.
 
Bien plus nombreux que ceux de l’exécutif, les membres du législatif peuvent refléter toutes les sensibilités et les aspirations de la société. Les partis sont responsables d’y veiller. Ils doivent offrir aux électeurs des listes de candidats variés dans l’échelle des âges, des provenances, des activités, proches des préoccupations de tout un chacun. C’est une question de bon sens et non de loi. En outre, si les parlementaires sont des miliciens, ils restent en contact avec la réalité courante qu’ils doivent relayer à l’exécutif. Aux électeurs de se montrer perspicaces.
 
L’âge joue un rôle différent selon le niveau politique (communal, cantonal ou national). Les préoccupations de chaque âge de la vie des administrés sont mieux connues des autorités cantonales (et communales) que des autorités fédérales, d’où l’intérêt vital du fédéralisme. La proximité des administrés relativise le rôle de l’âge des autorités, sans démentir pour autant les affirmations développées ci-dessus.
 
En conclusion, l’âge est aussi bien une qualité qu’un défaut et il serait erroné d’en faire la condition sine qua non d’une candidature à une élection.
 
Suzette Sandoz, ex-conseillère nationale libérale (VD)

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