16/07/2017 09:20 | Lien permanent | Commentaires (0)

Une envie d’Europe…

Ver_1_of__R2A7105.jpgC'est l’été, envie de large… Plus envie de lire les atermoiements européens de la Suisse, sans conduite ni objectifs, les bricolages de la préférence nationale… Pause estivale, le moment de se plonger dans un vrai thriller historique qui se déroule sous nos yeux et dont le dénouement est proche, d’ici à la fin de l’année. Vont-ils réussir?
 
C’est l’histoire d’un monde où l’on a voulu faire croire que la défense du pré carré nationaliste était l’argument politique qui répondait le mieux aux frustrations des électeurs. La roue de la globalisation a tourné. Les peuples sont désillusionnés, se sentent exclus de la prospérité promise. La mécanique populiste tourne à plein régime. Le village global dominé par les États-Unis s’est fissuré depuis la crise de 2008 et a engendré une redistribution des cartes surprenante: Brexit en juin 2016, résistance wallonne à l’accord transatlantique en octobre, victoire de Trump en novembre, comment avoir tant sous-estimé tous ces Américains qui couvaient leur colère? L’année 2016 donne un signal, le Front national se sent des ailes. Mais pas le signal que l’on croyait. 2017 marque un tournant.
 
Dès janvier, habilement, la Chine se place la première sur l’échiquier: au WEF de Davos, le président Xi Jinping se pose en champion d’un monde ouvert, libre-échangiste et connecté, tout autre politique allant «à rebours de l’histoire».
 
Le second retour de balancier vient de l’Europe: les élections aux Pays-Bas, en Autriche, en France et en Grande-Bretagne mettent un frein à la dérive populiste. Deux acteurs-clés se détachent: au printemps, un novice hisse En Marche au sommet du pouvoir politique en osant prôner des réformes sociales douloureuses et une Union européenne forte. Jusqu’à la fin de septembre, il y a un moment «France». Trois mois pour réussir, y compris contre la rue. Au-delà du défi intérieur, Macron doit vite gagner en stature et en crédibilité internationale. C’est bien parti avec Angela Merkel. Elle va gagner les élections du 24 septembre prochain. Dès octobre, il y aura trois autres mois pour un moment «Europe». À l’image de Mitterrand et Kohl, Macron et Merkel, main dans la main, vont donner un nouveau souffle à l’Union européenne, quitte à la décliner à plusieurs vitesses, avec des institutions politiques communes en matière de défense économique, sociale, financière et militaire. Ils vont redonner aux Européens la confiance, l’envie et la fierté d’appartenir à une communauté de valeurs. Ils doivent réussir s’ils veulent que l’Europe garde une place dans la «mondialisation oligarchique» qui se dessine. Du bipolaire de 1945 à l’unipolaire de 1989, on passe au multipolaire d’aujourd’hui: les États-Unis en repli, la Chine en leader, la Russie en embuscade et l’Europe encore «en creux».
 
En toile de fond de ce livre passionnant, le lecteur devine que le temps presse. L’identité des peuples se transforme sous la pression de la démographie et de la migration, elle est aussi emportée par la digitalisation galopante de la société. Le temps presse aussi parce que, en marge de ce monde qui se recompose, il y en a un autre qui se déstructure: des États faillis, des conflits qui déstabilisent des régions entières, une multiplication des fractures sans perspective de solutions car sans véritable volonté politique d’en trouver et un vide de puissance de la gouvernance mondiale.
 
Enfin, la Suisse a droit à une note de pied de page dans ce roman de l’été. En automne, en plein moment «Europe», on y mentionne un frémissement helvétique: comme le Parti socialiste retient Alain Berset aux affaires sociales, Doris Leuthard renonce à prendre sa retraite politique et s’engage à écrire un moment «Suisse» comme nouvelle ministre des Affaires étrangères. Lequel? Suspense, peut-être cette fois un thriller d’hiver…

Raymond Loretan, Président du Club diplomatique de Genève

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