23/07/2017 10:06 | Lien permanent | Commentaires (0)

Faut-il avoir peur des robots?

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Une société dans laquelle les robots produiraient l’ensemble des biens et fourniraient la quasi-totalité des services d’une économie moderne serait évidemment radicalement autre et elle ne pourrait fonctionner que dans une logique très différente de celle qui prévaut aujourd’hui. Mais faut-il en avoir peur ou au contraire se réjouir de ce qui serait un affranchissement permettant à tout un chacun de se consacrer aux activités intellectuelles, culturelles, spirituelles, sociales de son choix, dégagé de toute contrainte matérielle? Malheureusement, nous sommes vraisemblablement encore fort éloignés de ce nirvana.
 
On peut en effet être sceptique quant à l’ampleur et à la vitesse de la révolution annoncée et se demander si tout cela ne relève pas plutôt de la science-fiction. Et il faut s’interroger sur les raisons qui feraient que, contrairement à l’expérience constante depuis la révolution industrielle, le progrès technique détruirait plus d’emplois qu’il n’en créerait et pourquoi il conduirait cette fois à un appauvrissement plutôt qu’aux gains massifs de productivité et de revenus qu’il a provoqués depuis 200 ans (lesquels pourraient légitimement et plus que par le passé être consommés sous forme de réduction de temps de travail). Ces remarques ne signifient pas qu’il faille prendre le défi à la légère. Le progrès technique implique nécessairement la destruction de nombreux emplois, mais il conduit aussi à la création de nombreux nouveaux emplois.
 
Ce que l’on a appris ces cinquante dernières années ici et ailleurs est que plutôt que gaspiller nos ressources pour empêcher les destructions inévitables à moyen terme, il faut les utiliser pour favoriser la création des nouveaux emplois. Simultanément il faut soutenir généreusement les personnes touchées par la transition, notamment pour les équiper des nouvelles qualifications requises par les jobs nouvellement créés. Les mots-clés sont flexibilité, soutien à la personne, et investissements dans la formation et la requalification des travailleurs.
 
Cela étant, dans un contexte de décroissance de la population en âge de travailler (et donc d’une possible pénurie de travailleurs plutôt que d’emplois), les gains de productivité permis par les robots pourraient bien être partie de la solution plutôt que du problème. Le vrai défi pourrait alors résider ailleurs, non pas dans les pertes d’emplois découlant des progrès de l’intelligence artificielle mais dans le financement des nouveaux emplois créés dans les secteurs les moins propices au déploiement de robots. La santé et la formation sont les premiers fournisseurs d’emplois nouveaux depuis plusieurs années, une évolution qui représente un défi majeur en matière d’organisation économique. Car les secteurs concernés sont très largement à l’écart de la logique commerciale. Ils dépendent de la fiscalité pour leur financement (presque entièrement pour la formation et la recherche, très largement pour la santé). Comment assurer le financement de ces besoins croissants sans que la part de l’État dans le produit intérieur brut ne prenne une hauteur dont on sait qu’elle serait un handicap pour le développement économique? De cette question on peut déduire que les efforts pour rendre le secteur public aussi efficace que possible sont plus indispensables que jamais, mais aussi que les perspectives de baisse d’impôts sont sans doute illusoires aujourd’hui. Enfin, que la réflexion sur la structure de la fiscalité afin d’en minimiser les effets négatifs sur l’emploi et la croissance doit être à l’ordre du jour.
 
 
Jean-Pierre Danthine, professeur honoraire à l’UNIL et président de l’École d’économie de Paris

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