30/07/2017 12:21 | Lien permanent | Commentaires (0)

Locarno 70, du camping à l’hôtel

2017-07-30_121821.jpgLe deuxième plus ancien festival de cinéma du monde, à égalité avec Cannes et après Venise, fêtera dès mercredi prochain sa 70e édition. Le Festival international du film de Locarno est aujourd’hui, sans conteste, l’une des dix manifestations cinématographiques les plus importantes au monde. Certes, l’importance du marché de Toronto et le prestige de Venise – qui ont lieu fin août début septembre – rendent la concurrence plutôt rude. Mais, comme découvreur de talents et incubateurs du «nouveau» cinéma, Locarno n’a pas son pareil sur la planète.
 
Au fil des ans, de Roberto Rossellini à Albert Serra, d’Éric Rohmer à Spike Lee, de Marco Bellocchio à Abbas Kiarostami, de Claude Chabrol à Eugène Green, de Milos Forman à Denis Côté, Locarno a mis en lumière des cinéastes jusqu’alors méconnus – et désormais mondialement reconnus. Locarno a aussi été le témoin des grands talents du cinéma suisse à partir des années 60, d’Alain Tanner à Andrea Staka en passant par Francis Reusser, Fredi Murer ou Jean-Stéphane Bron.
 
Mais malgré ce prestige, et contrairement à tous ses confrères, Locarno a toujours peiné au fil des ans à obtenir des structures de projection fixes. Je me souviens d’avoir vu, dans un entretien télévisé réalisé à l’occasion du 40e anniversaire du Festival, l’ancien directeur artistique Sandro Bianconi regretter que cette manifestation fondamentale pour le cinéma dans ce pays doive se contenter de projeter les films dans des halles de gymnastique réaménagées… Trente ans plus tard, c’est encore le cas: les deux plus grands «cinémas» du Festival, le FEVI et la Sala, sont des salles omnisports ou des halles d’expositions… Si l’on ajoute que la Piazza Grande et tous les espaces de rencontres et de discussion (Forum, Magnolia, etc.) sont aussi des structures provisoires qui, à l’instar d’un Paléo, sont montées et démontées à grands frais chaque année, j’ai toujours eu le sentiment que Locarno était un festival de cinéma «en camping»…
 
Il aura fallu qu’il atteigne un âge canonique pour que le Festival ait le sourire. En effet, cette année, Locarno pourra jouir pour la première fois des trois salles de projection du nouveau «Palais» du cinéma – encore inachevé mais passons – et d’un Cinéma Rex entièrement rénové après plus de dix ans de fermeture et de réouvertures provisoires juste pour le festival. Et ce n’est pas tout. Pour la première fois dans l’histoire de notre monnaie nationale, l’écran de la Piazza Grande – et par conséquent le cinéma – est à l’honneur sur un billet de banque (celui de 20 francs). Un Léopard festivalier a aussi eu droit tout récemment à un timbre-poste. Et enfin, dernier clin d’œil, la Swiss Miniatur de Melide a ouvert une reconstitution de la Piazza Grande avec son écran et son Léopard comme nouvelle attraction 2017.
 
Ce n’est pas encore l’idéal (le FEVI reste toujours la plus grande salle du festival). Mais, symboliquement du moins, on a un peu l’impression que, vu son âge avancé, Locarno a enfin le droit d’abandonner les sacs de couchage pour aller dormir à l’hôtel. Trois étoiles, mais c’est toujours ça.
 
Frédéric Maire, directeur de la Cinémathèque suisse
 
 

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