20/08/2017 10:15 | Lien permanent | Commentaires (0)

Succession Burkhalter: l’affront fait au Tessin?

2017-08-20_101421.jpgMême si l’élection au Conseil fédéral du 20 septembre prochain n’est que partielle, les 246 parlementaires effectueront une subtile pesée de trois intérêts.


À un mois de l’échéance, quel contraste entre l’agitation du microcosme bernois et le calme de la Suisse profonde, sauf du Tessin, qui sent le succès à sa portée. La faute aux vacances d’été? Ou au fait que l’on sait d’expérience que le choix incombera aux seuls 246 parlementaires, et que tous les sondages et interventions externes n’y changeront rien, ou si peu? Dans notre système, la composition du gouvernement est une affaire de dosage entre les partis, les cantons, les langues et les sexes. Une alchimie savante, une mécanique de précision. À la fin, «…en général, les députés finissent par élire de bons ministres», relève l’éminent professeur Jean-François Aubert. Ce qui suppose encore que le pouvoir exécutif ne s’encombre pas de personnalités dominatrices. Mieux valent des magistrats solides dans leurs convictions démocratiques, acharnés à la tâche, que de prétendus visionnaires ou génies, susceptibles de menacer une collégialité déjà ébranlée par trop de communications particulières. Notre passé a connu de telles dérives, dommageables à la bonne conduite du pays. Dieu nous en garde à l’avenir!

Même si une élection partielle ne revêt pas le caractère décisif d’une élection générale, les 246 parlementaires effectuent la subtile pesée de trois intérêts d’inégale valeur: la représentation des partis, la représentation des sexes, la représentation des cantons et des langues.

Le premier point semble réglé: personne ne conteste ouvertement la nouvelle formule magique adoptée à l’automne 2015 suite aux élections à l’Assemblée fédérale. Singulier retournement de situation pour le sortant Didier Burkhalter et pour le PLR, qui ne revivra pas les affres de septembre 2009, quand le PDC, le PS et Les Verts, s’entendaient sur le candidat PDC, Urs Schwaller, pour faire barrage! Cinglant démenti aux prédictions hâtives sur la chute du «grand vieux parti» et sa relégation au rang de valet du nationalisme et de la finance!

Deux questions restent à trancher, dont celle, délicate, de la représentation des sexes. Ou des genres en langage branché. Or, même si une majorité du peuple et du Parlement n’entend pas forcer la parité dans les organes de l’État, la question demeure de l’égalité à terme. Qui oserait soutenir qu’un Conseil fédéral comprenant trois ou quatre femmes passerait pour une aberration?

Mais, en l’occurrence, la désignation de la Vaudoise Isabelle Moret, aux compétences reconnues, – femme de droite, la gauche n’ayant pas le monopole de la cause des femmes –, signifierait toutefois le refus de considérer un élément majeur: la représentation cantonale, puisqu’ainsi Vaud serait comblé avec deux sièges, à l’égal de Berne, plus que Zurich, plus encore que la Suisse orientale ou la Suisse centrale, réduites à de la modeste figuration. De la sorte, Vaud, Berne et Fribourg occuperaient 5 sièges sur 7! Dans ce contexte, le problème de la représentation régionale et culturelle se place naturellement au cœur du débat. Au sens de l’article 175 de la Constitution suisse, votée en 1999: «Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral.»

L’équilibre entre les cantons n’est-il pas la pierre de voûte de notre État fédéral? Alors, l’éviction de Genève, dont le rayonnement dépasse ses frontières, risque d’apparaître comme une gifle, – mais la candidature de Pierre Maudet reviendra un jour, victorieuse. Quant à l’échec d’Ignazio Cassis, il serait ressenti, après une longue attente, comme un affront par le Tessin et les vallées italiennes des Grisons. D’autant qu’un Conseil fédéral formé de quatre Alémaniques, de deux Romands et d’un Tessinois aurait du sens dans une Suisse au milieu de l’Europe.

Philippe Bender, Historien

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