05/11/2017 10:08 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’effet #MeToo

cercle.jpgParti des États-Unis, un vaste mouvement d’indignation gagne la rue. Désormais, les femmes osent dénoncer le harcèlement et les harceleurs.

Des actrices se tendent la main au-dessus de l’Atlantique et une vague d’indignation déferle sur le monde. Une colère trop longtemps contenue explose. La honte change de camp. Dans leur sillage, la campagne #MeToo et #BalanceTonPorc clament l’urgence de dézinguer les vieux modèles de rapports hommes-femmes. Comment convertir maintenant cette aspiration à davantage de justice et de dignité?

Notre société semble enfin prête à reconnaître l’impact avilissant de ces abus de pouvoir fondés sur la hiérarchisation des sexes. Salutaire, le mouvement Metoo permet de questionner la puissance des injonctions qui plombent les relations entre les hommes et les femmes.

Ça commence tôt et ça fait des siècles que ça dure: apprendre aux petites filles à sourire et se dévouer aux autres et aux garçons à retenir leurs larmes. La sexualisation des petits enfants m’a toujours effarée: prétendre déceler dans leur regard tendre un désir sexué pour l’autre sexe à peine ont-ils appris à en distinguer deux. «Oh! comme elle est coquine»; «Oh! le séducteur, il les fera toutes tomber». Prêtes à l’emploi dès le berceau, ces normes piègent les filles comme les garçons car elles entravent la liberté d’être soi. Elles créent ce climat émollient et complaisant envers les agresseurs, occultant la gravité des violences faites aux femmes. Banalisées, les injures entendues dès l’école primaire dans les préaux sont souvent sexistes, induites par le même mépris du féminin. Plus du tiers des élèves se définissant comme hétérosexuels (oui, vous avez bien lu) sont la cible d’homophobie selon des études récentes. En décalage avec les codes d’une virilité surjouée, ces garçons paient cher cette transgression. On ne plaisante pas avec la hiérarchie des sexes comme s’il existait une «police du genre» pour reprendre les termes de la Dr Caroline Dayer.

À l’inverse, les pays scandinaves ont misé sur l’éducation pour proposer d’autres modèles d’identification et permettre aux hommes et aux femmes de s’épanouir hors de ces conditionnements. Pourquoi ne pas suivre cette voie?

Il suffirait que l’égalité revienne à l’agenda des partis politiques. Et que soit élaborée une législation crédible. Comble de l’absurde, les lois et les verdicts des tribunaux constituent des obstacles majeurs pour la sécurité des femmes: 80% des plaintes concernant le harcèlement sexuel n’aboutissent pas en Suisse. Quant aux auteurs de viols, ils sont souvent gratifiés de peines si ridicules qu’elles constituent une prime à la récidive.

Après 30 ans de sarcasmes envers le féminisme et de déni sur les études portant sur les rapports sociaux de sexe, le cri collectif des femmes bouscule l’ordre établi. Ce qui était toléré devient subitement intolérable. On découvre la lucidité et la détermination d’une nouvelle génération de filles en dépit de l’invisibilisation scandaleuse du Mouvement de libération des femmes dans les programmes scolaires. De cette jeunesse jaillit aussi l’espoir d’un avenir radicalement différent, loin des catégories binaires de l’identité, vibrant pour une fluidité du genre, plaidant pour une identité libre et multiple.

Prenant le relais de leurs collègues du cinéma mondial, des comédiennes romandes ont osé révéler le harcèlement et chantage sexuels subis dans les coulisses des théâtres romands. Leurs témoignages ne resteront pas sans effets. Déjà des groupes de travail se forment pour garantir un mouvement irréversible.

Pionnières, les actrices de Hollywood qui ont osé briser l’omerta des puissants ignoraient qu’elles allaient jouer un rôle politique et historique sur une scène planétaire. Clap de fin sur les brutalités impunies ou brève respiration dans un système trop bien rodé?

Anne Bisang, directrice artistique du Théâtre populaire romand

 

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