26/11/2017 10:12 | Lien permanent | Commentaires (0)

Réduire la quote-part de l’État? Sans doute une illusion!

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Trois grandes tendances au moins requièrent une action plus marquée de l’État: le vieillissement de la population qui demande un accompagnement médical et social croissant avec forte empreinte étatique; la transformation digitale de l’économie qui pose des défis de transition majeurs requérant des investissements importants dans la formation et une plus grande solidarité envers ceux dont l’emploi disparaîtra; et le défi environnemental qui ne pourra pas être relevé sans un interventionnisme étatique accru. Les deux premières tendances pourraient théoriquement être accommodées sans l’État mais cela demanderait un changement de système économique trop radical pour être envisageable.
 
Quant au troisième défi, c’est précisément parce que les marchés-clés n’existent pas que le capital environnemental n’est pas préservé avec la même ferveur que notre capital physique (machines et bâtiments). Là où les prix sont absents (ou, de manière équivalente, sont nuls) il y a inévitablement gaspillage. Très intuitivement mais aussi très fondamentalement, l’économie de marché ne peut pas réguler l’allocation des ressources là où le marché est absent et il n’y a pas de marché pour l’air pur ou le bouclier d’ozone. Les remèdes pour aboutir au principe du pollueur-payeur (qui est, lui, conforme aux principes de l’économie de marché) existent: création de marchés «artificiels», comme le système d’échange de quotas d’émission visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, taxes incitatives telle la taxe sur le CO2, et prescriptions ou interdictions, comme le plafond sur les émissions moyennes de CO2 pour les voitures de tourisme. Mais tous ces remèdes font appel à l’action étatique.
 
La Suisse a pris des engagements environnementaux exigeants. Plus fondamentalement, nous nous devons de léguer à nos enfants des ressources environnementales leur permettant d’atteindre la même qualité de vie que celle dont nous bénéficions. Ces engagements demandent une action collective plus déterminée: des prescriptions plus strictes, des taxes incitatives reflétant mieux les dommages environnementaux et des quotas en baisse constante compatibles avec les objectifs affirmés. Une action renforcée de l’État sur ce plan, accompagnée de mécanismes d’implémentation et de suivi, est difficilement compatible avec la baisse espérée de la quote-part de l’État. Dès lors il serait plus productif de se battre pour un État (plus) efficace dans son action et plus raisonné dans son financement («mieux d’État», notamment via le remplacement systématique d’une fiscalité néfaste à l’efficience économique par une fiscalité écologique incitative promouvant les comportements favorables à l’environnement) que pour une diminution illusoire de son empreinte et de la charge fiscale y associée («moins d’État»).
 
Jean-Pierre Danthine, président de l’École d’économie de Paris

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