10/12/2017 10:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Autorisons l’audace d’innover

00298956_8376A586A032FE119E694D0423C3C5D1.jpgNos entreprises ne parviennent à évoluer que lorsqu’elles ont la capacité d’innover. Et pour cela, il faut que tous les collaborateurs soient convaincus qu’ils ont la capacité d’entreprendre, la permission de créer et l’autorisation de prendre des risques. Ce que l’on pourrait résumer en disant l’audace d’innover.

Je suis souvent frappé de constater à quel point les gens ont envie d’innover. Souvent le potentiel existe et c’est la responsabilité du dirigeant d’entreprise de le favoriser et d’aider les rêves à se concrétiser.

Dans un hôpital, l’audace d’innover est évidemment bridée par certaines contraintes. Elle doit parvenir à s’exprimer entre la rigueur des procédures de soin, le cadre strict des processus comptables et la discipline des directives de fonctionnement. Qui souhaiterait, en effet, qu’un chirurgien devienne soudainement trop innovant au milieu d’une intervention ou qu’un pharmacien fasse preuve d’une subite créativité dans la préparation d’un médicament?

Ces limites ne diminuent en rien la capacité d’innover. Ce qui stimule cette capacité, c’est que chacun se sente libre de le faire. Pour cela, il faut insuffler un état d’esprit qui encourage la production d’idées et qui stimule l’identification de problèmes à résoudre. C’est dans ce but que les HUG ont créé un centre de l’innovation chargé de soutenir le développement des bonnes initiatives. Ce centre peut même aller jusqu’à conseiller pour le dépôt de brevet, l’industrialisation, voire la commercialisation de l’idée si cela paraît adapté. Il a aussi pour objectif de nourrir la pépinière des talents de demain et de conduire les projets stratégiques de l’hôpital.

Il n’y a rien de plus frustrant que de voir de bonnes idées tomber dans l’oubli ou ne pas se réaliser faute de conseils ou de financement. Notre chance est d’être soutenus par des fondations privées. Deux fois par année, la fondation privée des HUG lance des appels à projets, guide et finance ceux qui sont retenus. Elle alloue la moitié des fonds à des projets de recherche et l’autre à des projets qui améliorent le confort des patients. La grande majorité de ces derniers germent dans l’esprit de collaborateurs qui ne sont pas en contact avec les patients. Cela montre bien qu’il n’y a pas de limite à la créativité.

Et puis il y a aussi ceux qui identifient des problèmes ou des potentiels d’amélioration, mais sans forcément disposer des solutions. Ces situations nous intéressent également car elles permettent de mobiliser des ressources pour trouver des réponses. Dans cette perspective, nous avons mis sur pied des hackathons, nouvelle façon de résoudre des problématiques en 48 heures. Ils consistent à réunir des volontaires de toutes origines professionnelles, et même et surtout des patients, et de les faire travailler en groupe pour inventer des solutions. Un exemple, une nouvelle application sur tablette pour patients hospitalisés y est née. Elle permet de consulter son agenda d’examens et de soins, de connaître l’équipe soignante ou de poser des questions relatives au traitement en prévision de la prochaine visite médicale. La version pour l’hôpital des enfants est en cours de développement.

J’ai la conviction que les patrons d’entreprise doivent créer les conditions qui susciteront l’envie d’innover. Bien sûr, chaque collaborateur doit exécuter son métier de façon organisée et rigoureuse. Mais cela ne le dispense pas de réfléchir à ce qu’il fait, de questionner la façon dont il fait son travail et de réinventer sa pratique au quotidien. C’est ainsi qu’il fera évoluer son entreprise et parviendra à piloter sa destinée professionnelle plutôt que de la subir.

 

Bertrand Levrat, Directeur général des Hôpitaux universitaires de Genève

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