17/12/2017 09:52 | Lien permanent | Commentaires (2)

Oui à «No Billag»: c’est tous les médias qu’on assassine!

0029FF58_C416BD14C600C58FF3292910344E7F2C.jpgLa semaine dernière, dans «Le Matin Dimanche», Pierre Veya écrit: «L’information de qualité, indépendante des pouvoirs publics, ce bien commun qui permet à la société de débattre et de s’informer est en danger. Sa base de financement, alimentée par la publicité et les abonnements s’effondre. (…) Il faut de toute urgence repenser les moyens d’intervention de l’État dans le domaine de l’information. L’aide radio-TV ne doit plus être réservée à un monopole radio-TV mais à tous les médias qui remplissent une mission de service public (…).»

Pierre Veya place le débat sur la suppression de la redevance exactement là où il doit être: veut-on vraiment assister impuissants et résignés à la disparition de notre espace médiatique et de notre parole commune? Ou allons-nous enfin prendre la mesure de l’assèchement progressif de notre terreau démocratique? Et nous donner les moyens, politiques et financiers, pour faire vivre les médias dans leur diversité?

Et si oui, alors comment croire, comme le fait Pierre Veya, que de supprimer la redevance radio-TV, qui constitue justement un soutien direct à un média contre des prestations de service public, pourrait amener le Conseil fédéral et le Parlement à introduire un nouveau système de financement de l’information de qualité? En politique, parmi tous les péchés, l’excès d’optimisme est sans doute un des plus dangereux. Car le texte de l’initiative «No Billag» est pourtant limpide: tout soutien de l’État à un média serait désormais proscrit. Il n’y a donc de plan B ni pour la SSR, ni pour les trente-cinq radios et télévisions privées qui bénéficient de la redevance, et donc encore moins pour la presse écrite. Le message du peuple, en cas de oui à «No Billag» sera celui-ci: le secteur de l’information est un secteur économique comme les autres. Soumis aux lois du marché comme les autres. Et le public seul décide de sa survie. En cas de oui, plus personne ne souhaitera introduire un système de soutien aux médias alors que le peuple et les cantons en auraient aboli le principe!

Quel gâchis, si nous en arrivions là! En premier lieu pour la SSR bien sûr, condamnée à disparaître. Pour les chaînes et radios privés, à qui on tirerait brutalement la prise. Mais aussi pour tous les médias dont le modèle économique est en bout de course qui souhaitent continuer à faire de l’information de qualité! Car le débat sur l’initiative «No Billag» arrive justement au moment même où le Conseil fédéral et le Parlement réfléchissent à un nouveau système de financement des médias. Enfin! Qui prévoit une aide directe, par le biais d’une redevance sur les médias, à des journaux, radios et télévisions offrant des contenus de qualité, assurant diversité, innovation, représentation des régions linguistiques. Il est donc probable que dans le futur, la redevance serve non seulement à faire vivre les acteurs médiatiques tels que la SSR et les trente-cinq radios et télévisions privées mais aussi tout canal d’information soucieux de faire vivre la diversité des opinions, des cultures et des régions.

Dans ce débat sur l’initiative «No Billag» on se focalise sur la SSR. C’est facile. On aime ne pas aimer la SSR. C’est un peu notre madeleine de Proust. Parce que la télévision fait partie de notre histoire commune, de notre enfance, de notre vie. On râle contre la SSR comme on râle en décembre d’avoir à courir les magasins et de passer Noël en famille. Mais imaginerait-on vraiment supprimer les fêtes de fin d’année? Et surtout, en acceptant cette initiative en mars prochain, c’est non seulement nos radios et télévisions qu’on assassine mais aussi l’espoir, encore ténu, que l’horizon du paysage médiatique suisse enfin s’éclaircisse.

Géraldine Savary, conseillère aux États (PS/VD)

Commentaires

Intéressant ce parallèle entre télévision et fêtes de fin d'année que personne ne veut la disparition.
Mais des mesures fondamentales s'imposent dans les deux cas.
Supprimer tout ce battage commercial pour rendre aux fêtes leur caractère convivial, voire mystique.
Faire une télévision d'information et de culture débarrassée de jeux débiles, de films à voir au cinéma, de séries étrangères visibles sur d'autres chaînes, etc.
Conclusion: forcer le changement par un oui à Billag

Écrit par : gindrat | 17/12/2017

@gindrat: Forcer le changement n'est pas le but de cette initiative.
Si votre but est de glisser un oui “râleur”, un oui de contestation, le but ne sera pas atteint, car cela n'assainira pas la SSR, cela la détruira !
Mieux vaut un service public perfectible, que pas de service public du tout !

Écrit par : Stefan | 30/12/2017

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