21/01/2018 09:06 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les "fake news, ce cancer insidieux de la démocratie

Ver_1_of_DESSEMONTET_Pierre.jpgIl y a un an, Donald Trump accédait à la Maison-Blanche et, avec lui, une relation très particulière à la réalité: on doit à son équipe la popularisation des «fausses nouvelles» (fake news) appliquées à des institutions jusqu’ici considérées comme dignes de confiance, et, en miroir, celle des «faits alternatifs» (alternative facts), reconnaissant comme faits réels des histoires montées de toutes pièces.

Cette admission somme toute assez candide de la part de la présidence américaine a mis en lumière une tendance déjà à l’œuvre via les bras médiatiques armés de certaines puissances, qui sautent avec délices dans ce bain de boue. Fortes d’une expérience souvent séculaire dans la manipulation de l’information et des masses, elles appliquent avec bonheur les recettes éprouvées de l’agit-prop, à savoir, pour l’essentiel, mélanger le vrai et le faux: passer sous silence des informations qui dérangent, introduire des éléments réels dans de fausses informations, s’en prévaloir pour crédibiliser le tout, adjoindre des spéculations à des faits réels, les mettre sur le même plan, juxtaposer à des informations correctes des fabrications qui ne le sont pas, prétendre qu’elles sont équivalentes: c’est le «tout se vaut».

Cela, dans le but de créer la confusion, de masquer ou décrédibiliser la réalité, de la rabaisser au rang de la spéculation, d’insinuer le doute quant à la crédibilité et à la déontologie de celles et ceux dont c’est le métier que de rendre compte, de manière à instiller l’idée que tout est relatif, que rien n’est vrai ou faux, que la réalité n’existe pas, que toutes les perceptions se valent – et, une fois cette confusion opérée, à faire passer le vrai pour du faux et le faux pour du vrai, ce qui est évidemment le but véritable de toute machine de propagande.
Et ça marche! Une part importante de la population, très vocale sur les réseaux sociaux, remet désormais en cause de manière systématique et souvent injurieuse toute information diffusée par un média dès lors qu’il est reconnu, tout en relayant sans aucun sens critique des bobards et autres fabrications émises par des officines se parant des oripeaux du journalisme sans en respecter aucun précepte déontologique.

Face à cela, il semble de plus en plus indispensable de réaffirmer quelques principes qu’en langage scientifique on qualifierait de «positivistes»: non, tout n’est pas relatif. Tout ne se vaut pas. La réalité existe, elle est distincte du mensonge et de l’erreur. A contrario, les faits alternatifs n’existent pas: il n’y a jamais que des faits. Des événements se produisent ou pas – mais il n’y a pas d’événements alternatifs se produisant en parallèle d’événements mainstream. Oui, il existe une hiérarchie claire entre ce qui se produit, et ce qui ne se produit pas. Si nous avons droit à notre opinion et à nos valeurs, les faits établis sont à placer au-dessus de ces dernières: nous devons pouvoir reconnaître les mêmes faits, même si nous divergeons quant à l’interprétation à en donner.

C’est ce point qui est remis en cause aujourd’hui. Les attaques systématiques sur la véracité des faits, sur la sincérité de celles et ceux qui les rapportent, la destruction du climat de confiance et de respect mutuel qu’elles engendrent, constituent une menace pour la démocratie. Cette dernière ne peut en effet fonctionner valablement que sur un contrat de confiance au sein de la société, via des médias dont la mission est de vérifier et rapporter les faits avec honnêteté, et de garantir l’expression de la diversité des opinions. Aujourd’hui, ces principes doivent être réaffirmés et défendus: il n’y a que comme ça que la démocratie peut fonctionner correctement.

Pierre Dessemontet, géographe, député, municipal, Yverdon-les-Bains

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