25/02/2018

Croyez-vous aux miracles...

002DD559_83DCB4C88153C3E75B9E108B401D3EB8.jpg6 mars 2016, atteinte depuis fin 2009 d’une maladie orpheline incurable et extrêmement douloureuse le «Cluster Headache» appelé aussi la maladie du patron ou plus froidement la migraine du suicidaire – 50% des malades mettraient fin à leurs jours, ne supportant plus la douleur qui s’apparente à l’arrachage d’un membre sans anesthésie. L’apparition des symptômes a commencé sans crier gare, comme un coup de vent glacial entré dans ma narine gauche, des douleurs lancinantes, terrifiantes, des coups de couteau dans mes sinus, mon œil, mon cerveau, mon oreille et dans la moitié de mes dents. Cette douleur est réapparue toutes les nuits à heure fixe me terrassant dans mon sommeil durant 40 minutes. Soignée plusieurs mois pour une sinusite aiguë, aucun traitement n’arrivait à supprimer le supplice. Jusqu’au jour (18 mois plus tard) après avoir consulté tous les spécialistes, le verdict est tombé sans appel chez un neurologue: «C’est un Cluster Headache, un AVF, nous n’avons aucune idée de sa provenance, nous ne savons pas pourquoi ces crises se déclenchent, ni d’où elles viennent. De plus, nous n’avons aucun traitement à vous proposer, si ce n’est de vous conseiller de vous brancher à l’oxygène lors des attaques. Cette maladie est très rare et en principe se présente sous forme épisodique, chez vous il semblerait qu’elle soit chronique.»

En 2016, j’étais à cinq crises par nuit, toutes les nuits, je ne pouvais plus prendre l’avion sans oxygène. Avec un bureau à Hongkong c’était devenu très compliqué. Je n’avais qu’une obsession: en finir proprement, étant donné qu’à chaque attaque j’étais persuadée que mon cerveau allait finir par exploser. En mars 2016, juste avant le salon de Baselworld, j’ai décidé de m’envoler pour Maurice. J’y suis arrivée dans un état physique déplorable, avec des attaques qui ne me quittaient plus, j’étais dévastée.

Pourtant je n’étais pas seule, sitôt arrivée, une amie me glissait dans le creux de la main un numéro de téléphone – «Appelle ce maître Reiki, il va t’aider». Il va de soi que je n’ai pas attendu, je n’avais plus rien à perdre, de plus le Reiki ne faisait pas encore partie des nombreuses portes déjà poussées.

Eh bien, ma rémission a débuté à l’instant précis où Jean-Michel a poussé notre porte, où ses mains se sont posées sur ma tête. Après une heure et demie d’initiation, j’ai commencé à sentir ma douleur s’estomper légèrement, mais sûrement. Croyez-vous en l’énergie, Babette? Avez-vous la foi en quelque chose ou en quelqu’un? Vous sentez-vous connectée aux autres et à votre environnement? Avez-vous comme pensée première au réveil celle de la gratitude, connaissez-vous votre corps et le rôle des 24 positions de vos mains? Savez-vous que le fait d’aligner vos chakras peut équilibrer votre énergie? Savez-vous qu’avec votre esprit, il vous serait possible de vous soigner par vous-même sans aide extérieure et qu’il est possible de nettoyer au quotidien toutes les émotions reçues en permanence? Savez-vous qu’aussi insensé que cela paraisse, il serait bon de remercier votre douleur pour espérer qu’elle vous quitte? Pratiquez-vous la méditation? Connaissez-vous la physique quantique? Savez-vous que vous êtes comme tous les êtres humains, capable de vous soigner ou de soulager votre prochain? Avez-vous déjà pratiqué par la pensée une introspection de votre esprit?

Depuis deux ans, j’ai répondu à la plupart de ces questions, j’apprends et je mets en pratique. Au fur et à mesure, ma perception de la vie change et mon état de santé s’est considérablement amélioré jusqu’à obtenir une rémission presque totale. En 2017, j’ai affronté une dizaine d’attaques et cette année, pour l’instant, aucune.

Oui, je crois aux miracles, au même titre que lorsqu’une émotion est perçue, elle peut faire rouler une larme sur ma joue.

Babette Keller-Liechti, Présidente de Keller Trading SA

18/02/2018

Une Maison de l'environnement pour l'exemple

Ver_1_of_DE_QUATTRO_Jacqueline.jpgLes Assises européennes de l’énergie, qui se sont déroulées dernièrement à Genève, ont démontré que nous avons aujourd’hui une formidable opportunité pour contrer le changement climatique. Et ce renversement de tendance commence par l’exemplarité de l’État. Si nous voulons donner confiance et appeler à l’effort, nous devons montrer l’exemple. Il ne s’agit pas seulement de remplir une exigence morale, mais aussi de faire preuve de pragmatisme, en particulier dans la politique environnementale.
 
La future Maison de l’environnement du canton de Vaud sera un modèle de cette exemplarité. Elle sera construite en bois provenant des forêts cantonales, et en pisé, une technique millénaire qui utilise la terre crue et dont on redécouvre aujourd’hui les excellentes qualités d’isolation. Ce Centre de très hautes compétences symbolisera la détermination du Conseil d’État vaudois à s’engager en faveur de la transition écologique. Il favorisera les synergies et l’efficience tout en renforçant la cohérence, la coordination et la vision moderne de la politique énergétique et environnementale vaudoise.
 
Le canton de Vaud se veut également un modèle en matière d’efficacité énergétique. Il encourage ainsi l’assainissement du parc immobilier cantonal. Cette politique volontariste est d’autant plus importante que près de la moitié de toute l’énergie consommée annuellement en Suisse est engloutie par le domaine du bâtiment. Le potentiel d’économie est immense.
 
Nous avons donc mis à la disposition des propriétaires une enveloppe de 37 millions pour la rénovation énergétique des bâtiments en 2018. Soit 5 millions de plus qu’en 2017. Un montant record qui génère de nombreuses plus-values. Chaque bâtiment assaini réalise non seulement des économies d’énergie, des baisses d’émission de CO2, mais permet aussi une meilleure qualité de l’air pour la population. De plus, les travaux de rénovation portant sur l’isolation réduisent la facture énergétique d’un bien immobilier jusqu’à 50% selon les cas. La valeur du bâtiment est assurée sur le long terme.
 
Enfin la rénovation des bâtiments représente des retombées concrètes pour l’économie vaudoise. Pour chaque franc de subvention accordé, entre 5 et 6 autres francs sont investis. L’efficacité énergétique constitue des leviers d’investissements importants prouvant une fois de plus que la protection de l’environnement et le développement économique ne s’excluent pas.
 
Les subventions accordées aux propriétaires vaudois proviennent de la taxe CO2 prélevée par la Confédération. Mais le canton met aussi la main au porte-monnaie. La volonté d’être exemplaire se retrouve aussi bien au niveau fédéral que cantonal. Car nous poursuivons le même objectif: préserver notre pays, notre planète. Le pragmatisme rejoint l’exigence morale.
 
L’exemplarité de l’État est un des moyens de bâtir une société plus durable, plus prospère et plus solidaire. Si la mobilisation des autorités est indispensable, elle ne peut être efficace qu’avec l’engagement de chacun d’entre nous et de tous les milieux concernés. Pour y arriver, nous devons travailler ensemble à la transformation de notre société. Nous devons défendre ensemble nos ambitions. L’action doit être notre moteur que ce soit au niveau politique, économique, ou encore académique. C’est à ce prix que nous relèverons le défi environnemental. Un des plus grands de notre temps.

Jacqueline de Quattro, Cheffe du département du territoire et de l'environnement

11/02/2018

La fabrication des cerveaux lents

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Quel rapport y a-t-il entre le passé simple, Charles Maurras, «La Belle au bois dormant», et Louis-Ferdinand Céline? Aucun, me direz-vous peut-être de prime abord. Mais en vous doutant bien que cette question mérite une autre réponse puisque je l’ai posée (pas bête, le lecteur!). Eh bien! ce qui les relie, ce sont des symptômes révélateurs, chacun pour des motifs qui lui sont propres, de l’accentuation de la déresponsabilisation des individus consécutive à – et recherchée par – un «politiquement correct» agissant désormais à visage découvert et s’érigeant en nouvelle morale indiscutable.

Commençons par le plus simple: le passé du même nom. On a évoqué l’année dernière la possibilité de la disparition de son enseignement dans les écoles françaises car il est jugé comme trop «littéraire» et «discriminant» (sic). En creusant un peu, on découvre que son apprentissage serait trop difficile pour les enfants. Ah bon? Il me semble qu’on nous l’enseignait sans difficulté autrefois. Mais il est vrai qu’en faisant tout pour que dès leur plus jeune âge les enfants n’aient plus à «travailler», on fabrique des adultes qui seront bien plus malléables, car moins habitués à réfléchir, ce qui somme toute demande un effort. La déresponsabilisation, ça se prépare…

Continuons par «La Belle au bois dormant», qui fut à l’origine d’une polémique qui agita la Grande-Bretagne en novembre dernier. Faut-il interdire «La Belle au bois dormant»? Une mère de famille britannique, et accessoirement avocate, découvrit (horrifiée, of course) que son fils Ben, âgé de 6 ans, lisait le célèbre conte «La Belle au bois dormant» dans le cadre des recommandations de lecture scolaire. Et que raconte ce conte, parmi les plus célèbres u monde? Qu’un prince – ou un quidam, qu’importe? démocratie oblige… – peut embrasser une princesse ENDORMIE. Donc NON CONSENTANTE! Mais quelle horreur! Oui, quelle horreur: jusqu’où ira la chasse à l’homme? Il paraît que «la parole se libère»? Pourvu que ça dure!

Plus récemment, la perspective d’une éventuelle réédition des pamphlets antisémites de Céline fut vite enterrée par Gallimard, suite aux pressions de nombreuses associations, dont le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), sans oublier Serge Klarsfeld, qui avait déjà obtenu en 2011 que Céline soit retiré des commémorations officielles du Ministère de la culture l’année des 50 ans de sa mort. Que les pamphlets incriminés puissent faire l’objet d’une édition critique n’entre pas en ligne de compte: interdiction totale réclamée!

De même avec Charles Maurras, à son tour éliminé il y a quelques semaines de la liste des commémorations de l’année établie par le comité officiel désigné par le Ministère de la culture et constitué d’historiens incontestables (Pascal Ory, Jean-Noël Jeanneney, entre autres). On efface désormais ce qui gêne dans l’Histoire, sous le prétexte que les «âmes simples» (ce qu’on appelle communément «les gens», vous et moi, donc) n’auraient pas le discernement nécessaire pour tirer eux-mêmes les leçons de l’Histoire.

Censure en outre inefficace, car qu’il s’agisse de «Mein Kampf», des pamphlets antisémites de Céline, ou d’autres officiellement interdits, ils sont tous accessibles d’un clic sur Internet – qui plus est en texte intégral, gratuitement et sans aucun appareil critique. On touche donc bien du doigt ici, d’une part la limite des juridictions par rapport au joyeux monde de l’Internet et, d’autre part, la charge émotionnelle attachée au livre physique. Car il est bien évident que c’est sur une réédition de livres papier qui seront vendus que se focalise toute la polémique. Que le livre physique vendu en librairie ait encore une telle valeur symbolique est finalement plutôt rassurant. C’était la bonne nouvelle du jour…

Pascal Vandenberghe, Président-directeur général, Librairie Payot

04/02/2018

Initiative «No Billag»: vers un échec fécond?

002C929A_F589FB3B8D15783CA4B0A07C41473E4E.jpgÀ moins d’un retournement de l’opinion, les jeux sont faits. La majorité du peuple et des cantons repoussera l’initiative. Mais la défaite des uns ne signifie pas le triomphe des autres. Dans une démocratie consensuelle, les vainqueurs ne sauraient humilier les vaincus. Car la cause en jeu, si complexe, n’est pas tranchée une bonne fois pour toutes, les esprits pouvant évoluer au gré des circonstances, comme le montre notre histoire.

La campagne aura été rude. Sera monté au créneau tout ce qui pense, crée et gouverne dans la république. Comme s’il avait fallu convoquer le ban et l’arrière-ban de la politique et de la culture pour sauver la patrie en danger. Cette mobilisation générale était-elle nécessaire? À qui voulait-on vraiment faire peur, alors que la seule raison commanderait déjà de refuser l’aventure? Mais l’opposition à «No Billag» ne suppose ni l’adhésion à tous les errements idéologiques, ni l’obéissance servile au militantisme des soldats du juste combat. Certes, le sujet est tabou, il divise, mais convenons pourtant que le oui à l’initiative traduit aussi le non à un certain conformisme de gauche, jugé dominant dans les salles de rédaction. Dans ce contexte de méfiance, heureusement que le peuple suisse comprend une majorité de citoyens modérés et éclairés, habiles à manier les instruments délicats de la démocratie directe. Prêts à ne céder ni aux belles promesses d’un étatisme utopique, ni aux illusions d’un libertarisme doctrinaire détaché de la réalité.

Après le 4 mars, avec un résultat net et trouble à la fois, rien ne sera comme avant. Impossible de réduire simplement le montant de la redevance et de passer à l’ordre du jour! Le débat reprendra vite. L’échec prévisible de l’initiative populaire accordera du répit à la puissante RTS, à ses alliés et à sa clientèle, mais la question du sort des médias, de l’audiovisuel public, demeurera ouverte, en liaison avec la marche de la démocratie. Sans une réflexion et une action en profondeur, à l’heure des réseaux sociaux, de l’immédiat et du global, les journaux, les radios et les TV locales risquent de se dégrader en des véhicules démodés, au moteur poussif, roulant au ralenti. Dépendants de la manne versée par leur grande sœur, la RTS, qui, passé le cap périlleux du scrutin, devra rester fidèle à la parole donnée de consolider une Suisse… qui existe, et de défendre les valeurs communes… à tous!

Le futur paysage médiatique n’aura jamais le doux aspect d’une campagne vaudoise ou d’un lac paisible. La rapide diffusion de l’information rend tôt obsolète la nouveauté. L’avenir se forge par des achats et des ventes sur un marché à dimension européenne. Le numérique va-t-il tuer le papier? Des titres vénérables ont disparu ou sont en danger de mort; des synergies préparent la voie à des fusions par absorption. L’ATS est-elle entrée en agonie? Qui possède vraiment la presse romande? Qui dirige la RTS au bout du compte? Devant le déclin de la presse, notre chagrin est-il sincère et durable?

Reste un point essentiel: quel rôle pour l’État, soit la Confédération et les cantons? Doit-il aider les médias, et selon quels critères? En majorité, les Suisses n’aiment pas trop son intervention dans ce domaine, ils craignent les médias d’État et préfèrent s’en remettre à la société civile. Des subventions légales comblant les trous budgétaires augmenteraient le poids du service public et de la bureaucratie. Garantiraient-elles la diversité réelle des opinions? Notre démocratie en sortirait-elle plus libre ou ne ferait-on que monnayer ainsi une sorte de paix trompeuse, un pluralisme artificiel, sous une autorité régulatrice de la pensée? Une Suisse à la George Orwell, une méchante copie de «1984»?

Philippe Bender, Historien

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