04/03/2018 10:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des Jeux olympiques en Asie

CHAPPELET_JEAN_LOUP.pngLes éditions asiatiques des JO adaptent mieux le programme sportif aux goûts de nouveaux publics plus jeunes.

Les Jeux d’hiver de PyeongChang 2018 sont terminés. Ceux d’été auront lieu dans deux ans à Tokyo et les Jeux d’hiver 2022 à Pékin. Trois éditions successives en Asie, alors que, depuis leur rénovation, les Jeux olympiques ont toujours alterné entre les différentes parties du monde, d’abord entre l’Europe et les États-Unis, puis en visitant l’Australie, le Japon, le Canada, la Chine et l’Amérique latine, tout en revenant régulièrement en Europe ou en Amérique du Nord. L’Afrique est le seul continent pas encore abordé par les Jeux. Comment est-on arrivé à cette préférence asiatique, encore renforcée par les deux premiers Jeux de la jeunesse tenus à Singapour et à Nanjing?

Elle résulte incontestablement du développement économique considérable de l’Asie depuis les années 1980, notamment de la Chine mais aussi de la Corée et d’autres dragons régionaux, ainsi que du rétablissement spectaculaire du Japon comme grande puissance après la Seconde Guerre mondiale. On peut sourire de Jeux d’hiver en Asie du Nord-Est. Mais, comme on l’a vu à PyeongChang, il y fait très froid, tout comme à Pékin et à Tokyo en février. Ces pays voient dans les Jeux une façon de rejoindre le «concert des nations» ou de s’y maintenir et de démontrer leurs capacités face à une concurrence désormais mondiale. De plus, ces solides économies font ce que nous avons fait en Europe, c’est-à-dire construire des installations et aménager des régions entières pour les loisirs sportifs.

Certes, l’attribution des Jeux d’hiver 2022 à Pékin (contre seulement Almaty, au Kazakh­stan) résulte aussi d’un manque de candidatures. Mais cette situation n’est que temporaire car les Jeux sont déjà attribués pour 2024 (Paris) et 2028 (Los Angeles). Pour 2026, la métropole de Sapporo (Japon), au pied des montagnes, est sur les rangs, ainsi que peut-être Graz (Autriche), Calgary (Canada), Stockholm (Suède) et, bien sûr, Sion. Le Comité international olympique (CIO) souhaiterait, en effet, voir revenir les Jeux d’hiver dans des régions traditionnelles de sports d’hiver. Il a d’ailleurs aménagé son processus de sélection et d’organisation pour faciliter les candidatures. Mais le CIO est comme un énorme tanker. Les changements de direction qu’il décide prennent beaucoup de temps à se réaliser car les Jeux sont attribués sept ans à l’avance et les organisateurs locaux ne modifient pas facilement leurs plans.

Ces éditions asiatiques n’ont pas que des conséquences géographiques. Elles transforment le programme sportif et l’adaptent mieux aux goûts de nouveaux publics plus jeunes. Short-track, half-pipe, big air, slopestyle, mass-start, snowcross, mais aussi, à Tokyo 2020, skate­board, surf, escalade, karaté, baseball sont autant de disciplines olympiques nouvelles et populaires en Asie. Comme le remarquait récemment un responsable de la télévision olympique, les sports inventés dans la campagne anglaise du XIXe siècle (ou dans les Alpes) ne sont souvent plus très adaptés à notre époque.

Il faudra en tenir compte pour de futures éditions des Jeux. Les fédérations internationales feraient bien de limiter la taille de leurs arènes (souvent à moitié vides) et d’évoluer vers des disciplines plus populaires. Cela éviterait les éléphants blancs, difficiles à utiliser après les Jeux et qui nécessitent une logistique surdimensionnée pendant les Jeux. Il en va d’une meilleure acceptation des candidatures par la population.

Comme le disait Coubertin et le rappelait le président du CIO, les Jeux célèbrent la tradition sportive mais doivent aussi ouvrir la voie de l’avenir, vers de «nouveaux horizons», comme le promettait PyeongChang 2018.

Jean-Loup Chappelet, professeur à l'Université de Lausanne (IDHEAP)

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