14/05/2018 09:38 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Suzette.jpgModifier les statuts d’un parti ad personam, c’est trahir une promesse et nier un problème.

Les innombrables auteurs de statuts d’association connaissent bien le problème: faut-il prévoir un nombre limité de réélections possibles des membres du comité et risquer de se priver d’un joyau en pleine forme ou au contraire ne mettre aucune limite et perdre ses nerfs avec une nullité (éventuellement gâteuse) qui s’incruste?

Certaines formations politiques décident, dans leurs statuts, que tel ou tel mandat ne pourra être exercé que deux fois ou trois fois de suite. Le but est en général d’empêcher les «éléphants» d’occuper indéfiniment le pouvoir en décourageant les forces jeunes. Une limite statutaire du nombre de mandats successifs est censée inciter à «préparer» la relève et stimuler la génération montante.

Seulement voilà! D’une part, le pouvoir exerce une fascination sur certains de ceux qui le détiennent – voir la Chine, la Russie, la Turquie et combien d’États du tiers-monde, où des citoyens bien dressés «plébiscitent» un règne sans fin et un pouvoir sans limites! – d’autre part, les partis n’ont pas toujours les bonnes personnes au bon moment. Alors, que faire?

L’année dernière, le Parti socialiste vaudois a vécu le cauchemar d’une menace de fin de règne statutaire pour deux conseillers d’État sortants. L’un des deux passait pour «providentiel», l’autre, pour catastrophique. Vite une procédure de vote interne au parti pour chercher une solution et justifier une éventuelle exception à la règle du nombre limité de réélections. Les jeunes socialistes qui commençaient à piétiner au portillon, n’auraient pas voulu d’exception, mais ils ont été minorisés et, sans la moindre galanterie – culte de l’égalitarisme oblige! – le parti a voté l’exception pour l’homme et l’a refusée à la femme.

On a entendu récemment aux nouvelles que le PDC fribourgeois va vivre les mêmes affres: M. de Buman, président du Conseil national, ne devrait pas, statutairement, briguer un nouveau mandat, mais il peut encore être utile au parti, vu sa position, tirer la liste, sauver un siège (sauf, éventuellement, à se retirer en cours de législature 2019-2023 s’il estime que c’est alors dans l’intérêt de son parti ou si ce dernier lui fait un appel du pied). Le PDC fribourgeois envisage donc de modifier ses statuts, par un vote démocratique, comme ci-dessus au Parti socialiste, pour permettre une dérogation en faveur de M. de Buman.

En fixant statutairement une limite à la durée de certains mandats, un parti politique marque nettement son optimisme et sa volonté de rester ouvert à la génération montante. Il s’engage donc «moralement» à préparer une relève, à former des successeurs, à encourager la réflexion politique, à vivre. Et puis, pour une raison ou une autre, il faillit à sa tâche ou traverse un creux. Les responsables devraient alors être capables d’en tirer les conséquences: peut-être que le programme ne convient plus à une partie des concitoyens; peut-être qu’il faut envisager un changement d’approche de la politique ou alors une vraie préparation politique de la relève. La seule chose qu’il ne faudrait jamais faire, c’est modifier les statuts ad personam. Cela correspond à la trahison d’une promesse, à un culte de la personnalité, à un aveu de faiblesse. La force d’un parti ne dépend pas d’une marionnette providentielle. Changer vite, vite les statuts pour sauver un siège, c’est, à gauche, comme à droite, nier un problème peut-être momentané, c’est en fait éteindre la vitalité de la démocratie par un truc électoraliste.

Suzette Sandoz, Ex-conseillère nationale libérale (VD)

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