24/06/2018 10:28 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’avenir du livre, c’est le livre!

003511F8_8FA9D032F4863C963B22B6217C38543C.jpgLe livre numérique est en net recul. Alors qu’on croyait le papier mort, il affiche une belle santé dans les librairies.

Lors de la dernière foire professionnelle BookExpo, qui s’est tenue fin mai à New York, les patrons des trois principaux groupes d’édition américains (Macmillan, Simon Schuster et Penguin Random House), réunis pour une table ronde, ont tourné la page du numérique et célébré le retour du livre imprimé. Il est vrai qu’après avoir atteint des sommets, allant jusqu’à capter 25% de parts de marché aux États-Unis, le livre numérique y est en recul depuis trois ans et est repassé sous la barre symbolique des 20% en 2017. Au profit du livre imprimé, qui a retrouvé de la vigueur et affiche même une insolente croissance de +6,3% sur le premier trimestre de cette année, les ventes d’e-books baissant, quant à elles, de 3,2% sur la même période, après avoir chuté de 10% en 2017. Plus réjouissant encore, l’ABA (association des libraires américains) a vu son nombre d’adhérents augmenter: après des années de disparition des librairies, la tendance s’est inversée, et le solde entre librairies ouvertes et librairies fermées fut positif en 2017. Et 2018 s’annonce sous les meilleurs auspices.

En avril 2016 déjà, Arnaud Nourry, PDG du groupe Hachette (quatrième groupe d’édition aux États-Unis), affirmait dans un entretien accordé au magazine professionnel «Livres Hebdo»: «L’avenir du livre, c’est le livre. C’est moins la valeur d’usage du livre numérique que son prix qui a permis son développement [aux États-Unis] car, dans les pays où on n’a pas cassé les prix, il n’a pas pris, il n’a pas généré de marché de masse. Aux États-Unis, nous aussi avons bénéficié de ces ventes à 99 cents, sur lesquelles on nous reversait 8 dollars.» Effectivement: dans sa volonté de «tuer» le marché du livre papier vendu en ligne, sur lequel il a perdu des centaines de millions de dollars, le géant Amazon a tout fait pour basculer «de force» le marché vers le numérique, avec son système fermé, rendant captifs les acquéreurs de sa liseuse Kindle, et qui offrait des perspectives de rentabilité à terme, quitte à perdre au départ 7 dollars par fichier vendu! Et quitte aussi à user de gros mensonges, comme d’affirmer que le livre numérique est plus écologique que le livre papier!

Dans nos contrées francophones, le livre numérique est resté marginal, et ce retournement du marché américain en faveur du papier n’augure pas des lendemains qui chantent pour le livre numérique. Aux nombreux arguments déjà recensés en défaveur du livre numérique, un nouveau est apparu qui vient encore renforcer le livre papier: de nombreux lecteurs disent qu’après avoir passé leur journée devant un écran (téléphone, tablette, ordinateur), prendre un livre en main plutôt qu’une tablette ou une liseuse est une vraie détente, un vrai moment de plaisir.

Mais le livre numérique n’est que la partie visible de ce que la digitalisation et l’évolution des technologies pourront à l’avenir apporter au livre. Les techniques d’impression numérique sont au point, et les coûts ont fortement baissé. Les grands distributeurs français ont d’ores et déjà équipé leurs entrepôts de machines pouvant réaliser l’impression à la demande, ce qui permet de maintenir disponibles des ouvrages de faible vente, alors que ce maintien d’un fonds à rotation lente semblait être l’un des atouts du livre numérique, qui, une fois numérisé, ne génère plus de coûts. Ainsi, ironie de l’Histoire, il se pourrait bien que ce soit davantage au livre papier qu’au livre numérique que la digitalisation bénéficiera à l’avenir! «Les livres sont ce que nous avons de meilleur en cette vie, ils sont notre immortalité», écrivait Chalamov, dans «Mes bibliothèques». Peut-être les livres sont-ils eux-mêmes immortels?

Pascal Vandenberghe, président-directeur général Payot Librairie

 

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