19/08/2018 12:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

Et si les femmes réinventaient l’entreprise

Souplesse, dynamisme et innovation sont très prisés par les entreprises. Profitons-en pour imaginer une structure de carrière plus adaptée au parcours familial des femmes.

Balet.jpgLa révolution industrielle au XIXe siècle a entraîné une modification de l’organisation des entreprises. Lors de cette réorganisation du monde du travail les femmes étaient absentes, au foyer ou dans des tâches subalternes dans les entreprises. Elles n’étaient pas parties prenantes de la mise en place de l’entreprise moderne. Ce sont les hommes seuls qui ont imaginé ce nouveau monde. Rappelons-le pour les plus jeunes, il n’y a pas si longtemps que les femmes bénéficient du droit de vote en Suisse – 1971 –, de l’autonomie dans le couple – 1988 –, du droit à l’égalité hommes-femmes 1995…

Il en résulte assez naturellement que l’entreprise fonctionne selon un modèle masculin: une carrière linéaire, un engagement total spécialement en début de carrière, avant 40 ans, un horaire fixe jusqu’à il y a peu et encore dans bien des entreprises, ou souple à l’intérieur du bloc 8 h-18 h avec une pause à midi. Une organisation hiérarchique, etc. En bref, un fonctionnement peu favorable aux femmes, et spécialement aux mères.

Les femmes de ma génération ont eu la chance d’ouvrir les portes des responsabilités dans le monde du travail. Mais pour la plupart, nous nous sommes fondues dans le moule en essayant de ne pas trop faire remarquer les différences, de nous adapter à l’existant. Certes, depuis quelques décennies, de grands progrès sont intervenus pour permettre aux mères de famille de faire carrière. Mais on voit bien qu’on se heurte encore et toujours à des obstacles difficiles à franchir pour les femmes. Or, dans le même temps où la population vieillit et où on souhaite limiter l’immigration, il n’est pas franchement judicieux de ne pas favoriser au maximum l’accès des femmes à des carrières professionnelles intéressantes.

L’État reste cependant un peu schizophrène à l’égard des femmes. En matière de politique fiscale, sociale et de formation, il continue d’agir de manière parfaitement contradictoire: la formation des femmes est soutenue par des investissements massifs et elles sont plus présentes que les hommes à la maturité et dans bien des HES et des facultés universitaires. Mais elles sont ensuite poussées par des incitations négatives à quitter le marché du travail lors de l’arrivée des enfants.

Aujourd’hui, il ne s’agit peut-être plus de revendiquer ceci ou cela mais de réinventer l’entreprise et de l’adapter aussi aux femmes et aux mères. Rien n’est gravé dans le marbre dans ce domaine. Un regard en arrière sur le temps long le démontre. Pourquoi les jeunes femmes ne prendraient-elles pas l’initiative de changer l’entreprise, de réinventer le monde du travail, de réfléchir en sortant du cadre historique, d’imaginer une structure de carrière plus adaptée à leur parcours familial? Bref, de cesser de revendiquer des cautèles pour pallier les défauts du monde du travail organisé historiquement par et pour les hommes, mais d’imaginer et de proposer une entreprise adaptée aux hommes et aux femmes. Comme la souplesse, le dynamisme et l’innovation sont très prisés par les entreprises, cela devrait être possible.

Rendez-vous dans cinq ans.

Chantal Balet, Présidente FRE (Fédération romande pour l’énergie). 

 

 

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