28/10/2018 12:02 | Lien permanent | Commentaires (2)

La Suisse, pays de l’autodétermination

quatro.jpgEn Suisse, personne ne décide seul, personne ne nous impose quoi que ce soit. Le dernier mot appartient au peuple. C’est la majorité qui prévaut. Quatre fois par année, les citoyens sont en effet appelés à se prononcer sur des projets, des initiatives, qui ont été discutés au sein du Conseil fédéral et du parlement ou débattus dans les médias et sur la place publique. Il n’existe aucun État qui détient des droits de participation aussi étendus. L’initiative de l’UDC sur l’autodétermination, soumise au peuple le 25 novembre prochain, n’est donc pas nécessaire. Les Suisses s’autodéterminent déjà eux-mêmes.
 
«Le droit suisse au lieu des juges étrangers», exige le texte de l’UDC qui demande que la Constitution l’emporte sur le droit international. Nous devrions renégocier de nombreux traités internationaux et, en cas d’échec, les abroger. Or notre pays est interconnecté au reste du monde. Nos relations se traduisent par quelque 5000 accords et traités, dont 600 revêtent une importance capitale pour l’économie. Nous prônons le libre-échange et le multibilatéralisme, nous nous engageons pour la démocratie et la défense des droits humains. C’est dans notre ADN.
 
L’initiative de l’UDC nuit à ces valeurs typiquement helvétiques qui ont fait de notre pays ce qu’il est aujourd’hui et qui sont garantes de sa prospérité. Le texte menace non seulement la stabilité juridique, pilier de notre crédibilité, mais affaiblit les droits l’homme et met en danger notre économie. La Suisse ne serait plus reconnue comme un partenaire fiable, de confiance, et s’isolerait sur le plan international. Nos intérêts en souffriraient sans pour autant renforcer notre autodétermination.
 
La place économique suisse paierait un lourd tribut en cas de oui. Des emplois seraient mis en danger. Notre pays gagne un franc sur deux à l’étranger. Une épée de Damoclès pèserait non seulement sur notre industrie d’exportation, mais aussi sur les PME qui sont au cœur de notre économie et qui contribuent à notre richesse.
Ce sont des centaines de sous-traitants notamment de l’industrie des machines, du métal, de l’industrie alimentaire qui seraient touchés. Or de nombreuses PME sont confrontées actuellement à de grandes tensions sur les prix. Nous ne devons pas les fragiliser davantage, d’où l’importance que les traités internationaux soient validés et que le réseau d’accords soit étendu. Nous ne résoudrons pas seuls les défis de la mondialisation, mais avec le reste du monde.
 
À l’heure où l’isolationnisme et le protectionnisme gagnent du terrain, la Suisse a plus que jamais besoin d’une économie ouverte sur le monde. D’autant plus que l’innovation est le fer de lance de nos entreprises. Elles doivent pouvoir recourir à la coopération internationale par le biais de la participation à des programmes de recherche ou par l’accès à une main-d’œuvre étrangère qualifiée. Si l’initiative de l’UDC était acceptée, il est aussi à craindre que les investisseurs étrangers boudent notre pays. Ne créons pas un climat d’incertitude.
Notre démocratie directe est bien vivante. Notre souveraineté aussi. Elles ne sont pas menacées par les juges étrangers. Notre histoire montre que la Suisse ne s’engage que si elle a des intérêts ou que ses intérêts sont renforcés: c’est ce qu’elle fait, par exemple, dans le cadre des Accords bilatéraux. Disons non à une politique de sanctions, d’isolement et de dénonciations de traités internationaux qui remettrait en question la réussite du modèle helvétique.

Jacqueline de Quattro
Conseillère d’État vaudoise PLR,
cheffe du Département du territoire et de l’environnement

Commentaires

Mme De Quattro, en lisant votre article, il apparaît donc que notre économie pourrait être gravement affectée si l’initiative UDC était acceptée. Il semble que ce soit le point essentiel pour vous (vous utilisez au moins quatre fois le mot "économie"). Mieux vaut avoir un bon niveau de vie, quitte à faire des concessions à l’égard de nos libertés et de nos valeurs. Ce sont pour ces valeurs que nos ancêtres se sont battus.
Il vaut mieux par exemple de ne pas couper les relations diplomatiques avec certaines dictatures, de peur de perdre des marchés, quitte à mettre de côté nos valeurs morales.
Comme vous le soulignez, plusieurs traités devraient être renégociés… Donc j’en conclus qu’ils ne sont pas compatibles avec notre constitution (puisqu’il faudrait les renégocier !) et que nous avons dû faire des concessions…, donc nous ne sommes pas souverain… et vous dîtes que notre souveraineté n’est pas menacée, ceci n’est pas logique.

Écrit par : Berger Claude-Henri | 28/10/2018

Est-ce que Mme de Quattro pourrait préciser quels sont les traités menacés et pourquoi ?

Écrit par : Michaël Buffat | 29/10/2018

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