04/11/2018 12:17 | Lien permanent | Commentaires (0)

Quelle Constitution pour le Valais du XXIe siècle?

008215C4_EB4676B51FFDF15549369C4959B2AC57.jpgLa Constituante devra faire face à trois obstacles: la relation entre l’Église et l’État, les rapports entre le Haut et le Bas-Valais ainsi que la cohésion sociale et territoriale.

Dans trois semaines sera élue la Constituante chargée de rédiger la loi fondamentale soumise au peuple. Si l’on peut s’attendre à des secousses dans le Bas-Valais (96 sièges), le Haut-Valais (34 sièges) restera fidèle à sa bonne vieille politique.

Un délai de quatre ans a été fixé pour cette œuvre… en prose. Les précédentes Constitutions furent élaborées avec célérité. Celle de 1848, en quelques semaines. Les méchantes langues diront que son principal rédacteur, le radical Maurice Barman, put ruminer à satiété les termes de la charte dans son exil vaudois lors du Sonderbund. Quant à celle de 1907, la tâche fut menée rondement. Il est vrai qu’on renvoya à plus tard les questions qui fâchaient: l’élection par le peuple du Conseil d’État et des conseillers aux États, et celle du Grand Conseil à la proportionnelle, en vigueur dès 1921.

Trois obstacles se dresseront sur la route de la révision.

Le premier touche aux relations entre l’Église et l’État. Au caractère «religieux» du Valais! Mesuré à l’aune de la foi vécue, le trait paraît forcé, comme un pieux mensonge qui ignorerait les vicissitudes d’une religion d’État et de la confusion du spirituel et du temporel. Certes, pour nos «croisés» le Valais sera toujours plus catholique que chrétien! En témoigne la lente acceptation des protestants: expulsés à la Réforme, revenus avec l’industrialisation, ils attendront 1973 pour que leur confession obtienne l’égalité juridique. En annonçant qu’elle refusera le projet entier si on touche à un seul cheveu du Préambule, l’UDC joue la provocation, narguant les progressistes, flattant les conservateurs et divisant les modérés. Grossière manœuvre: la «question religieuse» trouvera une réponse consensuelle.

Le deuxième porte sur les rapports entre le Haut et le Bas, souvent pleins de tensions et de ressentiments. Le Haut-Valais, qui a marqué nos institutions, ne domine plus. Or, puisqu’il est inconcevable de restaurer l’ordre ancien, pourquoi ébranler l’unité cantonale? Mieux vaut freiner l’éloignement vers Berne et le Plateau de cette région, notamment à cause des communications, des hôpitaux, des écoles et des médias. Car que serait notre tourisme sans Zermatt, Leukerbad ou Conches? Et notre industrie: la Lonza ne va-t-elle pas investir près de 1 milliard sur le site chimique de Viège? En ce dossier, le courage est préférable à la démagogie!

Le troisième concerne la cohésion territoriale et sociale. Les trois quarts de la population habitent désormais la plaine du Rhône, du Léman à Brigue. Les vallées latérales continuent de se déverser sur les villes situées à leur entrée. Faut-il se résigner à ce que le monde d’en bas et d’ailleurs dicte sa volonté à la montagne? À ce que la finance seule détermine la destinée de nos stations? De plus, il conviendra de repenser l’architecture interne de notre république: les compétences des trois pouvoirs et de l’administration, la taille des communes, le rôle des régions. Solidarité entre les générations et les milieux sociaux également. Car le degré de civilisation se mesure non au discours sur l’éminente dignité des petits et des précaires, mais au sort concret réservé aux plus vulnérables. Au peuple entier. Les problèmes de la santé, de l’égalité, de l’éducation occuperont à juste titre les débats. Comme ceux des finances et de la collaboration entre l’économie et l’écologie.

À la fin, le projet de Constitution ne devra pas additionner les oppositions. Il montrera si le Valais franchira le pas menant d’une démocratie gouvernée à une démocratie gouvernante (Burdeau). S’il entendra partager le destin de la Suisse moderne, 200 ans après son entrée réticente dans la Confédération.

Philippe Bender, historien

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