23/12/2018 12:23 | Lien permanent | Commentaires (0)

A la recherche du sens perdu de Noël

cercle.PNGUne petite recherche sur internet des images associées à «Noël» montre des sapins, des étoiles, des boules, des bougies, des pères noël, des rennes (et une reine), des marchés… Parmi tous ces aspects, le seul qui fasse appel à une mémoire d’éléments plus anciens et regrettés de la fête, c’est la neige. Ou encore le fait qu’on l’associe à la joie ou à la paix, sans toujours savoir pourquoi. Eh bien, je profite de l’occasion pour faire preuve d’un peu d’originalité en ajoutant un élément qui ne figurait dans aucune des 500 premières images ressorties de ma recherche (du moins en français): la naissance de Jésus-Christ.

Certes les théologiens savent bien qu’il n’est pas né le 25 décembre 0: tout porte à croire qu’il est né quelques années plus tôt, et comme les Évangiles ne disent rien sur le jour, on a profité d’une date déjà associée à une fête (pour cause de solstice). Mais le contenu de la fête, c’est la bonne nouvelle de Dieu fait homme, parce que nous ne saurions pas comment aller à lui s’il ne nous y aidait pas, que sans lui chacun de nous risque un peu trop de se prendre pour le centre du monde, et Dieu le sait bien… Pour les personnes qui croient ainsi à un événement a priori incroyable, le mystère apparaît aussi obscur qu’il est par ailleurs lumineux. Si on jette un œil à l’Évangile, on reste en effet sidéré par les paroles de Jésus: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point», «avant qu’Abraham existât, Je suis»…
 
Les croyants des premiers siècles se sont sérieusement heurtés à cette question: «Mais, qui est donc cet homme qui parfois a des prétentions que seul Dieu pourrait envisager?» Si on y regarde de près, il devrait être Dieu, ou fou, ou ennemi acharné de Dieu… L’écrivain anglais G. K. Chesterton disait en 1908: «Vraiment, si Jésus de Nazareth n’était pas le Christ, il doit avoir été l’antéchrist.» Mais Jésus ne semble ni fou ni ennemi de Dieu. En se demandant comment un même individu peut être à la fois Dieu et homme alors qu’il n’y a qu’un seul Dieu au-dessus de toute sa création, on a par exemple développé le concept de «personne», qui a profondément imprégné notre civilisation: apport majeur du christianisme, à côté de l’étonnante invitation à aimer ses ennemis.
 
Si j’ai l’impression que beaucoup ignorent tout du sens originel de Noël, je me réjouis aussi d’avoir pu le comprendre mieux à l’aide d’une Chinoise qui l’avait découvert en partant d’une totale ignorance. Elle se demandait, il y a près de trente ans, alors que Mao était certes déjà mort mais encore invoqué comme figure justificatrice d’un système oppresseur, comment on avait pu faire souffrir tellement de monde à cause d’un seul homme. Et elle était arrivée à cette conclusion: si un homme se prend pour Dieu, alors qu’il ne l’est pas, il écrase les autres pour garder cette place qui ne lui revient pas. Mais, ajoutait-elle, s’il y a vraiment un Dieu et que nous sommes égaux face à lui, et qu’il se montre à nous en nous aimant, alors on a le meilleur antidote contre le totalitarisme. Certes on me dira que l’histoire ne donne pas toujours l’impression que les disciples de Jésus aient tiré cette leçon, mais c’est aussi pour cela que nous fêtons Noël, nous les chrétiens: pour nous rappeler sans cesse que nous sommes les disciples de ce Dieu né pauvre et inconnu, et qui aime aussi les personnes que nous n’arrivons pas à comprendre. Qu’il y ait un peu de cela quand nous nous souhaitons Joyeux Noël. En tout cas, c’est ce que je vous souhaite!

Charles Morerod,
évêque de Lausanne, Genève et Fribourg

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