07/01/2012

2012, année olympique

CHAPPELET_JEAN_LOUP.jpgDans moins d’une semaine s’ouvriront les premiers Jeux olympiques de la jeunesse d’hiver (JOJH), à Innsbruck, et dans moins de six mois les trentièmes Jeux olympiques d’été, à Londres. Ces deux villes ont en commun d’accueillir des Jeux olympiques pour la troisième fois de leur histoire. La Suisse envisage, elle aussi, d’accueillir les JOJH en 2020 à Lausanne ou les Jeux olympiques d’hiver classiques à Davos-St. Moritz en 2022. Alors que cette année 2012 sera essentielle pour ces deux projets, il convient de s’interroger une fois de plus sur les bonnes raisons d’organiser de tels événements sportifs chez nous ou ailleurs.

La capitale tyrolienne, une ville de la taille de Lausanne, a organisé avec succès les Jeux d’hiver de 1964 et 1976 du temps où ils étaient environ deux fois plus petits qu’aujourd’hui en termes d’athlètes et d’épreuves, et dix fois moins médiatisés. Il en reste des installations qu’elle a su entretenir et développer depuis lors, notamment en accueillant d’autres manifestations comme les universiades d’hiver 2005 et des matches de l’Euro 2008 de football. Elle était le lieu idéal pour ces premiers JOJH, tout comme Lillehammer qui accueillera ceux de 2016. Innsbruck en profite pour introduire des innovations sportives, notamment des épreuves pour de petites équipes mixtes réunissant des participants de 15 à 18 ans de plusieurs pays ou des deux genres. Le programme culture et éducation offrira aux participants la possibilité de s’informer sur des problématiques mondiales tout en célébrant diverses cultures et en vivant au quotidien les valeurs olympiques. Il rappelle l’esprit Gymnaestrada 2011 à Lausanne.

La capitale britannique a organisé les Jeux d’été de 1908 et de 1948, à une époque où ils n’étaient pas encore un rendez-vous incontournable de la mondialisation. Il n’en reste presque rien. Le stade olympique de 1908 a été détruit; celui de 1948 – le mythique Wembley – a aussi été démoli et remplacé par une arène moderne totalement dédiée au football. Les Jeux de 2012 se devaient de laisser un héritage tangible et intangible. Deux objectifs principaux étaient mis en avant lors de la candidature: la revitalisation de l’est londonien autour d’un parc olympique comprenant une dizaine d’équipements et le village olympiques; la relance de la participation sportive des Britanniques, notamment des jeunes. Le premier objectif est en voie d’être accompli. La reine Elizabeth pourra inaugurer à l’occasion de son jubilé un très vaste parc qui portera son nom. Le stade olympique sera repris par l’Etat qui espère le rendre rentable, ce qui ne sera pas évident à cause de la piste d’athlétisme qui décourage les clubs de football. Le deuxième objectif n’a pas été réalisé malgré les moyens importants mis à disposition des fédérations par le gouvernement. Des statistiques montrent même que dans certains sports la participation de masse a baissé.

Il est aujourd’hui reconnu par tous – y compris par les organisations sportives – que la mise sur pied de tels événements ne saurait s’auto-justifier. Leurs impacts économiques sont certes importants, mais très ponctuels, tout comme d’ailleurs leurs impacts environnementaux, pour autant que les installations sportives aient bien été conçues du point de vue du site, de l’énergie, des transports et aussi de leur post-utilisation, en un mot de leur durabilité. Les impacts les plus difficiles à obtenir, mais pourtant les plus importants pour une collectivité, sont ceux d’ordre socio-culturel: la pratique sportive, l’esprit de bénévolat, la cohésion sociale, les compétences et l’image d’un territoire…
La leçon d’Innsbruck est claire: construisez sur vos atouts naturels de site et maintenez vos installations sportives au fil des décennies, tout en organisant des manifestations à votre échelle. Celle de Londres ne l’est pas autant et doit encore être écrite. Il convient surtout d’intégrer ces événements petits ou grands dans une politique publique d’accueil qui doit être une stratégie à long terme pour la région ou le pays.

01/01/2012

Pour 2012, mes meilleurs vœux de modestie

broulis.jpg«Le possible est une matrice formidable.» Au fameux «Soyez réaliste, exigez l’impossible», qui suggère avec son angélisme soixante-huitard que l’inaccessible devrait être tenu au creux de la main, cette formule de Victor Hugo oppose la mobilisation concrète des énergies. Elle rappelle que l’immense écrivain fut également un politicien fortement engagé. A l’heure des vœux, quand la page vierge d’une année neuve semble ouverte à toutes les chimères, elle dit aussi que le pragmatisme ne nuit pas, au contraire.

Si je choisis ces quelques mots pour ouvrir 2012, c’est qu’ils ont du souffle, sans pour autant brasser de l’air. Ils incitent à la modestie, à une certaine humilité dans l’action. Ils soulignent qu’on ne fait jamais que reprendre un flambeau que l’on passera à d’autres, mais que c’est en reconnaissant ces limites qu’on fédère, qu’on rassemble et qu’on obtient l’effort collectif lorsqu’il est nécessaire. Et qu’il y a de la grandeur à procéder ainsi.

2011 ne s’en est pas toujours souvenu. Bercés de rêves financiers qui les ont précipités dans des abîmes de dettes, des voisins européens ont été brutalement réveillés. La prise de conscience était à coup sûr nécessaire, mais ses conséquences se révèlent inutilement écrasantes. Draconiens, les remèdes annoncés reviennent à boucher l’avenir de toute une génération. Le «redressons-nous», que ces mesures devaient susciter dans les populations concernées, s’est mué en un «indignons-nous» désespéré et incantatoire. Un cri qui souligne qu’à trop vouloir faire on risque surtout de ne rien pouvoir faire.

Quand un problème a grandi durant des années, il faut modestement admettre que d’autres années seront nécessaires à le régler. Sortir du nucléaire – cet autre diable de 2011 – demandera des décennies, à moins d’accepter un rationnement énergétique dont on ne se figure pas les conséquences. Le souci du climat s’inscrit dans le même long terme. Si Kyoto n’a mené qu’à Durban, c’est que trop d’ambitions découragent les réalisations.

Aucun gouvernement n’a de baguette magique et celui du canton de Vaud n’échappe pas à la règle. Il n’y a que l’échelle qui change, celle du territoire, de la population et bien heureusement des défis à affronter, quand même moins énormes ici qu’en bien d’autres contrées. Ce qui mérite en passant une reconnaissante pensée pour nos devanciers qui nous ont transmis si bel héritage. A nous d’entretenir l’édifice, de le soigner, de l’améliorer pour ceux qui suivront. En gardant à l’esprit qu’il n’existe pas de poudre à faire lever les logements, de pâte à modeler les transports, ou de gaz à gonfler les avoirs des caisses de pensions. C’est mètre après mètre que les infrastructures se construisent et franc après franc que les retraites s’obtiennent.

Et c’est débat démocratique après débat démocratique que les décisions se prennent, dans le respect d’institutions qui donnent le pouvoir aux citoyens qui le prêtent à leur tour aux élus. J’aime cet équilibre. Je le tiens pour fondamental car c’est lui qui préserve les uns de tout attendre de l’Etat, et les autres de promettre n’importe quoi en son nom. Il faut le rappeler et s’en rappeler, l’Etat ne peut ni ne doit tout faire. Il est essentiellement le gardien de la cohésion sociale, et c’est déjà beaucoup, car c’est elle qui fait exister la formidable matrice saluée par Victor Hugo. Ce possible qui mérite – modestement et déjà pour 2012 – tous nos vœux.

Pascal Broulis, conseiller d'Etat vaudois