08/12/2013

Corruption

2013-12-08_091943.jpgSacré problème que la corruption! La Suisse n’en est pas exempte, comme le montre la récente arrestation de cinq policiers zurichois, compromis avec le milieu de la prostitution. Et quelques connivences autour des marchés publics, en particulier tessinois. Mais, bien heureusement, on peut considérer cela comme marginal. Ici, la corruption est plus bon enfant, quelques passe-droits, des pistons, des avantages entre membres de partis, de clubs, etc. Peu d’espèces sonnantes et trébuchantes. Et, surtout, elle n’est pas érigée en système, pouvant aller jusqu’au crime de sang.


Par contre, dans la majorité des pays du monde, la corruption est bien la règle, pas l’exception. D’où vient ce phénomène? Peut-on changer la donne?


Il est avant tout structurel et culturel. Je reviens d’Indonésie, sans aucun doute un pays très corrompu. A tous les échelons. Pour obtenir un poste de fonctionnaire à 200 dollars par mois, ce qui est là-bas un bon salaire, une jeune personne doit trouver 2000 dollars pour «acheter» la place! Pour une fille de paysan, cela veut dire que son père doit se ruiner, en vendant le terrain de la famille. Et Akil Mochtar, le président de la Cour constitutionnelle, se fait prendre la main dans le sac avec un pot-de-vin de 200 000 francs! Tommy, fils de l’ancien président Suharto, a été emprisonné sur l’île fortifiée de Nusa Kambangan, pour avoir commandité le meurtre du juge qui l’avait fait condamner dans une affaire de corruption. Petit avantage, il pouvait disposer d’un hélicoptère pour faire des excursions! En Indonésie tout s’achète. De bas en haut de l’Etat. Au grand désespoir des jeunes, des petites gens qui ne croient pas au changement. Même dans une démocratie formelle.


Lorsqu’une société fonctionne totalement sur le rapport de force, sans contre-pouvoir, le fait de disposer d’une position dominante amène automatiquement à en profiter! Il faudrait non seulement un véritable Etat de droit, mais toute une chaîne de décisions contrôlée et propres, tous les fonctionnaires, toute la police, toute l’armée, toute la justice, irréprochables. Jolie utopie hélas…
En parcourant une centaine de pays, je peux assurer que la majorité d’entre eux «fonctionnent» plus ou moins de la même manière, les bakchichs, les détournements, la captation sont rois.
Les changements de régime, les «révolutions» n’améliorent guère la situation. Si ce n’est pas le shah d’Iran qui détient une bonne partie des richesses, cela devient les mollahs. Si ce ne sont plus les Duvalier qui détournent les avoirs d’Haïti, leurs douze successeurs, plus ou moins avides, comme Jean-Bertrand Aristide, le font à leur place. Si les Moubarak ne tiennent plus les clés des coffres de l’Egypte, c’est qu’elles passent aux mains des Frères musulmans. Puis à l’armée. La plupart des chefs d’Etats africains confondent le trésor public avec leurs portefeuilles. C’est probablement au Congo-Kinshasa que la situation est la plus caricaturale. Ce pays richissime a un budget national

correspondant à celui d’un canton suisse. Presque toutes les exportations sont clandestines. De leur côté, les policiers marocains, et d’autres, se voient «obligés» de racketter les automobilistes: ils sont payés avec un lance-pierre. La famille Kadhafi brasse des milliards. Ses successeurs se partagent les mêmes sommes en se canardant, comme des bandes de gangsters qu’ils sont. Plus ou moins toujours la même chose. Les familles, les mafias se défont parfois et se reforment toujours. Et on a déclaré la lutte à mort contre ce trafic de drogue depuis plus de cinquante ans. Il n’a jamais aussi bien prospéré… Désespérant.

PIERRE-MARCEL FAVRE, Editeur

01/12/2013

Faut-il désespérer du Valais?

cercle.jpgAu fond, ce Valais, on l’adore car l’on s’en fait une image plaisante. Là-bas, dans les montagnes, au-delà du défilé de Saint-Maurice. Beaux paysages, cimes étincelantes, glaciers sublimes. Ciel bleu que traverse parfois la lente procession des nuages. Loin des brouillards opaques.

Et ces habitants? Authentiques, durs à la tâche. Fiers, avec du caractère et de l’honneur. Voilà qui nous change des indifférents et des mous, sans aspérités ni contours. Mais que disent en eux-mêmes les Valaisans? Partagent-ils cette opinion, ou se réfugient-ils dans leurs pensées, devinant trop ce qu’ils sont et doivent à autrui? Aiment-ils entendre le langage de la vérité?

C’est vrai qu’en Valais, voie de passage dans les Alpes, beaucoup de choses sont venues d’ailleurs. Même le vin, breuvage sacré, communion des vivants et des morts. Les institutions? Au moment de leur réforme, rappelons le rôle de la France et de la Confédération dans l’instauration de l’égalité, de la démocratie représentative et des droits populaires. La démographie et l’économie? Peut-on ignorer l’apport des Suisses et des étrangers à notre culture et à notre prospérité? Ils ont rompu l’enchantement d’une misère séculaire. Que serait le Rhône sans les subsides fédéraux? Et les routes, les trains et les tunnels? Les banques, le commerce, les barrages et les grandes usines centenaires sans les cadres et les capitaux extérieurs?

Même pour l’évêque, on attendra la décision du Vatican avant de connaître qui montera sur le trône de saint Théodule. Encore un lambeau de pouvoir abandonné sans nostalgie: jusqu’en 1919, la Diète, puis le Grand Conseil avait compétence pour l’élire. Mais cette magistrature morale, quel poids a-t-elle encore dans un diocèse à la pratique en baisse, au message évangélique frileux, malgré d’admirables modèles de vie? Et Le Nouvelliste , principal quotidien du canton, moniteur de la pensée et des mœurs depuis 1903? Qui semblait trouver bien agréable, ces jours, la nouvelle répartition du pouvoir. Son capital appartient désormais au groupe de presse français Hersant, et son destin en dépendra.

Tout cela pour dire, en définitive, combien sont dépendantes, et à la peine, ces 320 000 âmes. Mais des lueurs brillent dans les villes du Bas-Valais, grâce à des politiques de développement global, de mobilité, de formation. De Sierre à Martigny, on ose et on entreprend. Le Chablais attend sa grande fusion, il a tant d’atouts à jouer. Bientôt Monthey s’installera sur la ligne du Simplon rénovée, et l’A9 reliera Brigue: le Vieux-Pays tiendra dans une main, plus dense. Aux côtés d’une politique de la montagne durable, combinant environnement, tourisme, paysannerie et énergie, c’est dans la plaine que se jouera une belle part de l’avenir du canton. Une plaine ouverte à Lausanne, à Genève, à Thonon, qui retrouvera sa place légitime dans les Conseils de la nation. Et pourquoi le Haut-Valais n’enrayerait-il pas sa crise démographique et son attraction vers Berne? Mais veut-il vraiment devenir le prolongement actif et bilingue d’un arc lémanique en plein essor?

Condition essentielle, il faudra revoir nos comportements politiques. Dompter les régionalismes, arrêter de se prosterner devant l’Homme providentiel qui peut tout et sait tout, dominant un collège sans ressort. Cesser la comédie d’un Valais traditionnel, à la civilisation chrétienne intacte, aux signes ostentatoires avec ses crucifix obligatoires, et le rétablissement de la peine de mort. Oui, il faudra revenir à plus de raison et à plus de tolérance, renouer avec la Suisse, dans le respect du fédéralisme. Le XXIe siècle nous ouvre ses bras!


PHILIPPE BENDERCOURTHION, Historien, Fully (VS)