05/07/2015

C'est quoi, un pays?

maillard.jpgQuand les Grecs iront voter ce dimanche, ils se prononceront un peu sur cette question et sur celle de la nature de cette Europe unie à laquelle ils sont censés appartenir. C’est quoi alors, un pays?
La réponse démocratique est à peu près la suivante. C’est un ensemble de solidarités, de droits et de devoirs qu’une population instaure librement sur un territoire pour vivre mieux.

Ensuite, c’est une histoire et une géographie communes, des modes de vie, une culture. Un pays apporte une protection et des libertés que la vie individuelle et la vie communautaire seules ne garantissent pas. Mais un pays protège si chacun lui apporte ce qu’il peut.
 
Donner, recevoir selon ses besoins et ses capacités. Ces principes simples sont concrétisés chez nous par des péréquations, par nos assurances sociales, nos services publics, qui compensent les inégalités entre personnes et territoires, pour assurer à tous ce qui est admis comme indispensable. Certains donnent ou reçoivent plus que d’autres, l’équilibre n’est toutefois pas rompu si ces différences reposent sur des principes justes. Quand ce n’est pas le cas, alors le pacte national se lézarde. C’est cette prise de conscience par exemple qui a valu aux Vaudois et aux Genevois de recevoir enfin, le mois passé, une partie de leurs primes maladie payées en trop.
 
Un pays qui se lie à d’autres, par contrat ou par adhésion à une communauté supranationale, s’inscrit aussi dans un ensemble de droits et de devoirs. Des marchés lui seront ouverts pour valoriser son savoir-faire, sa science, sa culture. Pourtant, s’il veut rester maître de son destin, il a intérêt à assurer le financement des prestations qu’il offre et à garantir une capacité productive forte et diversifiée. La Suisse, trop sûre d’elle et menacée par les œillères idéologiques de ses élites, devrait à ce titre éviter de laisser davantage s’éroder ses capacités de production agricole, industrielle et énergétique.
 
La crise grecque fait surgir la question des solidarités qui fondent la construction européenne. Ce qui empêche de la résoudre, ce n’est à cet égard peut-être pas tant la position allemande que l’incompréhension de peuples de l’UE où le niveau des retraites et des salaires est moindre qu’en Grèce et qui se demandent pourquoi ils devraient contribuer au financement d’un système social supérieur au leur. De leur côté, les Grecs se demandent à quoi bon participer à un ensemble qui dégrade aussi durablement et sans perspective leurs sécurités existentielles.
 
Dans un système démocratique, on ne peut se borner à partager une monnaie. On doit définir un socle de protection valable pour tous par des mécanismes de solidarité clairs. Construction fédérale plus petite et plus ancienne, la Suisse garantit, grâce à ses institutions sociales, à un Jurassien comme à un Grison qu’il sera protégé contre les principaux risques existentiels. De même, les Grecs, comme les Bulgares ou les Lituaniens, comme tout Européen, devraient savoir qu’un niveau de vie minimal leur est garanti par la communauté à laquelle ils appartiennent. S’ils sentent que dans cette communauté on peut mourir au nom de principes financiers, alors aucune solidarité n’est possible et l’édifice s’effondre.
 
Ce qui apparaît, c’est que l’absence d’Europe sociale dans le Traité de Maastricht était une terrible erreur. Ni en Europe ni dans aucun pays, la question sociale ne peut être laissée en option, à côté de l’économie, rejetée aux calendes… grecques. Concrétisation de la solidarité, elle est au cœur de tout projet démocratique, indissociable de la liberté de créer et d’entreprendre, de la sécurité et de l’inscription de tous dans un projet de vie civilisé.

Pierre-Yves Maillard, Conseiller d’Etat vaudois