24/05/2015

Is the world watching us?

favr.jpgNos politiciens, voire les commentateurs, se trompent totalement, régulièrement: les regards du monde entier ne sont pas particulièrement portés sur notre pays. Ni en général, ni en particulier. Nous craignons à tort l’attention des autres, comme des adolescents inquiets. Mais nous ne sommes pas le centre du monde.

Nos banques ont fait l’objet d’attaques virulentes, et même de racket de la part des Etats-Unis. Nous en avons déduit que les USA menaient campagne contre la finance helvétique. Il n’en est certainement rien. Les établissements purement américains et bien d’autres dans le monde n’ont pas été épargnés par les autorités judiciaires de l’Empire. Et nous devons, sans aucun doute, à de graves maladresses de nos banques d’avoir été pris à partie. Au passage, nous avons le grand art de céder au moindre coup de semonce, voire de déborder de zèle dans l’application des directives qu’on nous impose. Mais enfin, si on tient compte des amendes subies, nos banques s’en tirent sans dommages irrémédiables.

Le peuple suisse a voté une initiative antiminarets. Il est même assez probable que, indirectement, le sujet de l’Islam sera l’objet d’au moins une autre votation. La classe politique et la presse nous assuraient à l’époque que l’acceptation de l’initiative provoquerait un cataclysme. Que nous aurions de gros problèmes avec les pays arabes. Que nous ne pourrions plus voyager aisément là-bas.
Que les touristes du Moyen-Orient ne viendraient plus, etc. Nous avons pu constater qu’il n’en a rien été. Nos relations restent excellentes avec les nations musulmanes.

Le vote du 9 février handicape incontestablement nos accords avec l’Union européenne. Comme on dit, «nous ne sommes pas sortis de l’auberge». Le casse-tête est de taille. Mais le problème est avec «Bruxelles». Et non pas avec les peuples des Etats européens qui, s’ils en avaient l’occasion, n’hésiteraient pas à s’exprimer en majorité contre un important afflux étranger chez eux.
Mais ce qui est important, c’est l’éventuelle réaction des habitants. La vérité: il n’y en a pas du tout. Ce ne sont pas, par exemple, les papiers de Cohn-Bendit ou Montebourg dans Libération (tirage 80 000 exemplaires pour 66 millions de Français) qui comptent.

La vérité est que nous avons une image, dans le monde entier, tout à fait excellente. On nous aime, ou on nous jalouse parfois, plus fréquemment, on suscite l’indifférence la plus totale, sauf pour quelques milieux ultraconcernés par tel ou tel problème.

J’ai le privilège d’avoir visité plus de cent pays. Je n’ai jamais rencontré d’hostilité. Notre passeport rouge est privilégié partout. Le plus souvent, on ignore tout de la Suisse. Cela résulte d’une situation basique. Tous les pays ont à gérer leurs propres problèmes. Petits ou gigantesques. C’est leur quotidien, généralement lourd. Et s’ils parlent de temps en temps de la Suisse, c’est totalement marginal. Ils ne s’intéressent pas beaucoup à nos excellents «ratings», à notre monnaie trop solide. A notre démocratie qui surfonctionne. Mais plutôt à leurs insuffisances, leurs salaires affligeants et à leur système politique souvent défaillant.

Pierre-Marcel Favre, Editeur

05/04/2015

Eloge de la paix confessionnelle

bender.pngPour protéger la tolérance religieuse qui règne en Suisse depuis près de 150 ans, mieux vaut tabler sur l’humanisme, même si cette voie est difficile.

Depuis près de 150 ans, la Suisse n’a plus connu de grave crise entre l’Etat et les Eglises. La paix confessionnelle règne. L’heure est à l’œcuménisme entre protestants et catholiques, au respect des juifs, des musulmans, des bouddhistes, et des athées. La religion ne divise plus. Alors, nos compatriotes seraient-ils devenus des modèles de tolérance?

Deux mouvements profonds ont construit cette paix. D’abord, les libertés de conscience et de croyance, inscrites dans les constitutions dès 1848, ont déployé leurs effets bienfaisants et dompté l’ardeur des zélotes. Dans les cantons mixtes notamment. Les brassages de population, l’immigration, le métissage des cultures y ont aussi contribué, comme le souvenir des fanatismes et des horreurs des guerres de religion. Désormais, la démocratie pluraliste, la loi civile s’imposent à tous. Contemplant cette œuvre, nous serions tentés de verser dans la suffisance. D’oublier par exemple qu’en Valais l’impôt ecclésiastique facultatif tarde à prendre forme et que les clergés reconnus par l’Etat sont rémunérés sur les deniers publics, comme s’ils étaient les «administrateurs officiels de Dieu» selon le mot cruel de Heinrich Böll. Situation ambiguë à laquelle il conviendra de remédier, les non-croyants, les musulmans… et les personnes morales étant obligés de financer un culte étranger. Même les contribuables gravitant dans l’orbite d’Ecône, au loin de l’Eglise catholique-romaine, paient pour la gloire de Dieu en quelque sorte.

Ensuite, les Eglises établies ne cultivent plus un esprit de conquête, ne revendiquent ni l’exclusive ni la suprématie. Le cléricalisme a entraîné dans sa chute son meilleur ennemi, l’anticléricalisme! On ne confond plus la vitalité de la foi avec le nombre d’âmes participant à des rites religieux qui souvent s’apparentent à des fêtes sociales, telles les processions de la Semaine sainte ou de la Fête-Dieu. A la dissolution silencieuse des fidélités paroissiales s’ajoute le rejet d’une partie des comportements et des croyances prescrits par le magistère. On va jusqu’à trier les dogmes, comme dans un supermarché de la foi!

Ainsi, le tableau, pas si rose en vérité, ne heurte pas trop. A la condition toutefois de surmonter deux obstacles à l’avenir: les rapports avec les non-croyants et avec les nouvelles religions. Pour les premiers, pas de condescendance qui ferait douter de leur sincérité et de leur liberté! Pour les seconds, ces centaines de milliers de Suisses musulmans et de musulmans en Suisse, quand bien même la politique internationale exaspère à juste titre nos préventions envers l’islamisme, – ainsi le sort tragique des chrétiens d’Orient –, rien ne parle en faveur d’une discrimination générale. Mieux vaut dès lors emprunter la voie difficile de l’humanisme, fondé sur le partage de valeurs communes, qui voit en chaque être un être égal en dignité, plutôt que de s’abandonner aux préjugés. Continuer à bâtir en ce pays la paix confessionnelle, c’est traiter les problèmes dans les cantons et les communes. Ne pas céder à la joie mauvaise des débats abstraits sur la valeur relative des religions, ni «nationaliser» les questions concrètes par des initiatives identitaires, d’apparence chrétienne ou patriotique. Le fédéralisme demeure le meilleur rempart contre l’intolérance, car il calque la loi sur les mœurs. Ce qui est bon à Genève ne le sera peut-être pas à Evolène! Réglons les cas au quotidien, avec pragmatisme, dans une Suisse une et diverse. Faisons nôtre cet enseignement d’Umberto Eco, dans l’esprit du pape François et du théologien réformé Karl Barth: «Dans les conflits de Foi, ce qui doit prévaloir, c’est la Charité et la Prudence.» («Croire en quoi? Dialogue avec le cardinal de Milan Carlo Maria Martini», Rivages poche, 1998.)

Philippe Bender, Historien

04/01/2015

A quoi servent les bons vœux?

matin, dimanche, cercleA quoi servent les très ennuyeuses rétrospectives de la presse de fin d’année, à part remplir des pages, à l’heure d’un répit dans l’actualité? Pourquoi se souhaiter le meilleur à l’occasion de la fin de décembre? Pourquoi pas toute l’année?

Et que peuvent quelques mots sur la santé de nos proches?

Les bonnes résolutions qu’on nous invite à prendre pour 2015 valent-elles plus que les fallacieuses prédictions du président Hollande?

Les discours à nos «chers concitoyens» vous apportent-ils vraiment du courage, de l’envie, du punch???

Je vous invite, pour ma part, à être tout simplement réalistes. Pas du tout pessimistes, mais les yeux ouverts, les pieds sur terre: notre beau monde est mal parti!

Je ne fais pas partie des nostalgiques du «c’était mieux avant». Tout au contraire. Des progrès notables sont perceptibles. Ne serait-ce que la longévité, en progrès constant!

Mais ne nous voilons pas la face. Les temps futurs vont être plus durs, quoi qu’il arrive.Pour nos lendemains, n’insistons pas au sujet de nos chers islamistes. Grâce à l’aveuglement de nos politiciens, ils sont parvenus à bousiller une stabilité moyen-orientale insatisfaisante, mais mille fois moins dommageable que l’actualité, en Irak, en Syrie, en Libye, etc. Ils se sont trompés d’ennemis. Les dictateurs laïques, à la place des salopards d’Arabie saoudite, bien en cours en Occident. Véritables inspirateurs du 11 septembre, d’Al-Qaida, de l’Etat islamique, de Boko Aram, des talibans, des salafistes, premiers financiers et fournisseurs d’armes d’une jeunesse frustrée, provoquant un engouement incroyable, une mobilisation de décérébrés criminels qu’on prétend punir de prison ou de peine de mort alors qu’ils savent sacrifier leur vie. C’est un certain danger pour nos contrées. En attendant la grande «Soumission» promise par Houellebecq. Mais ce n’est rien, face à nos futurs problèmes. De plusieurs natures. La population mondiale continue d’augmenter fortement. Il est prévu qu’en une génération le continent africain va passer d’un à deux milliards d’individus! Parallèlement, les ressources pétrolières, par exemple pour le Nigeria, l’Algérie, etc. vont baisser! Dans le même temps surgissent des difficultés, pour ne prendre que l’actualité, de la Russie, des perspectives grises pour l’Italie, le Japon, l’Argentine, le Brésil, etc. Les incertitudes moyen-orientales, voire chinoises, etc., ne vont pas permettre des lendemains qui chantent et, au hasard, les «valeurs» du gaz de schiste s’effondrent. Pensez-vous vraiment qu’un pétrole bon marché va résoudre nos problèmes? Pire, l’essentiel des futures difficultés mondiales a un nom: les dettes, dont les montants sont inimaginables. La situation est une véritable pyramide de Ponzi. Elle repose de plus en plus sur une pointe, soit une instabilité grandissante d’une masse de dettes étatiques.

Avec une fuite en avant continue.Tout est artificiel. Pourquoi donc une famille ne peut-elle pas s’endetter à l’infini? Pourquoi une entreprise ne peut pas supporter très longtemps une charge excessive d’emprunt? Pourquoi les Etats pourraient-ils, eux, accumuler des montagnes de dettes (et imprimer des devises à tout va), qui deviennent irrémédiablement impossibles à rembourser? Ce n’est pas de l’économie, c’est du bon sens. On repousse les échéances. Du brouillard volontariste. Mais viendra, tôt ou tard, une sanction. Soit par une hyperinflation, soit par des défaillances de pays et/ou de banques, qui vont brutalement diminuer les masses de crédit.Les situations vécues en Islande ou à Chypre sont certainement des micro-exemples de ce qui pourrait se passer à une très vaste échelle. La grande spoliation, vos retraites envolées. Avec des dégâts et secousses sociales en rapport. Vous, vous avez confiance? Je vous, je nous souhaite la meilleure année possible, pour 2015 et surtout les suivantes!

 

Pierre-Marcel Favre, Editeur