24/08/2014

Jusqu’où ira l’UDC?

Seydoux.jpgL’UDC s’est mise en ordre de marche en vue des élections fédérales de 2015 et a occupé la pause estivale avec des annonces de lancement d’initiatives populaires plus inquiétante l’une que l’autre. La première concerne une initiative relative à l’immigration, fonds de commerce de ce parti, et dont l’acceptation aboutirait peu ou prou à la suppression du droit d’asile en Suisse. Rien que cela!

La seconde, qui a fait l’objet d’une conférence de presse menée par M. Blocher, tend à remettre en question une longue tradition juridique suisse, qui reconnaît la primauté du droit international sur le droit national, consacrée par l’art. 5, al. 4, de la Constitution.

Cela fait déjà un certain temps que ce parti, en toute connaissance de cause, dépose des initiatives populaires contraires au droit international, qui entrent en conflit avec ce dernier lorsqu’elles sont acceptées, mettant le Conseil fédéral et le Parlement en grandes difficultés, voire dans l’impossibilité de les mettre en œuvre en conformité avec le droit international.

Les attaques contre la suprématie du droit international sur notre droit interne ont débuté au Parlement, par le biais de plusieurs interventions de parlementaires de l’UDC. En 2013, le président de ce parti demandait déjà au Conseil fédéral (CF) quels seraient les avantages et les inconvénients pour la Suisse de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Celui-ci a répondu qu’une dénonciation de la CEDH n’entre pas en ligne de compte. En effet, «sur le plan international, la dénonciation nuirait gravement à la crédibilité politique de la Suisse» et «impliquerait automatiquement l’exclusion du Conseil de l’Europe, dont la Suisse a fait siennes les valeurs fondamentales en matière de droits de l’homme et de démocratie».

Trois autres parlementaires de l’UDC ont par ailleurs déposé des interventions allant dans le sens de l’initiative annoncée par M. Blocher, avant même que celles-ci aient été traitées par le Parlement, ce qui en dit long sur le mépris de ce parti pour les procédures parlementaires…

En 2010, le CF a présenté un rapport fouillé sur la relation entre droit international et droit interne. Il estime «essentiel pour la Suisse, sur les plans économique, politique et militaire, que le droit international soit respecté». La Suisse a en effet librement consenti à ses engagements pris sur le plan international, qui bénéficient dans notre pays d’une légitimation démocratique, grâce aux procédures prévues par la Constitution. Si elle ne veut pas s’y tenir, elle devra renégocier ou dénoncer les dispositions internationales concernées, ce qui porterait atteinte à notre réputation de partenaire fiable. Or, pour renégocier des dispositions internationales, il faut que nos partenaires l’acceptent, ce que certains semblent découvrir dans nos relations avec l’UE suite à la votation du 9 février 2014. Par ailleurs, le CF estime que la dénonciation de traités comme ceux de l’OMC, de la CEDH ou du Pacte II de l’ONU sur les droits civils et politiques n’est pas une option réaliste.

C’est avant tout la CEDH et son catalogue de droits fondamentaux qui est visée par la future initiative populaire de l’UDC, qui ne supporte pas certains arrêts de la Cour européenne des droits de l’homme, que la Suisse est tenue de mettre en œuvre.

Il est temps de mettre un terme à l’entreprise de déstabilisation de notre pays initiée par M. Blocher et ses sbires! Les autres partis, et notamment ceux du centre et du centre droit, doivent enfin unir leurs forces pour dire à l’UDC que cela suffit!

ANNE SEYDOUX- CHRISTE - Conseillère aux Etats (PDC/JU)

22/06/2014

Quelques vérités sur la question des langues!

cercle, dimancheEn ce mois de juin, le Parlement fédéral s’est mis à bourdonner au sujet des langues en Suisse, à cause des décisions de plusieurs cantons de Suisse allemande concernant l’enseignement du français à l’école. Quelques parlementaires verraient même une intervention de la Confédération pour imposer cet enseignement. Dieu nous en préserve!
Et si nous essayions de voir calmement les éléments du problème!

Selon la Constitution fédérale, «les langues nationales sont l’allemand, le français, l’italien et le romanche». Une minorité des Suisses a, pour langue maternelle, le français, l’italien ou le romanche (quel romanche, au fait?). Et qui a pour langue maternelle l’allemand? La langue maternelle des Helvètes alémaniques est le suisse allemand (lequel, au fait?), pas l’allemand.
A ma connaissance, dans les écoles publiques en Suisse romande, on n’enseigne pas le romanche (même «standard») ni le suisse allemand (lequel d’ailleurs devrait-on choisir sans «faire de jaloux»?). On enseigne l’allemand, langue que nos compatriotes d’outre-Sarine détestent souvent pour des motifs historiques et socioculturels mais qu’ils sont obligés de parler s’ils participent à des séances officielles nationales (par exemple au Parlement fédéral) parce que c’est non seulement une langue nationale, mais, de surcroît, une langue «officielle» au sens de la loi sur les langues. A ma connaissance toujours, personne ne peut parler le romanche aux Chambres, bien que ce soit une langue nationale, parce que ce n’est pas une «langue officielle» au sens de la loi sur les langues! Et personne ou presque ne parle l’italien parce que les Tessinois, pour être compris, s’expriment en allemand ou éventuellement en français. D’ailleurs, la Confédération se préoccupe très peu de l’italien; les messages et autres textes soumis au Parlement ne sont traduits en italien que s’ils sont «très importants» et, lors de réunions officielles, il n’y a souvent pas de traduction simultanée en italien prévue, ni évidement de traduction de l’italien. Cette langue nationale – et officielle! – est censée sauvée par les subventions fédérales!

Le décor étant planté, voyons le problème: les cantons romands enseignent l’allemand comme première langue étrangère aux enfants dès les petites classes et l’anglais comme seconde langue étrangère. Plusieurs cantons de Suisse allemande ont décidé ou vont décider de n’enseigner le français que comme seconde langue étrangère, après l’anglais. «Cris de putois» du côté de la Suisse romande. On invoque une atteinte à la cohésion nationale. Quelle cohésion? Soyons logiques: si nos compatriotes d’outre-Sarine décident, par cohésion nationale, de venir faire leurs études de «master» à Lausanne, à Genève, voire au Tessin, que ce soit à l’université ou à l’EPFL, ils devront suivre une majorité de cours en anglais, donnés même par des francophones obligés de renoncer à leur langue, parce que n’est «scientifique» que ce qui s’enseigne en anglais. La tendance actuelle est de considérer qu’il n’y a d’avenir que par les études universitaires. On comprend que la première langue importante pour nos compatriotes alémaniques – qui ont l’intention plus tard, par sens de la cohésion nationale, de venir terminer leurs études en Suisse romande ou au Tessin – soit l’anglais, imposé aux étudiants et aux professeurs. Le français passera bientôt pour la langue des «cancres»!

Arrêtons de crier au scandale et parlons d’abord nous-même notre langue si nous voulons qu’elle soit respectée.

SUZETTE SANDOZ, Ex-conseillère nationale libérale vaudoise

03/05/2014

Les vices cachés du SMIC le plus élevé du monde

cercle, dimancheA la veille d’un scrutin important pour l’ensemble du pays, le message des responsables politiques ne devrait pas viser à plaire, mais à dire la vérité. La dire simplement, franchement, même si celle-ci déplaît. Il doit en aller ainsi à la veille de la votation populaire sur l’initiative «sur les salaires minimums». Les chiffres laissent apparaître que 9% des salariés de notre pays touchent moins que les 4000 francs préconisés par les milieux syndicaux. Pour remédier à cette situation, ils prônent un dispositif qu’il faut bien qualifier de dogmatique et de purement arbitraire. En effet, une jauge salariale unique est une jauge salariale inique à partir du moment où elle ne fait aucun cas des spécificités propres à chaque région, aucun cas non plus entre les branches économiques concernées, aucun cas du partenariat social, et aucun cas enfin des employés peu ou pas formés et des jeunes qui seront de fait les laissés-pour-compte de cette politique aventureuse.

Les utopies du 18 mai sont bien éloignées des réalités du terrain. En votant en faveur de ce qui serait – est-il besoin de le rappeler? – le SMIC le plus élevé du monde, la Suisse résoudrait moins de problèmes individuels qu’elle n’en créerait à large échelle. On n’ose penser, par exemple, aux difficultés considérables face auxquelles se trouveraient placées notre agriculture et notre viticulture, soumises à une concurrence internationale féroce. En imposant à notre secteur primaire un salaire horaire minimum de 22 francs, l’initiative exigerait de nos paysans et de nos vignerons qu’ils rémunèrent leurs ouvriers près de 7 fois plus que leurs concurrents portugais et 5 fois plus que leurs concurrents espagnols. Si l’on voulait tuer notre agriculture de proximité, gage d’une alimentation saine, on ne s’y prendrait pas autrement. L’hôtellerie, la restauration, le tourisme, les petits artisans et bien d’autres branches encore seraient exposés aux mêmes dangers.

Et que dire de nos jeunes sans formation? En supprimant toute place de travail rémunérée en dessous de 4000 francs par mois, l’initiative leur dresserait un obstacle supplémentaire de taille sur leur chemin vers le monde du travail qui pourrait bien se révéler infranchissable. N’est-il pas préférable qu’ils puissent faire leurs preuves, même au travers d’un premier job payé 3800 francs par mois, et s’ouvrir ainsi des perspectives professionnelles, que de les en priver au nom du dogme d’un salaire à 4000 francs? C’est à ces questions concrètes, qui constituent la réalité quotidienne de bon nombre de nos concitoyens, que nous devrons répondre le 18 mai prochain.

Nous avons la chance de vivre dans un pays économiquement prospère, grandement épargné par le chômage, et tout particulièrement par le chômage des jeunes. La France, pays qui connaît le SMIC depuis 1970, enregistre un taux de chômage général près de quatre fois supérieur au nôtre et près de neuf fois supérieur pour les moins de 25 ans. Derrière ces chiffres froids se cachent de vrais drames humains. Gardons-nous de leur offrir un terrain propice chez nous. Au moment de glisser notre bulletin dans l’urne, il vaut la peine de nous interroger: sommes-nous insatisfaits de notre niveau de vie, profitable à chacun et envié par beaucoup, au point de vouloir importer un modèle qui a largement failli là où il est appliqué?

PHILIPPE LEUBA, Conseiller d’Etat vaudois