19/03/2017 10:47 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des Jeux olympiques en Suisse?

Ver_1_of_CHAPPELET_JEAN_LOUP.JPGLa possibilité d’une candidature de Sion aux Jeux olympiques d’hiver de 2026 vient d’être ouverte par les instances olympiques suisses et sera sans doute bientôt confirmée par le parlement du sport. Mais presque tout reste à faire!
 
Comme le souligne le rapport de Swiss Olympic (annexe 9, page 15), la Suisse est bien sûr capable d’organiser des Jeux d’hiver (qui le serait sinon?), mais le talon d’Achille d’un tel projet reste le soutien politique et populaire. Comme on le sait, les Grisons ont déjà voté non aux Jeux d’hiver 2022 et 2026, tout comme Munich et d’autres villes dans le passé.
 
Il faut donc rapidement organiser une votation à ce sujet pour deux raisons. Premièrement, il est inconcevable de se lancer dans un tel projet sans un soutien populaire incontestable (autrefois, 67% de oui pour Sion 2006). Deuxièmement, ce soutien deviendra un atout (sans être une garantie) pour une future campagne internationale qui opposerait la candidature suisse à d’autres projets plus concentrés. Il faut à tout prix éviter de se lancer à l’international pour être ensuite contredit dans les urnes comme avec Berne 2010 ou Denver 1976.
 
Une telle votation peut être gagnée en Valais sur la base d’arguments solides comme l’impact économique sur le territoire pendant la dizaine d’années qui précèdent les Jeux et l’impact social après les Jeux sur la formation professionnelle de la génération de tous ceux qui auront participé directement, au comité d’organisation, ou indirectement, dans les entreprises mandatées ou comme volontaires, à ce grand événement.
 
Il faut aussi donner confiance aux votants quant à l’organisation actuelle et future. Pour cela, il est nécessaire d’associer étroitement les autorités publiques au projet, qui occuperait pendant une dizaine d’années le canton, notamment le nouveau gouvernement cantonal qui est élu et celui de la Ville de Sion qui donne son nom au projet. Les autorités du Valais et des cantons associés doivent garder la maîtrise du projet. Le Parlement fédéral doit décider d’un subside spécial avant la votation.
 
Pour être pleinement durable, le projet doit rester basé sur des pistes/installations existantes ou déjà programmées et sur les très bonnes infrastructures du pays, notamment l’anneau ferroviaire Sion-Viège-Kandersteg-Berne-Fribourg-Lausanne-Montreux-Aigle (comme suggéré dans cette chronique du 28 décembre 2014). Les deux installations manquantes doivent être soigneusement planifiées et positionnées pour leurs usages futurs. Des installations trop éloignées doivent être proscrites pour éviter le dispersement des sites et donc l’échec potentiel à l’international (sauf Saint-Moritz). La Confédération doit prendre en charge les frais de sécurité car ce thème concerne toute la Suisse.
 
Tout cela est évident pour tous ceux qui connaissent ces questions, mais il faut que cela soit sanctionné politiquement. Surtout pas de promesses irréalisables ou de contre-vérités!
 
Avec ce projet, la Suisse a l’occasion de réinventer les Jeux d’hiver dans une période où les candidatures se font rares. Un tel esprit pionnier et innovant correspond aux capacités que le pays doit entretenir et développer pour 2026 et au-delà. Le sport – et les sports d’hiver – change vite et leur futur est à inventer comme on en débattra au Sport Future Rendez-Vous 2017 à l’Université de Lausanne, les 9 et 10 mai prochain.
 
Jean-Loup Chappelet, professeur à l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) de l’Université de Lausanne

12/03/2017 11:55 | Lien permanent | Commentaires (0)

«No Billag» vaut un débat mais pas une seule voix

001B1212_125672F65EC8FC71670F223EB9F26112.jpgLa fermeture brutale de L’Hebdo par Ringier/Axel Springer vous interpelle? L’agonie annoncée du Temps et les charrettes de journalistes romands de la presse écrite vous inquiètent? L’offre d’achat du Blick par l’UDC Walter Frey vous interroge? Moi, oui. À quelques exceptions près dans la presse écrite locale ou spécialisée, il n’y a plus aucun décideur en Suisse romande. C’est Zurich, voire Berlin, qui décide du sort de la presse romande et de la diversité du paysage médiatique suisse.

À ce jour, la SSR, avec sa structure décentralisée et ses unités d’entreprise dans nos quatre régions linguistiques, est la seule garante de cette diversité. Le Conseil des États l’a bien compris cette semaine en rejetant en bloc l’initiative «No Billag» (!) qui veut supprimer la redevance, donc tout simplement abolir le service public audiovisuel. Mais le débat qui s’annonce au Conseil national ces prochains jours sera une autre paire de manches et les divergences entre les deux Conseils seront compliquées à concilier.

Comment en sommes-nous arrivés là? Tous les acteurs de ce débat tendu ont leur part de responsabilité, SSR y compris bien sûr. Sa réticence à proposer elle-même les réformes nécessaires, son ton perçu comme cassant vis-à-vis des acteurs privés, ou encore certains projets visionnaires mal compris tel la création de la régie publicitaire Admeira avec Swisscom et Ringier, tout cela a donné les verges pour se faire battre à ses adversaires de l’UDC, d’une partie significative du PLR et même de quelques PDC, président en tête. Bien que diabolisée par la droite et sondage à l’appui, la SSR a un haut indice de confiance auprès de la population, notamment romande, qui «aime sa RTS». À part pour certains parlementaires aux agendas cachés, on a de la peine à comprendre pourquoi cette coalition anti-SSR veut jeter le bébé avec l’eau du bain.

La Suisse, dans sa structure fédéraliste et dans sa diversité linguistique et culturelle, a absolument besoin d’un service public pour garantir l’équilibre du paysage médiatique du pays. Et les médias eux-mêmes, toutes catégories confondues, sont condamnés à s’entendre et à coopérer pour réussir le passage obligé vers la digitalisation et créer une masse critique en mesure de résister à la concurrence numérique globale. Lors de la votation populaire du 14 juin 2015, la SSR a senti passer le vent du boulet. Son discours a changé et elle s’ouvre à des formes nouvelles de collaboration, notamment avec les éditeurs. Elle parle plus ouvertement de son produit, du coût de ses programmes. Mais on la sent encore prudente à ouvrir le débat de fond sur la légitimité de sa mission d’information, de divertissement et d’éducation. Même si personne ne conteste le maintien d’un service public généraliste, la discussion sur son périmètre est légitime.

Émissions et programmes doivent être analysés sous l’angle de leur «intérêt public», sur leur «return on society» pour reprendre une expression d’un expert de la branche. Ils doivent également passer l’examen du principe de subsidiarité. Pour autant que cela soit possible de manière équivalente sur tout le territoire, certains programmes ne pourraient-ils pas être réalisés par un acteur privé et financé par le marché? En contrepartie, la SSR devrait pouvoir aller au-devant de tous les publics, donc de manière illimitée sur Internet.

Quant à son financement, il est plus équilibré qu’il reste mixte entre redevance et publicité. Mais celle-ci doit également être possible sur Internet, avec une clé de répartition négociée qui tienne compte des intérêts des privés aussi. Tous ces chantiers sont ouverts. Dans la foulée de son prédécesseur Roger de Weck, le nouveau directeur général Gilles Marchand les maîtrise. Homme d’ouverture et de dialogue, compétent et pragmatique, il saura guider cette incontournable institution de notre «Willensnation» dans les eaux tumultueuses d’un monde des médias en révolution. «No Billag» vaut un débat, mais pas une seule voix.

Raymond Loretan,
Ancien président de la SSR

05/03/2017 10:08 | Lien permanent | Commentaires (2)

Pourquoi il faut venir en aide à la presse écrite

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Cela signifie que les informations vérifiées, les analyses approfondies, les mises en perspective et les confrontations d’idées qu’elle propose enrichissent le débat public et déploient des effets positifs, bien au-delà du cercle restreint des lecteurs réguliers (et donc disposés à payer). Ces effets positifs augmentent, plutôt qu’ils ne diminuent, avec la mise à disposition gratuite sur le Net d’une information pléthorique, non vérifiée et non filtrée.
 
La deuxième raison est que la production d’un journal est soumise à des rendements croissants, son coût de production étant quasi indépendant du volume de sa distribution.
 
Cette deuxième caractéristique, en elle-même, signifie qu’il peut être très difficile de produire un journal avec un contenu suffisant lorsque le cercle des lecteurs potentiels est trop restreint. Elle concerne évidemment la Suisse romande.
 
La première caractéristique, quant à elle, implique que la viabilité économique d’un bon journal est de toute façon précaire. «Comment financer un bien public en économie de marché?» est une question qui a préoccupé les économistes depuis toujours, sans qu’ils aient trouvé de baguette magique.
 
Dans le cas de la presse, cette problématique a été longtemps occultée par le fait qu’un journal avec un lectorat suffisant était un bon véhicule pour la publicité commerciale. Et, jusqu’à récemment, la presse dépendait effectivement des rentrées publicitaires pour près des deux tiers de son financement.
 
Mais c’était là une constellation chanceuse, un accident de l’histoire. Aujourd’hui que la publicité se tourne de manière prédominante et irréversible vers d’autres supports, la question du financement du bien public devient aiguë. Je ne crois pas qu’une solution de marché soit en vue, à l’échelle de la Suisse romande et dans les structures actuelles. Il faudra vraisemblablement une intervention publique, ou en tout cas une action collective, pour empêcher la disparition de notre presse.
 
La première question est celle des structures. S’il y a financement public ou collectif, cela ne peut être au bénéfice d’éditeurs privés. Il faut donc trouver le moyen de redonner une indépendance institutionnelle à nos organes de presse. La pression du politique sera indispensable pour y arriver.
 
Une nouvelle gouvernance est d’autant plus nécessaire qu’une des voies nouvelles, esquissées par les grands titres de presse internationaux, consistent à s’appuyer sur leur marque pour développer des activités annexes rentables. Cette voie n’a de sens que si ces activités annexes sont effectivement utilisées pour financer le bien public, ce qui ne peut être garanti (et ne semble pas être le cas aujourd’hui) lorsque des éditeurs s’approprient les bénéfices de ces activités.
 
Il faudra ensuite voir de quelle manière la collectivité peut le mieux soutenir la création de contenu – qui est le bien public essentiel – tout en encourageant la qualité, en préservant la diversité et en restant ouvert à l’innovation.
 
C’est là une question difficile, à laquelle il faut s’atteler d’urgence, mais qui demande, au préalable, de se mettre d’accord sur la nécessité même d’un soutien public à la presse écrite.
 
Jean-Pierre Danthine,
Professeur honoraire à l’UNIL et président de l’École d’économie de Paris