25/06/2017 09:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

Danser quand tout va mal

Face aux nouvelles du monde qui démoralisent, chacun a ses trucs. Se mettre entre parenthèses, le temps d’une chanson, en est un.

Cercle.jpgIl m’arrive en fin de soirée, aux alentours de minuit, de mettre la musique à fond dans le salon et de danser toute seule. Parfois, je me fais mon propre cinéma. Parfois, je ne fais rien d’autre que danser pour me vider la tête. Il se trouve que je suis nostalgique certains soirs de grandes chansons françaises. Au hasard, Aznavour. Hier, en écoutant une de ses chansons, des mots qui disaient «Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil», je me suis arrêtée net de danser pour me poser la question. La raison sans doute à cette photo terrible aperçue dans un journal et sur laquelle je m’étais attardée. L’article titrait: Les damnés de Mossoul. Je n’ai pas besoin de rechercher l’image sur Internet. Elle s’est gravée illico dans ma mémoire tant elle figurait une fin de monde apocalyptique.

Mossoul, c’est cette ville tombée aux mains de l’État islamique que les forces irakiennes tentent de reconquérir depuis octobre. La photo représentait un entassement de civils essayant de fuir les combats parmi les décombres. À leur vue, mon esprit a réagi immédiatement. «Rien ne change, c’est la même barbarie qu’il y a des centaines d’années», ai-je pensé. Si vous abandonnez la lecture de cette chronique à cet instant précis, c’est que nous sommes atteints du même syndrome. Je veux parler de la peur d’être envahi par une tristesse insurmontable. Parce que je dois avouer que j’ai tourné la page du journal un peu rapidement à mon goût. Non pas par désintérêt, mais pour pouvoir déjeuner en paix comme dirait notre Stephan national. Et puis, pour être sincère, parce qu’il y a trop. Honnêtement, monsieur Aznavour, la misère par les temps qui courent est tout aussi pénible au soleil.

Malgré un positivisme acharné, l’état du monde a tendance à me saper le moral. Je dois livrer une bataille quasi quotidienne contre la tentation de repli. Tout laisser tomber, ignorer les problèmes de la planète, cultiver son petit jardin en évitant soigneusement de lever la tête. Je connais des gens qui ont décidé de se couper des nouvelles de l’extérieur et qui, à les entendre, s’en portent beaucoup mieux. Mais ce n’est pas la solution. Pour mille raisons. On n’a pas le droit de baisser les bras. Ne serait-ce que pour donner l’exemple à la génération suivante. Ne serait-ce que par le fait que le déséquilibre fait avancer, alors que l’inertie, c’est le néant. C’est la mort de la pensée. Qui voudrait d’une société vidée de sa substance?

À nous de trouver des trucs pour se sentir impliqués dans la marche du monde. Pratiquer le bénévolat, manifester, s’informer judicieusement, faire des dons, mais aussi aller chercher à l’intérieur de nous ce qui est susceptible de nous rendre heureux, de nous apaiser. La musique, par exemple. Prenez les Rolling Stones, posez-les dans un stade et voyez le résultat. Il y a une joie incroyablement palpable qui se propage dans la foule, quelque chose d’une légèreté magique qui requinque.

Le verbe est trivial mais je n’en trouve pas d’autre pour désigner l’élan collectif qui nous tire vers le haut. La musique, ça peut lier des gens même s’ils ne sont pas d’accord avec eux. Ce n’est pas nécessaire de comprendre les paroles d’une chanson pour la partager avec un Irakien ou un Africain. On est dans la communion, comme on rêverait que ce soit partout, tout le temps.

Ce soir-là, j’ai compris pourquoi j’avais besoin de ma parenthèse musicale de minuit. Ma danse nocturne, c’est comme un rituel de dés­encombrement. Je laisse la musique m’imprégner pour en quelque sorte réenchanter mon monde. Et vous voulez la bonne nouvelle? Nous sommes à l’approche du mois de juillet. Qui dit été dit festival et donc musique à volonté. Alors, on danse?

Yasmine Char, directrice du Théâtre de l’Octogone
et écrivain

18/06/2017 09:26 | Lien permanent | Commentaires (0)

Macron le jeune

Ver_1_of_FAVRE_Pierre_Marcel.jpgNous voulons le bien de la France! Nous souhaitons donc que le nouveau président réussisse. Sa fabuleuse majorité lui sera bien utile. L’enthousiasme et la volonté, doublés d’une communication redoutable, aideront notre héros. Mais la tâche sera rude, tant l’héritage est lourd. La dette étatique du pays atteint aujourd’hui les 2147 milliards d’euros (870 milliards en 2000 et 1631 milliards en 2010…). Le patron de la CGT, Philippe Martinez, ne va pas facilement raser sa moustache stalinienne. Bousculer les innombrables niches fiscales ne sera pas facile. Passer d’un chômage autour de 9,3% pour atteindre, non pas celui de la Suisse (3,3%), mais celui des Allemands (5,9%), prendrait des années. Arrêter les opérations militaires africaines, ruineuses, cela va être bien difficile. Etc.
 
Mais en tout cas, il est un reproche que nous ne devons pas faire au chef de l’État: son jeune âge, son inexpérience. D’une part, cela peut être un atout de porter un regard neuf, de ne pas faire constamment référence au passé, mais bien d’inventer l’avenir. Entre autres, grâce à sa génération, il maîtrise parfaitement l’anglais, un avantage indéniable pour les négociations internationales. Il a aussi conscience et connaissance des changements considérables qu’apportent les nouvelles technologies. Il n’est pas encombré par la rigidité des partis historiques, sclérosés. Il finira certainement deux quinquennats en bon état de santé, contrairement à Pompidou et Mitterrand. Il devient un exemple pour la jeunesse, en démontrant que tout est possible, par sa prise du pouvoir éclair. Bref, il n’y a que des avantages pour l’Hexagone à se retrouver emmené par un jeune président.
 
Pierre Corneille avait raison: «Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre des années.» Alexandre le Grand est régent de Macédoine à 16 ans, Cléopâtre accède au trône d’Egypte à 18 ans, Tamerlan, l’immense empereur turco-mogol, est proclamé souverain à 33 ans, Napoléon Ier a 34 ans lors de son premier consulat. Auguste est empereur romain à 35 ans, ou encore Napoléon III devient, à 40 ans, le plus jeune président français.
 
Pour un passé plus récent, Taavi Rõivas accède à la fonction de premier ministre estonien à 35 ans. Felipe González est parvenu à la tête de l’Espagne à 40 ans. En Angleterre, Tony Blair est élu premier ministre à 43 ans, suivi par son successeur, David Cameron, prenant le poste au même âge. Aux États-Unis, Theodore Roosevelt devient président à 42 ans puis John F. Kennedy à 43 ans. Ose-t-on citer Mouammar Kadhafi, qui prit le pouvoir à 27 ans? Et Matteo Renzi, chef du gouvernement italien, à 39 ans. N’oublions pas non plus Benazir Bhutto, première ministre du Pakistan à 35 ans!
Quant aux leaders actuels, on trouve Vanessa D’Ambrosio, devenue capitaine-régente de Saint-Marin à 29 ans, le très contesté Viktor Orban, arrivé au pouvoir de la Hongrie à 35 ans, Justin Trudeau, premier ministre canadien à 43 ans, Alexis Tsipras, en fonction dès l’âge de 40 ans. Et ne parlons pas non plus du fameux Kim Jong-un, jeune dictateur fou de Pyongyang, grand leader à 28 ans.
 
Certes, le président Macron n’a pas pour vocation de créer un empire. Mais sa tâche, comme celle de plusieurs personnalités historiques citées, est bien de gérer une situation délicate et exceptionnelle. De conquérir les cœurs et les têtes afin de permettre à notre grand voisin de retrouver un équilibre qui, immanquablement, doit passer par des réformes, inévitablement douloureuses…

Pierre-Marcel Favre, éditeur

11/06/2017 10:05 | Lien permanent | Commentaires (0)

La réforme Prévoyance vieillesse 2020 est injuste

2017-06-11_100154.jpgConnaissez-vous, dans votre entourage, une jeune personne venant d’entrer dans la vie professionnelle? Pouvez-vous indiquer le nom d’une personne touchant déjà une rente AVS? Et connaissez-vous une personne tributaire de prestations complémentaires pour pouvoir subvenir à ses propres besoins? Dans l’affirmative, vous connaissez plusieurs des futurs perdants de la réforme Prévoyance vieillesse 2020 sur laquelle nous voterons le 24 septembre 2017. Pour eux, la réforme est injuste.

 

La réforme menace la prévoyance vieillesse

Une personne qui prend aujourd’hui sa retraite est en général bien assurée. Ce ne sera plus le cas à l’avenir. La longévité moyenne est actuellement de 11 ans de plus qu’en 1948, année de création de l’AVS, où l’on comptait une personne rentière pour 6,5 cotisants, contre 3,4 aujourd’hui. La situation s’aggravera encore lorsque les volées du baby-boom arriveront à l’âge de la retraite. Un jeune actif qui paie actuellement ses cotisations mensuelles à l’AVS ne peut plus être certain qu’il bénéficiera lui-même d’une rente vieillesse.

Injuste pour les jeunes: un chèque en blanc de plusieurs milliards

Nous devons réagir et procéder à un véritable assainissement pour que les jeunes puissent compter sur une rente dans leurs vieux jours. Au lieu de quoi nous allons voter sur une pseudo-réforme dont le but est une extension massive de l’AVS. Selon le principe de l’arrosoir, les nouveaux rentiers – même millionnaires – recevront 70 francs de plus par mois de l’AVS. À lui seul, ce supplément coûtera 3 milliards de francs par an, augmentant d’autant le déficit annuel de l’AVS jusqu’en 2030. La réforme Prévoyance vieillesse 2020 revient à résilier le contrat intergénérationnel. Nous accablons de surcoûts les jeunes actifs alors même qu’ils n’ont plus aucune garantie de rente vieillesse.

Injuste pour les rentiers: une AVS à deux vitesses

La réforme prévoit 70 francs de plus pour les nouveaux rentiers. Mais les personnes déjà pensionnées n’en tireront aucun profit. D’où une AVS à deux vitesses. Deux personnes ayant cotisé autant l’une que l’autre à l’AVS durant leur vie active bénéficieront de rentes inégales, ce qui est contraire au principe de solidarité fondant l’AVS. Plus injuste encore: les rentiers actuels seront tout bonnement invités à passer à la caisse. Pour financer la coûteuse extension de l’AVS, la TVA sera relevée à court terme de 0,3%; et il faut s’attendre à une nouvelle hausse d’un pour-cent de TVA dès 2025. Sur chaque café, achat et billet de chemin de fer, les rentiers financeront ainsi un développement injuste de l’AVS, sans en profiter.

Injuste pour les personnes vraiment dans le besoin

Les personnes tributaires de prestations complémentaires seront doublement pénalisées. Pour elles, toute hausse de la TVA fait renchérir les biens de consommation courante. Or elles n’auront pas un centime de ces 70 francs, car les prestations complémentaires qu’elles reçoivent seront réduites du même montant. Mais elles devront payer plus d’impôts. Et comme, sur le papier, elles seront censées bénéficier de rentes plus élevées, elles risqueront de perdre leur droit à certains avantages sociaux, comme l’exemption de l’impôt médiatique pour la SSR. Ainsi, quiconque est tributaire de l’AVS sera même pénalisé par la réforme.

Pour garantir durablement notre prévoyance vieillesse et des rentes pour tous, une véritable réforme est indispensable. La réforme Prévoyance vieillesse 2020 est injuste et ne fait pratiquement que des perdants. Un non dans l’urne ouvrira la voie à d’autres solutions plus simples et plus justes.

Jean-François Rime, Président de l’USAM