17/09/2017 09:53 | Lien permanent | Commentaires (0)

Le défi climatique, il y a urgence

2017-09-17_095210.jpgL’île de Saint-Martin dévastée à 95%. L’île paradisiaque de Saint-Barthélemy défigurée. Les rues de La Havane et de Miami inondées. L’ouragan «Irma» a semé la consternation à travers le monde. Des catastrophes qui vont malheureusement se répéter. Car le réchauffement de la Terre est en marche. Et «Irma» est la parfaite illustration des dérèglements climatiques. L’heure n’est plus au doute, encore moins à l’ignorance.
 
«Irma» n’est pas un phénomène isolé. Les sécheresses, les canicules, les inondations, l’élévation du niveau des mers, le recul de la banquise en Arctique font partie de notre quotidien. Plus aucun pays n’est épargné. En Suisse, les glaciers fondent et provoquent des catastrophes comme à Bondo et à Saas-Grund. C’est le début d’un emballement. La porte du frigo est ouverte comme l’affirme le médecin et explorateur Jean-Louis Étienne.
 
Ces événements dramatiques vont se reproduire et gagner en intensité. Une étude de l’Université de Louvain, en Belgique, montre que durant les dernières vingt-cinq années, les catastrophes naturelles ont été multipliées par quatre. C’est notamment l’accumulation des gaz à effet de serre qui provoque le réchauffement climatique. L’action de l’homme n’est pas étrangère à ces dérèglements climatiques, d’où la nécessité de prendre nos responsabilités.
 
Si nous ne voulons pas laisser un monde en péril aux futures générations, nous devons agir rapidement et mettre en œuvre l’Accord de Paris sur le climat. Son objectif est de contenir le réchauffement global moyen en dessous de 2 °C. Car les dérèglements climatiques auront des conséquences sur les domaines tels que les dangers naturels, l’agriculture, la gestion forestière, la biodiversité, la santé, l’eau, l’énergie, le tourisme ou la gestion du territoire. Il est dès lors crucial que les politiques publiques anticipent et se préparent à trouver les bonnes solutions. Toute forme d’attentisme coûterait cher, très cher.
 
Le Parlement vient de ratifier l’Accord de Paris. Et le Conseil fédéral veut que notre pays réduise d’ici à 2030 ses émissions de gaz à effet de serre de 50% par rapport à 1990. Une baisse d’au moins 30% devra intervenir sur notre territoire. Le reste pourra être réalisé dans le cadre de projets à l’étranger. «Décarboner» nos économies, c’est bien. Mais nous devons aussi développer les énergies renouvelables. Car la politique climatique doit être ambitieuse et appliquée avec détermination. Aussi je me réjouis du soutien de 73,5% des Vaudois à la Stratégie énergétique 2050.
 
Le défi climatique doit être relevé par tous les acteurs qu’ils soient politiques ou économiques. C’est ce que fait le canton de Vaud. Il a adopté une loi pionnière sur l’énergie. Il a lancé un ambitieux programme de 100 millions en faveur des énergies renouvelables et de l’efficience énergétique. Depuis trois ans, il accorde aussi un rabais de 75% de la taxe automobile annuelle pour les véhicules peu polluants.
 
Par ailleurs, le canton de Vaud finalise actuellement une feuille de route «Climat» afin de recenser les mesures d’adaptations qui seront nécessaires dans le cadre des différentes politiques sectorielles telles que l’agriculture, l’énergie, la santé et l’environnement. L’inaction serait irréversible et dévastatrice.
 
La crise climatique est une réalité. Une réalité qui n’attend pas. Et les solutions dépendront de notre capacité à nous adapter et à promouvoir le changement. Il y a urgence.
 
Jacqueline de Quattro
Cheffe du Département du territoire et de l’environnement (VD)

10/09/2017 09:45 | Lien permanent | Commentaires (0)

L’autre révolution d’Octobre

Ver_1_of_vandenberghe.jpgA l’occasion de la célébration des 100 ans de la révolution d’Octobre, nombre de livres, d’articles dans les journaux et de dossiers dans les magazines sont parus. Un angle est peu présent dans les analyses qui nous sont proposées: celui de la (courte) révolution sexuelle qui accompagna la prise de pouvoir par les bolcheviks en 1918, mais fut vite mise au rancart par Staline, dès qu’il eut établi son pouvoir absolu, au début des années 1930. Nous avons gardé une image très terne de la vie sociale en Russie soviétique, d’une société puritaine, pour ne pas dire asexuée. Et pourtant…
 
Oui, pourtant, l’amour (au sens large) et les relations homme-femme faisaient partie intégrante de l’idéologie marxiste à ses origines. S’ils critiquaient avec virulence le «féminisme», considéré lui-même comme «bourgeois», l’égalité homme-femme était au cœur de leur programme: la femme devait être autonome et disposer des mêmes droits que les hommes (c’est sans doute pour cela qu’elles furent aussi envoyées au goulag…). Si le pouvoir bolchevique visait à détruire les fondements de la bourgeoisie, parmi lesquels la famille traditionnelle – et en particulier le mariage religieux – occupait une place importante, il alla beaucoup plus loin qu’une simple modification du Code civil. Dès décembre 1917, l’union civile fut reconnue comme le mariage, et la procédure de divorce fut simplifiée. L’amour «libre» et les ménages à trois étaient alors fréquents. Ce fut le cas pour Lénine lui-même: sa maîtresse, la Française Inès Armand (mariée et mère de cinq enfants), théoricienne de la révolution sexuelle, cohabita un temps avec ce dernier et son épouse, Nadejda Kroupskaïa.
 
Dans les faits, dès 1920, la Russie bolchevique fut le premier pays à autoriser l’avortement, et l’homosexualité masculine n’y fut plus considérée comme un délit… durant une dizaine d’années. Le lesbianisme, même sous le tsar, n’était, quant à lui, pas puni.
 
Ce fut aussi le premier pays à nommer une femme ministre: Alexandra Kollontaï (commissaire du peuple à l’Assistance publique de novembre 1917 à mars 1918), qui fut justement l’idéologue la plus convaincue de cette révolution des mœurs et la plus fervente défenseure de l’amour libre. Excessivement d’ailleurs aux yeux des puritains qui dirigeaient alors le Parti, Lénine compris (malgré son ménage à trois…). Et si Alexandra Kollontaï fut aussi, par la suite, la première femme ambassadeur (en Norvège, en 1923), ce fut sans doute plus pour l’éloigner que pour la promouvoir: surnommée la «Walkyrie de la révolution», elle préconisait «la légalisation de la polygamie et de la polyandrie». C’en était trop. Car, dès le milieu des années 1920, changement de cap: le concept d’amour libre désormais est considéré comme une sorte d’ivresse révolutionnaire à oublier, et une volonté claire de «calmer les ardeurs des prolétaires» se fait jour dans les discours des dirigeants, notamment Trotski.
 
Une fois Lénine mort et Trotski définitivement évincé, Staline pourra refermer cette page: dès le début des années 1930, réinstauration du délit d’homosexualité, remise à l’honneur de la monogamie et du mariage traditionnel, et interdiction de l’avortement (jusqu’en 1955). Le tout agrémenté d’une désérotisation de la société, qui débouchera sur la célèbre formule «Il n’y a pas de sexe en Union soviétique».
 
Pourquoi je vous ai raconté tout ça? Juste pour souligner, à travers cet épisode méconnu de la révolution d’Octobre, que, quels que soient les régimes et les époques, les avancées des libertés individuelles – pas forcément toutes bonnes à prendre, certes – ne sont jamais acquises, et que la notion de «progrès» est toute relative…

Pascal Vandenberghe, Président-directeur général Payot Libraire

27/08/2017 10:07 | Lien permanent | Commentaires (1)

Les faits sont têtus

0022CE90_27D28EF842746A80BCE456B0DE36BC45.jpgPrévoyance 2020 contient des mesures que nous réclamons de longue date et que jamais nous n’aurions pensé obtenir.

 

À mes amis qui s’opposent au projet de réforme des retraites soumis au vote le 24 septembre prochain, je dirais d’abord ceci: Prévoyance 2020 est un arbre aux multiples ramifications, qui pousse sur deux troncs et s’élance vers un ciel changeant. Compliqué à comprendre, compliqué à expliquer, technique, et donc vite victime des raccourcis et des slogans. Mais la mécanique complexe du projet ne doit pas nous faire oublier ceci: Prévoyance 2020 contient des mesures que nous réclamons de longue date et que jamais nous n’aurions pensé obtenir. Une augmentation des rentes AVS, un renforcement des cotisations au 2e pilier ainsi qu’un accès facilité aux retraites pour les temps partiels. Même l’augmentation de la retraite des femmes, seul vrai point noir de cette réforme, est compensée par des conditions qui demain, en cas de départ anticipé à 64 ans, seront identiques ou meilleures qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Alors croire ou faire croire, dans ces circonstances, que le statu quo demeure souhaitable, ou viable, relève d’un déni de réalité. Car les faits, comme les convictions, sont têtus. D’une part, entre 1950 et 1960, les Suisses ont produit beaucoup d’enfants, 2,7 par femme en moyenne. Ces enfants sont devenus grands et parviennent bon an mal an à l’âge de la retraite. Cette période de flamme démographique fut de courte durée mais a de durables conséquences. Deuxième fait, indiscutable, l’espérance de vie s’allonge: en 2020, les femmes vivront en principe vingt-quatre belles années à partir de 65 ans, vingt-sept en 2060 tandis que les hommes en 2020 pourront bricoler, jouer aux cartes ou jardiner encore pendant vingt et un an après leurs 65 ans, pendant vingt-cinq ans en 2060.

Résultat: il y a soixante ans, six actifs travaillaient pour un retraité, dans vingt ans, ils ne seront plus que deux. Résultat, tant l’AVS que le deuxième pilier sont menacés de naufrage. Ce n’est qu’une question de temps. Sans mesure, le déficit de l’AVS pourrait atteindre 7 milliards en 2030.

On peut tourner les choses et les graphiques dans tous les sens, les faits s’imposent. Des faits qui racontent des histoires positives. Il est réjouissant de voir qu’il y a une deuxième vie après le travail! Et qu’elle est de plus en plus longue! Mais refuser de refinancer l’AVS et le deuxième pilier sous prétexte que l’on s’est toujours tiré d’affaire, c’est comme si, au sortir de l’été, on niait la fonte des glaciers. Et qu’en outre, on en confiait la pérennité aux barons du nucléaire.

Car celles et ceux qui prônent le refus de la réforme des retraites parce qu’ils préfèrent l’illusion du statu quo travaillent in fine à plébisciter toutes les mesures qu’ont tenté d’imposer le Parti radical libéral et l’UDC. Le cahier de doléances est donc connu et réitéré lors de la campagne: l’âge de référence de départ pour les femmes restera-t-il à 64 ans? Non. Le rendement obligatoire du deuxième pilier sera-t-il maintenu à son niveau actuel? Non. Le taux de TVA sera-t-il augmenté pour financer le fonds AVS? Oui. Les rentes AVS se bonifieront-elles de 10%? Non. L’âge de référence passera-t-il à 67 ans pour tout le monde? Oui, sans doute. Le montant des rentes sera-t-il réduit? Très vraisemblablement. L’indexation automatique supprimée? Pas impossible. Le financement de l’AVS consolidé? Non.

L’opiniâtreté des convictions se mesure d’abord à l’ambition des résultats. Prévoyance 2020 en est l’exemple. Ce n’est que par ce compromis, certes complexe, parfois inconfortable pour celles et ceux qui s’y sont engagés que nous garantissons qu’il y a toujours de la vie après le travail.

Celles et ceux qui prônent le refus de la réforme des retraites parce qu’ils préfèrent l’illusion du statu quo travaillent in fine à plébisciter toutes les mesures qu’ont tenté d’imposer le Parti radical libéral et l’UDC.

 

Géraldine Savary, Conseillère aux États (VD)