18/03/2018 10:24 | Lien permanent | Commentaires (0)

Les infirmier-e-s méritent notre considération

Ver_1_of_LEVRAT_Bertrand.jpgLe Conseil international des infirmières et l’Organisation mondiale de la santé viennent de lancer Nursing Now, une campagne mondiale originale afin d’améliorer le statut des infirmières au niveau mondial et de souligner leur contribution essentielle à la réduction du poids des problèmes de santé publique autour du globe, qui ne cessent pourtant de croître.

Cette campagne souligne le manque criant d’infirmier-e-s dans une majorité de pays, en particulier ceux dont les économies sont les plus fragiles et qui sont confrontés aux épidémies dramatiques telles que le HIV, la malaria ou le zika. On s’attend à un manque de 9 millions d’infirmier-e-s d’ici à 2030 dans le monde. Dans ces pays, comme chez nous, les infirmier-e-s jouent un rôle fondamental dans le système de santé publique. Ils assurent l’essentiel des soins au niveau des communautés.

Ils coordonnent les différents intervenants sanitaires. Leur rôle en termes de prévention des maladies et de promotion de la santé est fondamental. Ils garantissent l’accès aux soins de populations entières. Comme chez nous, ces pays sont confrontés au vieillissement des populations et à la chronicisation des maladies, tel que le diabète, qui accroissent encore davantage la demande de soins.

Dans les pays en développement, les soignants sont souvent sous-estimés et ils ne parviennent pas à livrer tout
le potentiel dont ils disposent. Ils sont souvent écartés de l’élaboration des politiques de santé alors qu’ils disposent généralement d’une connaissance fine du terrain, acquise grâce à leur position unique.
 
Il est donc parfaitement légitime que la qualité du travail infirmier et des professions soignantes soit mise en lumière et que tout soit fait pour améliorer leur statut, rendre leur métier plus attrayant et susciter davantage de vocations.
 
Le renforcement des conditions de travail des infirmier-e-s dans les pays en développement présenterait le triple avantage d’améliorer la santé des populations, de renforcer les responsabilités de la gent féminine, puisque la majorité, aujourd’hui, sont des femmes, et de soutenir les économies locales.
 
Nursing Now entend faciliter l’accès de tous à la formation infirmière de base et à la formation continue. Elle
entend faciliter le partage des bonnes pratiques de soins, dans l’intérêt des populations. Elle encourage les décideurs du domaine de la santé à mieux tenir compte du point de vue des infirmier-e-s dans la définition des politiques de santé. Elle soutient le développement de nouveaux modèles de soins de nature à maximiser le potentiel des infirmier-e-s de sorte à optimiser la couverture sanitaire.
 
Le mérite de la campagne Nursing Now est de nous rappeler des vérités essentielles et de créer les conditions et espoirs de renouveau. Aux HUG, nous soutenons pleinement cette campagne. Bien entendu, la situation de nombreux pays n’a rien à voir avec la nôtre. Nous avons la chance d’avoir des infrastructures de qualité, des équipements sophistiqués, des formations efficaces et bien rodées. Les opportunités de perfectionnement existent. La répartition des rôles et responsabilités entre les différents métiers soignants est claire.
 
Chez nous aussi, cependant, l’incroyable talent des infirmier-e-s et des soignants est parfois sous-évalué. Certains souhaiteraient que les conditions de travail soient améliorées. On peut effectivement toujours faire mieux et on s’y emploie. Dans l’intervalle, ma contribution de directeur général d’un grand hôpital sera de
rappeler que les infirmier-e-s font un travail difficile, exigeant, empreint de responsabilités et souvent
dans l’ombre. Chez nous aussi, les infirmier-e-s et les soignants méritent un coup de projecteur bienveillant et toute notre reconnaissance.

Bertrand Levrat, Directeur général des HUG

11/03/2018 11:19 | Lien permanent | Commentaires (0)

Politique de la santé: le temps de la transparence

002EBA64_87CE36D74FA7A0BB57114D8101F1A0DF.jpgIl ne se passe pas un jour sans que les médias ne parlent d’un dysfonctionnement du système de santé suisse, le dernier en date étant la déclaration téméraire de notre ministre de la Santé sur le million de revenu de certains praticiens sur le dos de l’assurance de base. La réplique des médecins est demeurée confuse, mais la réalité est tellement plus nuancée. Ils méritent de bien gagner leur vie, dans la mesure où les soins prodigués sont médicalement justifiés et restent dans le cadre de tarifs reconnus.

Cela dit, aucun acteur de la santé ne va échapper à la vague de la transparence. Les caisses maladie doivent clarifier leur fonctionnement et les pharmas justifier la différence de prix des médicaments avec l’étranger. Dans le domaine hospitalier, le surveillant des prix vient de mettre au jour les différences importantes de tarifs entre les hôpitaux. Contrairement aux idées reçues, c’est dans les établissements privés que les tarifs hospitaliers de l’assurance obligatoire sont les moins élevés. Ainsi, pour un même patient, à Neuchâtel, par exemple, une opération du genou, de la hanche ou du pied, coûtera 7,5% de moins qu’à l’Hôpital cantonal, et cette différence se constate dans l’ensemble des cantons. Il suffit de consulter le comparateur de M. Meierhans, disponible sur www.spitaltarife.preisueberwacher.ch/fr.

Plusieurs études récentes, dont un rapport mandaté par le Conseil fédéral, ainsi que le rapport d’experts «Berset», ont mis en lumière l’opacité dans la gestion hospitalière des cantons. Ces documents remettent en question le subventionnement massif, par certains cantons, de leurs hôpitaux publics. Ils soulignent aussi les distorsions de concurrence liées au cumul des fonctions des conseillers d’Etat en charge de la Santé. Ces derniers sont à la fois propriétaires des établissements, autorités de surveillance, de planification et d’approbation tarifaire.

Dans le canton de Fribourg, et malgré des bilans déficitaires répétés (21 millions de francs prévus en 2018), la direction avait sèchement refusé d’entrer en matière sur de possibles collaborations avec un partenaire privé. Suite à la récente crise, la conseillère d’Etat socialiste, Anne Demierre, a eu le courage d’annoncer sa démission du conseil d’administration des hôpitaux fribourgeois, en reconnaissant publiquement que cela entraînait des conflits d’intérêts.

Dans de nombreux autres cantons, les responsables gouvernementaux se réfugient dans le déni et le protectionnisme. On préfère favoriser des hôpitaux publics onéreux plutôt que de chercher des synergies avec des établissements privés moins chers. Le cas de Neuchâtel en la matière est caricatural. Le Conseil d’Etat, peinant à esquisser une solution viable pour ses futurs deux hôpitaux publics, non seulement n’envisage pas d’emblée des partenariats, mais, de surcroît, limite drastiquement les cas confiés aux cliniques privées, même si elles figurent sur la liste hospitalière. Cette approche incompréhensible pousse les patients à se faire opérer hors canton.

Un débat responsable sur la transparence des revenus, des prix et du fonctionnement des acteurs du domaine de la santé est urgent. Dans le brouhaha actuel de défense d’intérêts particuliers, constitué d’un mélange de motivations idéologiques, électoralistes, mais aussi pécuniaires, nous devons cesser ce petit jeu du divide et impera. Comme le propose le surveillant des prix, le partenariat entre le public et le privé doit devenir une stratégie de développement commune des établissements hospitaliers. Les synergies et collaborations engendrées accroîtront leur efficience et favoriseront une meilleure qualité des soins au meilleur prix. Au profit des patients, des payeurs de primes et des contribuables.

 

Raymond Loretan, Président du Swiss Medical Network

 

04/03/2018 10:32 | Lien permanent | Commentaires (0)

Des Jeux olympiques en Asie

CHAPPELET_JEAN_LOUP.pngLes éditions asiatiques des JO adaptent mieux le programme sportif aux goûts de nouveaux publics plus jeunes.

Les Jeux d’hiver de PyeongChang 2018 sont terminés. Ceux d’été auront lieu dans deux ans à Tokyo et les Jeux d’hiver 2022 à Pékin. Trois éditions successives en Asie, alors que, depuis leur rénovation, les Jeux olympiques ont toujours alterné entre les différentes parties du monde, d’abord entre l’Europe et les États-Unis, puis en visitant l’Australie, le Japon, le Canada, la Chine et l’Amérique latine, tout en revenant régulièrement en Europe ou en Amérique du Nord. L’Afrique est le seul continent pas encore abordé par les Jeux. Comment est-on arrivé à cette préférence asiatique, encore renforcée par les deux premiers Jeux de la jeunesse tenus à Singapour et à Nanjing?

Elle résulte incontestablement du développement économique considérable de l’Asie depuis les années 1980, notamment de la Chine mais aussi de la Corée et d’autres dragons régionaux, ainsi que du rétablissement spectaculaire du Japon comme grande puissance après la Seconde Guerre mondiale. On peut sourire de Jeux d’hiver en Asie du Nord-Est. Mais, comme on l’a vu à PyeongChang, il y fait très froid, tout comme à Pékin et à Tokyo en février. Ces pays voient dans les Jeux une façon de rejoindre le «concert des nations» ou de s’y maintenir et de démontrer leurs capacités face à une concurrence désormais mondiale. De plus, ces solides économies font ce que nous avons fait en Europe, c’est-à-dire construire des installations et aménager des régions entières pour les loisirs sportifs.

Certes, l’attribution des Jeux d’hiver 2022 à Pékin (contre seulement Almaty, au Kazakh­stan) résulte aussi d’un manque de candidatures. Mais cette situation n’est que temporaire car les Jeux sont déjà attribués pour 2024 (Paris) et 2028 (Los Angeles). Pour 2026, la métropole de Sapporo (Japon), au pied des montagnes, est sur les rangs, ainsi que peut-être Graz (Autriche), Calgary (Canada), Stockholm (Suède) et, bien sûr, Sion. Le Comité international olympique (CIO) souhaiterait, en effet, voir revenir les Jeux d’hiver dans des régions traditionnelles de sports d’hiver. Il a d’ailleurs aménagé son processus de sélection et d’organisation pour faciliter les candidatures. Mais le CIO est comme un énorme tanker. Les changements de direction qu’il décide prennent beaucoup de temps à se réaliser car les Jeux sont attribués sept ans à l’avance et les organisateurs locaux ne modifient pas facilement leurs plans.

Ces éditions asiatiques n’ont pas que des conséquences géographiques. Elles transforment le programme sportif et l’adaptent mieux aux goûts de nouveaux publics plus jeunes. Short-track, half-pipe, big air, slopestyle, mass-start, snowcross, mais aussi, à Tokyo 2020, skate­board, surf, escalade, karaté, baseball sont autant de disciplines olympiques nouvelles et populaires en Asie. Comme le remarquait récemment un responsable de la télévision olympique, les sports inventés dans la campagne anglaise du XIXe siècle (ou dans les Alpes) ne sont souvent plus très adaptés à notre époque.

Il faudra en tenir compte pour de futures éditions des Jeux. Les fédérations internationales feraient bien de limiter la taille de leurs arènes (souvent à moitié vides) et d’évoluer vers des disciplines plus populaires. Cela éviterait les éléphants blancs, difficiles à utiliser après les Jeux et qui nécessitent une logistique surdimensionnée pendant les Jeux. Il en va d’une meilleure acceptation des candidatures par la population.

Comme le disait Coubertin et le rappelait le président du CIO, les Jeux célèbrent la tradition sportive mais doivent aussi ouvrir la voie de l’avenir, vers de «nouveaux horizons», comme le promettait PyeongChang 2018.

Jean-Loup Chappelet, professeur à l'Université de Lausanne (IDHEAP)